En finir avec les devoirs ? #sansdevoirs

Lors de la consultation des syndicats sur les rythmes scolaires, Vincent Peillon a un temps proposé qu’une demi-heure soit consacrée dans toutes les classes élémentaires, de 15h30 à 16h, à l’aide aux devoirs, encadrée par les professeurs. La question est prise au sérieux et répond notamment à l’attente de la FCPE, la principale fédération de parents d’élèves, qui qualifie ces devoirs de «sous-traitance pédagogique». L’objectif est de ne pas augmenter les inégalités scolaires engendrées par les devoirs à la maison.

Ces préventions contre les devoirs sont étayées par les travaux de recherche, dont ceux de Patrick Rayou et plus récemment de Séverine Kakpo (voir l’article sur notre blog). Mais elles montrent également que les parents sont demandeurs voire prescripteurs de devoirs, y compris dans les familles populaires. Les devoirs sont, en effet, un moyen de contrôler le travail scolaire et un lien évident entre familles et École.

Sur le terrain, il n’est pas simple, dans ces conditions, pour un professeur de ne pas donner de devoirs.

La question des devoirs est aussi un enjeu économique. En plus d’accroître les inégalités, d’avoir des effets réduits sur les apprentissages, les devoirs coûtent cher ! Aux parents qui vont solliciter une aide extérieure, aux collectivités territoriales qui financent les aides aux devoirs…

Il s’est développé ainsi un marché de «l’angoisse scolaire» qui s’appuie principalement sur le couple notes-devoirs, et auquel répondent des officines privées qui fleurissent sur l’échec même de l’institution à faire réussir tous les élèves.

Il est urgent de «changer de logiciel», en replaçant la pédagogie au centre du débat. Il faut en terminer avec la notion même de «devoirs» pour mieux définir le travail personnel de l’élève au quotidien, ainsi que les tâches menées dans un cadre collectif (la classe) voire coopératif (voir l’article sur notre blog). Toutes doivent être réalisables et réalisées sur le temps scolaire, selon des modalités qui peuvent varier d’un niveau à l’autre, d’un lieu à un autre, mais qui doivent être coordonnées et accompagnées. Le travail personnel doit surtout mener l’élève à devenir autonome.

Il ne s’agit en rien d’interdire à l’élève et aux familles de s’intéresser, en dehors du temps scolaire, aux apprentissages scolaires. Mais il s’agit surtout de mettre fin à une pratique discriminante, qui lie trop souvent origine socioculturelle et destin scolaire. La réflexion actuelle doit absolument être étendue au collège, où la régulation du travail des élèves est compliquée de par la multiplicité des professeurs.

Cet article introduit un dossier de notre magazine L’Enseignant à paraître au mois de janvier 2013. Ce dossier papier sera enrichi sur ce blog où la question des «devoirs» sera enrichie, avec des expériences, des propositions, des analyses, notamment sur le travail en dehors de la classe, avec la dimension nouvelle du numérique. Nous organisons la discussion sur les réseaux sociaux autour de la balise #sansdevoirs.

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3 réponses à “En finir avec les devoirs ? #sansdevoirs

  1. C’est assez évident, même en école élémentaire, mon fils en a, et ce n’est que quand je signe les cahiers d’évaluation que je vois les failles, les choses à revoir, pas avec les devoirs à la maison, torchés en 5 minutes (pour lui). D’autres ont plus de mal, et y passent 30 à 45 minutes, où est l’égalité.

  2. Il y a beaucoup à réfléchir, rien n’est simple dans cette question. Tout d’abord, que font les pays voisins? Ensuite, juste un témoignage qui date de quelques jours. Je recevais un père d’une élève en difficulté, dans le cadre de mon travail, (maitresse E en Rased). Ce papa est algérien, il est allé à l’école en Algérie, parle à peu près correctement le français. « quand je fais la lecture avec ma fille, le soir, et qu’elle bute sur des mots, pour moi, c’est pareil, je bute aussi sur ces mêmes mots. » Il est de bonne volonté, il aide sa fille, il fait la lecture avec elle… Mais on voit quel problème cela soulève.

  3. Je souhaitais juste préciser, suite à lecture du passage « les parents sont demandeurs voire prescripteurs de devoirs… » que si des parents en viennent à faire cela à l’école primaire, c’est qu’ils se disent que l’école ne permet pas ou plus, à elle seule, d’assurer l’apprentissage effectif des fondamentaux (lire, écrire, compter) nécessaire à toute réussite scolaire à court et moyen terme… et surtout requis à long terme pour devenir un jour un citoyen responsable !

    Oui les parents sont « devenus par la force des choses » le « SAV ou Service Après Vente » de l’école !!

    Si notre société souhaite vraiment que cela change, alors il faut que l’école redevienne le lieu d’apprentissages effectifs et de donc de réussite pour tous… C’est seulement à cette condition d’ailleurs que les parents, naturellement angoissés pour leur progéniture – et ce depuis la naissance – accorderont leur confiance à l’école ! Et arrêteront d’essayer de se substituer aux enseignants ! Les outils et solutions pédagogiques existent (exemple : uneeducationpourdemain.org)… Alors qu’attendent les enseignants pour les mettre en pratique ??

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