As-tu fait tes devoirs numériques ?

Si le numérique est encore la plupart du temps fort peu présent en classe, il n’en est pas de même à domicile où il est utilisé fréquemment dans le cadre des devoirs et du travail personnel.

Comment est-il utilisé ? Pour quoi faire ? C’est ce que nous avons tenté de saisir à l’aide d’un questionnaire en ligne qui nous a permis de recueillir 34 témoignages. Bien entendu, cette enquête ne prétend nullement à l’exhaustivité ou à une représentativité quelconque, c’est juste pour nous un point de départ pour alimenter notre réflexion.

Une première version de cet article a été soumise à ceux qui nous avaient laissé leurs coordonnées, il est donc enrichi de leurs compléments, précisions, modifications…

Qui a répondu ?
Les réponses proviennent d’élèves et de parents d’élèves allant de la moyenne section à l’université avec une majorité de CM2 et de collégiens. Pour certains nous avons les réponses d’un parent et les réponses d’un ou plusieurs enfants. Le questionnaire ayant été diffusé via les réseaux sociaux, les répondants sont très probablement des usagers plutôt à l’aise sur Internet.

Une utilisation massive confirmée
86 % de nos répondants disent utiliser le numérique dans un but scolaire au moins une fois par semaine et pour 33 % tous les jours voire plusieurs fois par jour.
Cet usage est parfois restreint par les parents, Adrien,  élève de CM2 n’hésite pas à profiter de l’occasion du remplissage du questionnaire pour se plaindre que sa mère ne le laisse pas assez y aller !

Faire des recherches mais aussi échanger
L’utilisation la plus importante est “faire des recherches” mais on a aussi beaucoup d’échanges ; autant avec les camarades qu’avec les enseignants ! À vérifier mais il est probable que cela concerne seulement certains enseignants qui échangent par ce biais. Aurélie, regrette par exemple que les enseignants du collège de sa fille ne donnent pas leur adresse mail pour communiquer notamment quand un problème d’accès à un exercice à faire se pose. Elle se demande s’ils ont peur de quelque chose, d’être “envahis” peut-être, mais trouve cela dommage.

Concernant les recherches, Christian Ducass évoque l’utilisation pour sa fille en CM2 du dictionnaire sur tablette qu’il juge plus pratique pour rechercher des définitions.
Pour les échanges un élève de seconde évoque ceux avec les correspondants en Angleterre qui permettent à la fois de travailler l’expression dans une langue étrangère mais aussi de découvrir une classe dans un autre pays.

Se sentir moins seul
S’assurer que l’on a compris ce qu’il faut faire, savoir où trouver ce dont on a besoin mais aussi travailler en groupe, s’entraîner et faire des révisions, le numérique semble aider à se sentir moins seul et démuni face au travail demandé.

Plusieurs parents précisent que les outils numériques comme le cahier de texte en ligne sont une aide indispensable pour suivre la scolarité de leur enfant, comprendre ce qu’il doit savoir et tenter de décrypter les attentes des différents enseignants. Christian Ducass pointe que c’est aussi une aide pour ne pas se tromper dans la correction des devoirs ou comprendre les questions. Le numérique permet aussi de s’entraîner, les outils de Sésamath sont à ce propos plusieurs fois cités.

Pour Adrien, en CM2, c’est avant tout un moyen de faire des exercices qu’il ne saurait pas faire seul et de trouver des renseignements.

Plébiscite des moteurs de recherche
Les moteurs de recherche sont utilisés par tous, puis viennent les sites et blogs puis, quasi à égalité, les ENT et les réseaux sociaux… grande pertinence des réseaux sociaux pour échanger sur le travail scolaire et/ou absence d’ENT ou faiblesse de ceux-ci à remplir leur office ?
Pour les enfants d’Aurélie, en CM2 et 5ème, les échanges sur les réseaux ne sont pas forcément pertinents. Quand elle a des problèmes, sa fille Olga demande à ses copines via une messagerie instantanée, mais ne trouve pas toujours l’aide attendue.

