#sansnotes : les conditions du changement

Se passer des notes, c’est bien joli, mais comment faire dans la pratique pour se lancer dans ce projet ? Sous quelle conditions le changement est-il possible ?

Claire Krepper, secrétaire nationale du secteur Education du SE-Unsa, et Lionel JeanJeau, proviseur-adjoint en lycée, donnent quelques clés pour changer de système.

Claire Krepper

L’évaluation doit être d’abord un outil au service des apprentissages et non un outil de sélection des élèves. Dans un système éducatif qui affiche comme objectifs « 100% des élèves ayant acquis au terme de leur formation scolaire un diplôme ou une qualification reconnue » et « 80% d’une classe d’âge accédant au niveau du baccalauréat », il n’y a pas lieu de pratiquer une évaluation-sélection au quotidien. L’évaluation-notation traditionnelle (qui n’est pas une mesure scientifique de la performance de l’élève mais en réalité une indication de son rang au sein du groupe-classe) ne présente que très peu d’intérêt, à la fois sur le plan de la régulation des apprentissages et sur le plan de l’orientation, mais présente de redoutables inconvénients :

- Elle entraîne mécaniquement le classement des élèves en « bons », « moyens » et « mauvais » dans le groupe et place donc un certain nombre d’élèves en situation d’échec quel que soit leur niveau réel.

- Elle induit un regard négatif sur les « performances » des élèves plutôt qu’une valorisation de leurs progrès, conduisant les élèves à ne pas avoir confiance en leurs compétences, comme l’ont mis en évidence plusieurs enquêtes internationales.

- Elle conduit les élèves à privilégier la note au détriment de la construction des compétences et de l’acquisition des connaissances.

- Elle fait de la scolarité une course individuelle impitoyable, où il n’y a pas de place pour l’apprentissage du « travailler et du vivre ensemble », alors que le futur citoyen et professionnel devra en priorité faire preuve de ces capacités.

Pour élever le niveau de connaissances et de compétences de tous et promouvoir la réussite du plus grand nombre, l’évaluation doit être pratiquée autrement :

- elle doit être centrée sur la seule fonction de vérification de l’acquisition de connaissances et compétences dans un contrat fondé sur la confiance.

- elle doit permettre la prise en compte et la résolution des difficultés spécifiques à chaque élève, en étant un outil diagnostique et formatif qui aide l’enseignant à mettre au point une pédagogie individualisée.

- elle ne doit plus se faire sur des critères implicites, le bon élève étant celui qui a deviné les attentes de l’enseignant et qui a su s’y conformer, mais sur des critères explicites et des contenus précis et connus à l’avance.

- elle doit prendre des formes variées, ne pas privilégier systématiquement les contrôles écrits et les évaluations de productions individuelles mais prendre également en compte la communication orale et les travaux en coopération.

- elle doit permettre aux élèves de développer leurs capacités d’auto-évaluation, compétence indispensable pour gérer ses apprentissages tout au long de la vie.

Pour mettre en place ces nouvelles pratiques, les enseignants ne doivent pas être livrés à eux-mêmes. Le SE-UNSA demande que :

- des aides à l’évaluation soient présentées dans les documents d’accompagnement des programmes.

- les banques d’outils soient développées : leur existence doit être davantage médiatisée auprès des enseignants et leur utilisation facilitée par des équipements adéquats dans les établissements.

- la formation initiale et continue des enseignants fasse une place plus importante à l’évaluation, de façon à impulser ces nouvelles démarches.

- les services des enseignants et l’emploi du temps incluent un espace de concertation pour la mise en place d’une évaluation formative.         

 Lionel Jeanjeau

En tant que principal-adjoint Lionel Jeanjeau a participé à la création d’une classe sans notes, aventure qu’il relate dans un billet de blog. Nous en avons extrait ses propositions pour garantir le succès d’une telle expérience :

"- Un chef d’établissement qui impulse, ou qui aide à la mise en oeuvre si l’impulsion vient d’un enseignant ou d’une équipe. L’inscription des objectifs de ce type d’expérimentation dans le projet d’établissement est un support puissant pour la mise en oeuvre, car elle légitime le dispositif.

Un enseignant ou une équipe regroupée sur la même classe et qui est convaincue du bien fondé du dispositif. Imposer une suppression des notes à des enseignants qui ne sont pas convaincus ne sert à rien, dans la mesure où in fine leur autonomie pédagogique – et les textes – leur permettent de continuer à mettre des notes s’ils le souhaitent.

Un dispositif d’évaluation qui se substitue à la notation et qui soit simple à utiliser, aisément compréhensible par tous. Il est impératif que ce système d’évaluation puisse mettre en avant les progrès des élèves.

Des élèves à qui on a longuement et simplement expliqué le sens de la suppression des notes; à qui on a précisé que la suppression des notes ne signifiait pas la disparition de l’évaluation de leur travail, et donc a fortiori la disparition du travail. Des élèves à qui on a également expliqué l’importance d’une forme d’évaluation qui aide les plus en difficulté et permettra de les remotiver. Les élèves, notamment les adolescents, sont très sensibles aux problématiques d’équité et de justice.

Des parents d’élèves avec qui on a échangé, que l’on a rassuré. Ici, rien ne remplace la rencontre formelle, physique, entre les parents, l’équipe enseignante et la direction de l’établissement. Il faut savoir que la pression des parents – notamment des parents de bons élèves – est de très loin la force d’opposition la plus puissante à des expérimentations de ce type.

Une progressivité dans la mise en oeuvre. Expérimenter sur une classe, puis soit sur le niveau entier, soit sur plusieurs classes du niveau suivant.

S’épargner, sauf adhésion massive de la communauté éducative, de mettre en place ce genre de dispositifs dans les classes à examen. En effet, si la suppression des notes a un sens sur le plan pédagogique, elle s’avère rapidement contre-productive pour des élèves qui seront de toute façon, en fin d’année, évalués par des notes.

- Enfin, dernier ingrédient, beaucoup de patience, car il est rare qu’une expérimentation de ce type voie le jour et réussisse en une seule année scolaire. Un cycle de "rodage" de 3 années semble un minimum. Il faut alors éviter le plus gros piège, qui est celui du découragement."

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