« Prêt à porter » ou « sur mesure » ?

Photo : Christopher Hall site photoXpress

La troisième et dernière partie de l’interview de Sylvain Grandserre porte sur la personnalisation. Vous pouvez lire ou relire la première partie concernant la formation des enseignants et la deuxième partie sur les pratiques pédagogiques et la place des parents.

Luc Chatel a annoncé à cette rentrée que “révolution de la personnalisation” était en marche. Que pensez-vous d’une telle affirmation ? Cette révolution est-elle souhaitable ?

Ce qui est révolutionnaire, c’est que jamais un ministère n’aura tenu un discours à ce point éloigné de ses actes ! Comment peut-il parler de « personnalisation » quand il assume pleinement le choix d’augmenter les effectifs par classe ? Croit-on réellement en hauts lieux qu’un tel suivi soit possible au lycée dans une classe de 35 ?
Mais ce discours sur la « personnalisation » est moins destiné aux enseignants pour la mise en oeuvre réelle que pour l’électorat forcément rassuré par cette prétendue prise en charge individualisée… Devant l’infaisabilité d’une telle demande, le premier réflexe des enseignants sera certainement, une fois encore, la culpabilisation avec le sentiment de ne pas savoir faire ou de mal faire.Pourtant, la question de l’adaptation de l’offre éducative à certains besoins spécifiques est clairement posée. Notons qu’il s’agit d’un phénomène général, à l’oeuvre en dehors de la sphère scolaire. Il y a de toute évidence une attente très forte pour la prise en compte de la singularité de chacun (santé, justice, travail, alimentation, loisirs…).L’Éducation Nationale fait du prêt à porter. Qu’on lui demande de faire davantage du sur mesure est compréhensible. Mais pour qu’émergent de telles pratiques pédagogiques, il va falloir un effort considérable, tant dans l’encadrement que dans la formation. Notre patrimoine pédagogique est riche de ce savoir-faire. Que l’on songe aux pratiques issues de la pédagogie Freinet autour du travail individualisé, des fiches auto-correctives, des brevets, des ceintures, des contrats, etc. Nous ne partons pas de rien même si la réforme de la formation renforce l’ignorance de tout ce capital chez les enseignants.Bref, nous aurons dans les années à venir à réfléchir à ce que doit être l’enseignement du XXIe siècle. Notre système fut d’abord élitiste, puis démocratique dans l’accès qu’il semblait offrir mais pas dans la réussite scolaire. Visiblement, cette dernière ne pourra émerger qu’avec cette nouvelle prise en compte de l’individu qui demandera des traductions en actes qui obligeront à revoir nombre de nos habitudes. Y sommes-nous prêts ? J’espère en tout cas que nous saurons répondre à ce défi tout en maintenant la cohésion des classes, une certaine idée du collectif puisque ça n’est pas contradictoire. Vous remarquerez que les « classes coopératives » sont justement celles qui à la fois s’adaptent à chacun tout en renforçant la force du groupe. Voilà une belle ambition.

Un grand merci à Sylvain Grandserre pour nous avoir offert cette longue et riche interview qui ouvre la réflexion sur ce qui fera l’objet de notre colloque le 23 mai prochain, à savoir « L’école à la carte ? La personnalisation en question(s)… »

Retrouvez Sylvain Grandserre sur son carnet de notes où il ne mâche pas ses mots…
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