Christian Ducass nous raconte que la première réaction de sa fille quand il a allumé l’ordinateur pour un de ses devoirs a été : “Papa tu triches ! “ Cela montre bien la distorsion qu’il existe entre le numérique à l’école et à la maison ; en effet, comment les élèves peuvent-ils considérer ces outils comme un moyen parmi d’autres s’ils sont absents, ou quasi absents, de l’école, voire diabolisés encore par de nombreux enseignants ? De plus, s’en servir à bon escient et de façon efficace nécessite un apprentissage largement laissé à la charge des parents. Marie-Agnès Enard  nous explique : “l’enseignante de ma fille de CM2 demande à faire des recherches sur des œuvres en s’appuyant sur Wikipedia. Son approche est de leur faire découvrir cet espace communautaire, d’avoir un esprit critique par rapport aux infos et de croiser les sources. Or, certaines pages de Wikipedia pour des artistes sont assez indigestes pour des enfants de CM2 (vocabulaires, histoire de l’art….), du coup, l’élève va essayer de trouver ailleurs (Google est mon ami) et là en accompagnant cette démarche on se rend compte que l’enfant va au plus simple mais pas au plus juste. J’ai parfois l’impression de faire prof d’auto école sauf que j’apprends à ma fille à conduire sur l’autoroute de l’information.” On voit bien ici que le travail d’accompagnement est délégué aux parents sans que cela soit suffisamment pris en charge en classe par l’enseignant ! Si l’élève n’est pas ou mal équipé à domicile et s’il ne peut être accompagné, cette délocalisation via les devoirs est forcément source d’inégalités. Aurélie, maman et enseignante en primaire, confirme que l’on peut croire que les élèves savent le faire et qu’elle a été surprise par les difficultés rencontrées par ses propres enfants.
Olga,  élève de 5ème nous rend compte elle aussi du fait qu’il n’est pas si facile de se servir d’un moteur de recherche et qu’on peut tomber sur des contenus n’ayant rien à voir avec ce qui nous intéresse. Noé, élève de 3ème, regrette quant à lui que le numérique soit peu ou pas utilisé dans son collège alors que ce sera probablement plus tard son principal outil de travail ! Il apprécie tout particulièrement le blog de sa prof d’histoire-géo utile pour les révisions et la préparation du brevet et de l’histoire des arts. Un élève de terminale S émet le souhait de pouvoir retrouver sur un même site tous les corrigés et cours de ses professeurs…

S’entraider et collaborer
Concernant l’utilisation des réseaux sociaux, Mélina élève en terminale L se réjouit de la création d’un groupe privé Facebook par des camarades de sa classe qui permet de se tenir au courant quand un devoir est déplacé, de partager des liens mais aussi et surtout génère de l’entraide pour réviser et approfondir. Ce groupe est le lieu d’une belle solidarité dans le travail qui n’aurait pas été possible sans le numérique. Des élèves, qui s’organisent eux-mêmes ainsi, c’est vraiment très intéressant et cela devrait être vivement encouragé, voire impulsé par les enseignants…
Lucas Lombard, élève en terminale STI2D SIN* dans la Meuse, utilise Skype et Google Docs pour travailler en groupe sur un projet d’alarme incendie communicante. Cela s’avérant particulièrement pratique quand les transports scolaires sont suspendus par exemple… Un autre lycéen, en terminale S utilise souvent Skype pour travailler à plusieurs sur les exercices difficiles, cela lui permet de mieux réussir et d’avoir de meilleures notes.

Pas indispensable ?
Malgré l’usage massif reconnu par nos répondants, 41% d’entre eux pensent qu’ils pourraient se passer du numérique pour le travail scolaire ! C’est l’avis de 7 élèves sur les 15 qui ont répondu et de 5 parents sur 20. En même temps, comme la majorité du travail scolaire effectué en classe se fait quasiment sans recours au numérique, c’est logique de ne pas forcément le juger indispensable. Autre possibilité, ne pas avoir recours au numérique, peut aussi paraître parfois plus simple.

