Ils ont abandonné les notes #sansnotes

Selon le ministère, plusieurs centaines d’expériences de classes sans notes sont expérimentées actuellement, des expérimentations facilitées par l’article 34 de la loi d’orientation de 2005. Si les chiffres peuvent apparaître faibles au regard du nombre de classes et d’établissement en France, ils ne prennent pas en compte d’une part les enseignants qui évaluent par compétences, sans notes, de manière plus isolée. D’autre part, ils relèvent d’un mouvement de fond que révèle bien notre sondage de rentrée, pour évaluer différemment les élèves. Jusqu’où ira-t-il ?

Des expériences de plus en plus médiatisées

Les médias se font l’écho de certaines d’entre elles, comme dernièrement au collège Edouard Schuré de Barr en Alsace. Extraits (source actu-voila/AFP) :

"Il n’y a qu’à supprimer les notes!": l’idée a été lancée à la volée lors d’une réunion, par un professeur inquiet pour des élèves en échec. Deux ans après, toutes les classes de sixième et une classe de cinquième du collège Edouard-Schuré de Barr ont fait le grand saut.

"C’est une classe exceptionnelle, ils ont tous le sourire", s’enthousiasme Anne Ziegler, en surveillant ses élèves qui regagnent le vestiaire après son cours d’éducation physique. "On parle de plus en plus d’absentéisme scolaire lié à des phobies, mais eux sont contents d’être là, épanouis, ça se voit".

Pour Mme Ziegler, leur professeure principale, les résultats sont évidents. "Avec des notes, les cinq élèves de cette classe qui étaient en grande difficulté l’an dernier auraient eu des bulletins catastrophiques, se seraient découragés, et auraient décroché à Noël. Là, aucun n’est en situation d’échec".

"Cela change tout pour ceux qui se considéraient comme nuls", estime Philippe Rivieyran, principal adjoint. "La note est faite pour sélectionner les élites, ceux qui vont aller en terminale S, puis vers les grandes écoles: elle n’a pas de valeur pédagogique", estime-t-il.

Des expérimentations suivies

Sur le terrain académique, les Cardie (centres académiques en recherche-développement, innovation et expérimentations) suivent et assistent les équipes pédagogiques. Le Cardie de l’académie Créteil publie ainsi deux monographies très intéressantes qui détaillent le travail de classes de sixième et de cinquième collège Jean-Baptiste VERMAY de Tournan-en- Brie. Le récit des enseignants permet de prendre en compte un corollaire de l’abandon des notes : le développement d’activités interdisciplinaires, mises en place pour donner plus de sens aux apprentissages. Ensuite, le travail par compétences leur a permis de faire entrer les élèves dans les secrets de fabrique de l’évaluation, pour favoriser au final les apprentissages. Associés à cette réflexion, les élèves se sentent responsabilisés et perçoivent mieux les finalités. Les enseignants ont dû adapter le livret personnel de compétences pour construire un référentiel communiqué aux familles en lieu et place du bulletin trimestriel. Toutes les compétences ne sont pas évaluées systématiquement. Le principal objectif poursuivi est la maîtrise de la langue. La poursuite de cet objectif est facilitée par l’explicitation des compétences et par le travail interdisciplinaire. Les professeurs expliquent notamment que ce travail commun leur permet de gagner du temps en partageant des notions communes, ici sur le Moyen Age par exemple.

Pourquoi abandonner les notes ? La plupart des expérimentations menées dans les collèges partagent des constats et des objectifs communs :

  • la volonté d’assurer une continuité pédagogique entre école et collège
  • l’envie de travailler en équipe, de faire évoluer ses pratiques, de monter des projets
  • donner plus de sens aux apprentissages et à l’évaluation, dans un but plus formatif
  • lutter contre l’échec scolaire, et le décrochage, en privilégiant des démarches qui s’appuient sur les progrès des élèves au lieu de pointer en permanence leurs échecs.

Le socle commun de connaissances et de compétences a ainsi servi de base à ces expérimentations. Il arrive que la classe « sans notes » dépasse le seul niveau de 6ème. Cependant, ces projets peuvent être remis en cause, les équipes doivent justifier en permanence leur démarche et leurs finalités, auprès des collègues, des parents, des élèves, pour susciter l’adhésion. Ces projets réclament des professeurs un investissement important, porté par leur seule motivation. Alors qu’à l’inverse, les finalités de l’évaluation chiffrée et leurs pédagogies associées ne sont jamais interrogées.

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