Notes ou pas : où est le problème ? par Daniel Favre

Des évaluations issues du Programme for International Student Assessment (PISA, 2000, 2003, 2006, et à venir 2009) montrent que dans certains pays, comme la Finlande, les jeunes de 15 ans sont plus performants en mathématiques par exemple que dans d’autres pays comme la France et que de plus, les résultats continuent à s’améliorer dans ces pays alors que cela se détériore dans le nôtre.

La Finlande ne notant pas les résultats scolaires au Primaire, la tentation est grande de penser qu’en supprimant les notes, on va supprimer le problème de fond qui parasite l’évaluation des élèves en France. Le raisonnement ne devrait-il pas aller plus loin en identifiant parmi les différents rôles de l’évaluation ceux qui servent l’apprentissage et ceux qui les desservent ?

Finalité de l’évaluation

Avant de prendre une telle décision et de l’imposer, il me semble qu’il faut d’abord revenir sur la finalité de l’évaluation, aux rôles qu’on lui fait jouer et comment elle peut servir l’apprentissage des élèves. Actuellement, ses rôles sont multiples : exercer un contrôle sur les élèves pour les obliger à travailler ; créer un climat de compétition entre les élèves afin de les inciter à la performance ; punir les comportements perçus comme non acceptables par l’enseignant ; satisfaire des exigences administratives ; repérer les progrès des élèves ; permettre aux parents de vérifier si leurs enfants fournissent les efforts nécessaires…

Mais l’évaluation a un autre rôle, indispensable à l’apprentissage : fournir des « feed-backs » sur son activité à celui qui apprend. Dans ce rôle, l’erreur de l’élève présente un statut particulier : celui d’une « information dont la prise de conscience et la compréhension permet de progresser dans l’apprentissage. Ce statut c’est précisément celui qu’elle a quand on pratique une évaluation formative réelle, c’est-à-dire isolée du processus de « contrôle continu ». Or le contrôle continu, comme l’adjectif l’indique, a tendance à occuper beaucoup de place dans la le temps de l’élève … et celui des enseignants.

Si on ne sépare pas clairement les moments dans lesquels l’erreur garde le statut d’une information intéressante permettant d’avancer, et les moments où l’erreur revêt un autre statut : celui d’un « écart par rapport à une norme » susceptible de faire échouer personnellement l’élève », deux logiques différentes vont s’affronter. En effet, notre analyse des pratiques associées au traitement de l’erreur montre que deux logiques, nécessaires mais incompatibles, utilisées dans le même temps, se confondent et brouillent la dynamique de l’apprentissage : la logique de contrôle et la logique de régulation.

Lire la suite sur www.ecolechangerdecap.net/

3 réponses à “Notes ou pas : où est le problème ? par Daniel Favre

  1. Excellente réflexion mais qui oublie ou cache derrrière d’autres mots le problème principal de l’évaluation et du statut de l’erreur : la remédiation. Se servir d’une évaluation pour déterminer ce qu’un élève sait ou ne sait pas faire est l’utilité première de cet exercice. Le problème est qu’il ne faut pas s’arrêter là et proposer à l’élève des travaux supplémentaires et personnalisés pour lui permettre de dépasser cette erreur et de progresser dans l’acquisition des compétences que l’on attend de lui (je mets à part les connaissances qui sont plus de l’ordre de la logique de contrôle, encore qu’avec une logique de régulation en sous-main).
    Quand on a dit cela, on a tout dit et rien dit car arrive un obstacle massif : le temps et le nombre. D’abord, le nombre d’élèves à qui il faudrait proposer chacun sa propre remédiation et par conséquent le temps que l’enseignant va devoir passer à élaborer ces remédiations et à les mettre en place en classe. Suit un autre problème de nombre et de temps : le programme, toujours bien pourvu, infaisable mais après lequel on court toujours ; d’où le temps indisponible pour faire de la remédiation.
    Le problème de l’évaluation ne peut donc se dissocier d’une réflexion globale sur l’école en général même si, chaque jour, chacun d’entre nous, nous bricolons pour réussir une certaine forme d’évaluation.

    • Tout à fait d’accord. Il ne sert à rien de continuer à parler d’évaluation sans se poser la vraie question: que met-on en place pour « lire » et donc rendre productive une évaluation avec un élève? Eh oui, ça prend beaucoup plus de temps que de commenter une note! Tant que l’on n’organisera pas cela ( sous forme d’entretiens individuels par exemple),l’ évaluation et le livret de compétences resteront une coquille vide, rangée dans un placard. Avez-vous vu l’état des livrets de compétences du primaire? Avons-nous fait une évaluation de l’utilisation réelle des livrets tout au long de l’année en primaire par exemple?Les difficultés ne sont pas toujours dues à la mauvaise volonté.

    • Aider l’élève à gérer ses erreurs au terme de l’évaluation, c’est à la fois indispensable et onéreux en temps au sein de la classe. Dès lors la gestion du programme peut faire problème. Mais pour les disciplines que je connais un peu, lettres, histoire et géographie, ce n’est pas infaisable, à condition de hiérarchiser les objectifs et ce de manière drastique et douloureuse parfois. Certes, les joies du professeur conteur y perdent beaucoup mais est-il des plaisirs sans mélange ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s