Les notes, un débat durable – présentation du dossier #sansnotes

Faut-il supprimer les notes à l’école ? Et par extension au collège et au lycée ? La question est posée par de nombreux acteurs du système éducatif, et agite régulièrement la sphère médiatique. C’est d’ailleurs un sondage, organisé par le SE-Unsa auprès d’enseignants de tous niveaux, qui a lancé la polémique scolaire de la rentrée. Serpent de mer diront certains, le débat existait déjà en 1968. Mais les détours de l’histoire sont étonnants, comme nous l’apprend Claude Lelièvre, et si l’arrivée d’un gouvernement de gauche constitue assurément une occurrence favorable pour changer l’évaluation des élèves, les partisans du débat sont loin de se partager sur une ligne politique classique opposant la droite et la gauche. Au niveau syndical par contre, la question de la note oppose plus franchement les tenants du changement pédagogique et ceux du maintien de l’ordre scolaire actuel. Ce clivage est nettement apparu dans les débats sur la refondation, notamment autour des ateliers sur le collège et sur le socle commun.

Dans notre sondage,  à la question posée sur le rôle des notes dans les évaluations scolaires, il apparaît donc que près de 40% des collègues ayant répondu se disent près à leur abandon, et où seuls 31% s’y opposent. Une révolution ? Face à l’emballement médiatique, d’autres sondages contradictoires sont apparus pour réaffirmer l’attachement des Français à cette institution : la notation sur 20. Au-delà des sondages d’opinion, le débat est vif dans la communauté éducative. Aujourd’hui, la principale fédération de parents d’élèves, la FCPE, réclame sa suppression à l’école et au collège. L’AFEV, une association qui aide les enfants des quartiers populaires, et qui organise tous les ans la Journée de Refus de l’Echec Scolaire, a mené un vaste appel dans le même sens, signé par de nombreuses organisations et personnalités. Pour l’heure, Vincent Peillon, interpellé suite à la publication de notre sondage, ne tranche pas vraiment et souhaite une « notation plus positive, plus encourageante pour les élèves ».

Moins médiatisé, mais tout aussi intéressant, le sondage a mis aussi en avant la forte volonté des enseignants à redéfinir les contenus du socle (77%), à mettre à disposition des équipes des outils pédagogiques adaptables, pour suivre les acquis des élèves (74%), ainsi que des banques d’outils pour travailler par compétences (85%). Ces résultats montrent une volonté de changer les modes d’évaluation, vers une approche par compétences.

Le débat est loin d’être clos, mais les signaux importants du changement sont plus nombreux, plus insistants aussi. Ainsi le rapport de la concertation nationale pour la refondation de l’école, paru le 5 octobre :

« Nous ne proposons pas de supprimer les notes mais il faut une forte réflexion sur la façon dont on note les enfants », estime Christian Forestier. Plutôt que de pratiquer « une notation-sanction », le comité de pilotage préconise d’instaurer « une évaluation positive simple et lisible, valorisant les progrès, compréhensible par les familles, notamment en réformant le livret personnel de compétences (LPC) actuel et de « diversifier les modalités de l’évaluation » (évaluation de groupes, de projets, auto-évaluation). (source AEF)

D’autres passages du rapport préconisent de ne plus évaluer l’histoire des arts avec des notes… Ne manque plus que le courage politique d’affronter réellement un symbole aussi fort de l’institution scolaire.

Présentation du dossier

Ce dossier numérique, intitulé #sansnotes, prolonge les articles parus dans notre mensuel syndical L’Enseignant. Il vise à éclairer quelques enjeux du débat actuels, en affirmant la nécessité d’améliorer le système d’évaluation des élèves.

  • Penchons-nous d’abord sur ces collègues qui ont franchi le pas : ils ont abandonné les notes ! Les expériences de classes sans notes se multiplient, plusieurs centaines selon le ministère. Qu’est-ce qui motive les collègues ? Comment opèrent-ils ?
  • Haro sur les notes ? C’est en tout cas un avertissement très sérieux qu’adressent les chercheurs en sciences de l’éducation. Les travaux de docimologie ont mis en lumière, depuis quelques temps déjà, les biais et effets de notation.
  • Récemment, Fabrizio Butera a conceptualisé les 4M, pour en finir avec les mythes qui fondent la note. Pour lui, on a beau chercher, rien ne prouve l’efficacité de la note en ce qui concerne les apprentissages et la motivation. Les notes sont même une menace.
  • Comment changer le mode d’évaluation des élèves, concrètement, sur le terrain ? La question est complexe, et la seule motivation de professeurs n’y suffit pas. Claire Krepper et Lionel JeanJeau nous livrent quelques pistes qui tracent les conditions du changement.
  • La toile recèle enfin de nombreux articles de blogueurs un brin "pédagos". Voici une sélection de posts qui éclairent à différents niveaux les enjeux de l’évaluation des élèves : historiques, politiques, pédagogiques… Extraits et commentaires pour que vive le débat : et maintenant, les questions qui fâchent !

Enfin, nous prolongerons progressivement ce dossier #sansnotes en suivant des expériences menées sur le terrain, qui privilégient l’approche par compétences.

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Une réponse à “Les notes, un débat durable – présentation du dossier #sansnotes

  1. Plutôt que de lancer de lourds débats et expérimentations, il suffit de passer la frontière et aller voir comment ça se passe dans les pays qui réussissent mieux que nous et de prendre exemple sur eux: pas de notes au primaire, planification des contrôles au secondaire, autonomie pédagogique et contractuelle et de gestion des établissements, statut contractuel et non plus fonctionnaire des enseignants, revaloriser les salaires des enseignants, revaloriser la fonction de directeur d’établissement,développement d’activités réellement "éducatives" dans les établissements, qui développent les qualités individuelles, l’estime de soi, la capacité à collaborer et à s’organiser, travail par groupes de niveau plutôt que par classes, suivi individuel des enfants après les cours par la présence des enseignants dans l’établissement au service des enfants….
    Toutes les bonnes solutions existent pas loin de chez nous, il faut avoir le courage de les reconnaitre et ensuite de les introduire en France. Nous ne sommes plus le nombril du monde….. Au boulot.

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