Particulièrement pertinent en cas de difficultés spécifiques
Nicolas, élève en terminale utilise régulièrement l’ordinateur depuis sa seconde pour ses devoirs mais aussi en cours et juge cela indispensable. En effet, dyspraxique et dysgraphique, cela lui permet d’être mieux compris par ses professeurs, mais aussi de mieux se comprendre lui-même ! Il utilise toute une suite bureautique pour classer ses cours et améliorer leur lisibilité et considère que cela lui a permis d’améliorer significativement ses résultats scolaires. @black_dyspraxie maman d’un élève de CE1 dyspraxique va plus loin en racontant que l’utilisation de l’ordinateur par son fils en classe lui permet non seulement de finir ses exercices très vite mais surtout de montrer aux copains qu’il n’est pas idiot et sait faire. En effet, cela lui permet de lâcher la concentration sur ses gestes praxiques pour se recentrer sur le sens de l’exercice et de ce fait ses résultats quotidiens s’en ressentent positivement.
Christian Ducass, papa d’une fille en CM2 dyslexique/dysorthographique, constate surtout que l’ordinateur est un outil de recherche qui remplace en partie fiches manuscrites, manuels et dictionnaires dont l’utilisation est longue et difficile à cause de ses difficultés de lecture/écriture. Un vrai plus pour sa fille.
On mesure bien là toute l’importance de développer les usages qui, pour certains élèves, sont plus que nécessaires à une scolarité plus réussie. Nous ne manquerons pas de revenir sur ces aspects de façon plus détaillée dans un dossier à venir sur l’inclusion scolaire…

Allier plaisir et efficacité
Enfin, il ressort de plusieurs témoignages la notion de plaisir, et l’on sait bien que cela ne peut qu’améliorer la motivation et les apprentissages, n’en déplaise aux grincheux ! @urvoaminna, élève en seconde, trouve que les recherches collectives sont très amusantes, que cela permet d’aller plus vite et d’approfondir le travail. Olga,  élève de 5ème avoue préférer avoir un clavier en face de soi plutôt qu’une feuille de papier, et Noé, élève de 3ème, parle avec enthousiasme d’un travail de plusieurs mois sur les Beatles, où il devait écouter des chansons et les retranscrire avec l’étude d’une hilarante parodie par les Monthy Pythons “Les Rutles : All you need is cash” qu’il nous recommande vivement de découvrir. De plus dans un long mail (et on dit après que les jeunes n’écrivent plus !) ce même élève explique avec beaucoup de clarté en quoi un jeu vidéo peut aussi permettre de progresser sur des compétences scolaires. Avec son autorisation, vous trouverez ci-dessous un extrait de ce qu’il a écrit à ce sujet.

En conclusion
La question des devoirs et du numérique met en tension les deux problématiques : pouvoir utiliser à la maison des outils et ressources non disponibles en classe repose de façon cruciale la question de l’équité. La non inclusion effective du numérique, dans la plupart des établissements, laisse les élèves face à leurs ressources propres en termes d’équipement et d’accompagnement, favorisant une fois de plus ceux qui sont déjà les plus dotés. Il est urgent que notre École intègre les outils et ressources du numérique et forme tous les élèves à leurs usages pendant le temps scolaire !

Article rédigé avec la participation de Lucas Lombard (@lululombard), Christian Ducass (@ChristianDucass), Charly, Marie-Agnès Enard (@Maev59), @AurelieLucius et ses enfants Adrien et Olga, @urvoaminna, @NoePanvier, Céline (@black_dyspraxie), Nicolas , @Ameriquebecoise, Anne Panvier (@apanvier) et Nicolas Di Nunno (@zilators)

*STI2D : Sciences et Technologies de l’Industrie et du Développement Durable
SIN : spécialité Système d’Information et Numérique

“Je joue actuellement à un jeu simple en apparence, Minecraft, mais compliqué dès qu’on joue en multijoueurs (lourd système d’économie et de gestion de biens immobiliers, parfois des employés à payer, des obligations de civisme). Il y a tout un système de grades, et pour monter en grade il est obligatoire d’écrire de longues candidatures autobiographiques sur un forum où l’orthographe et la ponctuation sont  primordiaux si on veut se faire accepter parmi les autres joueurs, la plupart ayant trois voire quatre ans de plus que moi s’ils n’ont pas la trentaine…
Rédiger de nombreux messages (plus de 1500 en deux/trois mois) avec le moins de faute possible avec la meilleure syntaxe m’a permis, et a permis à certains de mes amis, d’améliorer considérablement leur orthographe et leur écriture en général. Un de mes amis m’a même dit, le jour où il voulait postuler, « je sais à quoi va me servir le français au collège »…  Les jeux ont effacé le langage SMS de ses rédactions et autres travaux notés. Les jeux vidéos, parfois addictifs il faut bien l’avouer, permettent d’améliorer son orthographe, sa syntaxe, sa gestion des conflits écrits (il y a de nombreux échanges parfois houleux), parfois même prendre des sanctions envers des joueurs ne respectant pas les règles et cela peut aussi donner le sens des responsabilités.”

Noé

photo credit: David Ortez via photopin cc

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