Socle commun, culture commune : derrière les mots…

Dans le cadre de la « Refondation de l’Ecole » lancée par Vincent Peillon, un atelier était consacré à « redéfinir le socle commun ». A l’issue de cette phase de concertation, si on peut dire que tous les participants sont tombés d’accord sur le principe que la Nation doit s’engager à garantir l’acquisition par tous ses enfants d’un ensemble commun, il est clair qu’ils n’en partagent pas la même conception. Ainsi, alors que le SE-Unsa et sa fédération, l’UNSA-Education, défendent le « socle commun », la FSU, principale fédération de syndicats d’enseignants, défend pour sa part la « culture commune ».

 

La « culture commune », un écran de fumée

 Si on a bien compris les propos tenus par les syndicats de le fédération majoritaire, la « culture commune » serait un programme de formation « ambitieux », fondé sur les disciplines scolaires et conçu pour permettre la poursuite d’études. On aimerait comprendre en quoi ce projet diffère de l’existant. En effet, à l’heure actuelle, les contenus de formation à l’école et au collège sont bien structurés par les disciplines scolaires et, pour la plupart des disciplines, dans une progression du collège au lycée, tout au moins pour les disciplines de la voie générale. Si la « culture commune » est, comme on nous l’affirme, l’outil et l’objectif de la démocratisation, pourquoi tant d’élèves décrochent-ils actuellement avant l’obtention d’un premier diplôme ? Pourquoi plus de 20% d’entre eux ne maîtrisent-ils pas les compétences de base en littératie et numératie ? Et surtout comment peut-on prétendre changer cette donne en conservant les mêmes principes?

La solution serait, paraît-il, dans l’allongement de la scolarité obligatoire à 18 ans. Rappelons que la quasi-totalité d’une génération est d’ores et déjà scolarisée à cet âge. S’agirait-il alors d’allonger la scolarité commune dans un lycée polyvalent avec une partie des enseignements communs à l’ensemble d’une génération, car rappelons-le, il s’agit bien de faire acquérir une « culture commune » ? Non point ! Le syndicat majoritaire du second degré est opposé aux enseignements communs dans la voie générale, alors, vous pensez, des enseignements communs à tous ! Les défenseurs de la « culture commune » de la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans sont aussi les plus ardents défenseurs des voies et des séries différenciées ! Cherchez l’erreur !

Toutefois, on a senti, lors de ces réunions, que le concept de « compétences » déclenchait moins d’oppositions que dans le passé récent. Compétences, oui, mais strictement disciplinaires tout de même ! Quant aux propositions pour mettre l’organisation du temps et les modalités d’évaluation au service des apprentissages, on n’en a entendu aucune de la part des opposants au socle commun. Les notes chiffrées, ce n’est pas le problème ; les moyennes qui masquent la réalité des acquis, non plus. Quant au principe de compensation généralisée qui autorise les lacunes les plus graves, il ne semble pas déranger ceux qui se présentent comme les défenseurs de l’ambition contre les démagogues qui sacrifieraient la culture sur l’autel de l’efficacité néo-libérale.

Quelles exigences ?

Ce qui différencie les défenseurs du socle commun de ceux qui défendent la culture commune, ce n’est pas l’ambition des contenus, c’est l’exigence qu’ils se fixent et le fait qu’ils proposent des solutions novatrices pour atteindre cette exigence.

L’exigence, c’est d’assurer que chacun pourra, au cours de sa scolarité obligatoire, développer sa personnalité, construire sa compréhension du monde et construire les outils intellectuels qui lui permettront d’agir dans et sur ce monde en ayant le souci du bien commun. L’exigence, c’est de ne pas se contenter d’exposer les élèves aux savoirs les plus ambitieux, mais c’est de travailler avec eux dans le temps scolaire à la transformation de ces savoirs en connaissances-ressources pour agir. Car ne pas travailler les compétences, c’est laisser sur le bord de la route ceux qui ne peuvent pas compter sur leur milieu familial pour les acquérir. L’exigence, c’est de choisir en équipe pédagogique, dans les contenus des programmes disciplinaires, les savoirs qui permettront d’acquérir les compétences indispensables plutôt que de « faire » les programmes sans s’assurer que les contenus sont acquis. L’exigence, c’est de prendre modestement en compte la complexité du réel et de construire avec les élèves des ponts entre les disciplines. L’exigence, c’est de redonner aux savoirs et à la culture leur sens premier, celui de ressources pour répondre aux problèmes que se  pose l’humanité et aux questions que se posent les enfants et les adolescents ici et maintenant. L’exigence, c’est de renoncer aux notes chiffrées et aux moyennes qui encouragent une approche utilitariste et calculatrice des savoirs et qui réduisent la culture à une arme dans la compétition scolaire. L’exigence, c’est de mettre en œuvre une évaluation plus qualitative, précisant le degré de maîtrise des différentes compétences du socle.

Le socle pour une école démocratique et inclusive

 Les contempteurs du socle commun parlent de « socle du pauvre » et d’ « école à deux vitesses ». Pour eux, ceux qui défendent le concept de socle commun seraient au pire des méchants libéraux convaincus « que tous les élèves n’ont pas droit à une culture commune, riche, formatrice et évolutive » ou au mieux des syndicalistes et des militants pédagogiques naïfs, abusés par les vilains libéraux sus-nommés1. Mais notre école n’est-elle pas déjà à deux vitesses ? Ce sont Baudelot et Establet qui nous rappelaient en 2009 (L’élitisme républicain) que notre système éducatif était aussi performant que la Finlande pour les meilleurs élèves mais qu’il ne faisait pas mieux que le Mexique ou la Turquie pour les plus faibles ! Ceux qui défendent la « culture commune » sont les mêmes qui ont imposé, lors de la création du collège unique, l’extension à tous les élèves des contenus et des méthodes qui étaient conçues pour une minorité. Ils ont cru, sans doute de bonne foi, que démocratiser l’accès suffirait à assurer le succès. Près de 40 ans plus tard, le constat est là : la massification n’a permis que très insuffisamment la démocratisation de l’accès aux savoirs. Il est temps de changer de logique et de construire enfin une scolarité obligatoire qui se préoccupe effectivement de faire réussir tous les élèves. Le socle commun redéfini2 est l’outil de cette école inclusive.

Claire Krepper,

Secrétaire Nationale Education du SE-Unsa

1 Gérard Aschiéri : Construire un vrai commun pour la réussite de tous, 17 juillet 2012

2 Voir les propositions du SE-Unsa pour redéfinir le socle commun

http://www.se-unsa.org/spip.php?article4778

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