Il est urgent de revoir la copie du DNB !

Diplome-national-du-brevet1Alors que la polémique fait rage autour du baccalauréat, de son coût exorbitant en rapport à son utilité, le diplôme national du brevet (DNB), poursuit son chemin dans l’ombre du grand frère napoléonien. Pourtant, le DNB est sans aucun doute l’examen le plus contestable de notre système éducatif, symptomatique des blocages actuels du collège unique.

Mais à quoi sert le DNB ?

Pour le dire simplement, les élèves y apprennent surtout à réviser pour un examen. C’est une répétition en miniature pour le baccalauréat qu’ils passeront trois années plus tard. Ce rite initiatique des épreuves terminales programmées sur deux journées (cette année les 27 et 28 juin) ne concerne que les enseignements d’Histoire-Géographie, de Mathématiques et de Français. La réussite est autant due au contrôle continu qui compte pour plus de la moitié dans l’obtention du diplôme. Au fil des années, des exigences nouvelles sont apparues, comme la note de vie scolaire (2007) qui évalue sur 20 points le comportement des élèves, l’épreuve orale d’histoire des arts en fin de 3ème (2011), et la maîtrise du socle commun de connaissances et de compétences (2011). Les épreuves ont été remodelées cette année pour tenir compte des exigences du socle commun et l’évaluation de compétences.

Fruit d’un montage complexe, d’injonctions progressives peu cohérentes, le DNB ne joue aucun rôle dans l’orientation des élèves à la fin du collège. Il ne sert pas à grand chose pour ceux qui l’obtiennent, si ce n’est à décrocher une bourse sous conditions de revenus pour les élèves décrochant une bonne mention… quand les fonds existent dans les académies ! Par contre il dessert les élèves recalés. Il existe une corellation directe entre les élèves qui n’obtiennent pas le DNB et ceux qui quittent le système scolaire sans aucun niveau de qualification (près de 150.000 jeunes par an). Le DNB reproduit une logique d’examen qui veut que la réussite des uns se justifie par l’échec des autres, alimentant la pression scolaire et ses corollaires (décrochage, manque d’appétence, échec et relégation). Ainsi que reste-t’il de la scolarité obligatoire aux élèves qui ne décrochent pas la diplôme ? Officiellement rien. Considère-t-on qu’ils n’y ont rien acquis ? A ce stade de la scolarité, cette logique est parfaitement inutile, injuste et contre-productive.

Une mesure de la performance des collèges

Le paradoxe veut que la réussite au DNB est considérée comme un indicateur important des politiques éducatives. Tous les ans, le taux de réussite d’un collège est présenté aux professeurs lors de la pré-rentrée comme une auto-évaluation de leur performance, est comparé à la moyenne académique et national. Faire progresser ce taux devient une obsession pour la plupart des collèges.

Pour la session 2012, le taux de réussite est de 84.7%, mais nous pouvons parler de ce chiffre comme d’un taux de rendement d’un système qui évalue lui-même sa propre performance. Pour l’Education nationale, le DNB permet en effet d’analyser tous les ans les résultats des élèves à cet examen, plus que leurs acquis réels. Ainsi les notes de la DEPP soulignent tous les ans les mêmes “constantes macabres” symptomatiques de notre système éducatif :

  • les filles réussissent mieux que les garçons (+ 5,8 points)
  • l’origine sociale des élèves est déterminante (20 points d’écart selon l’origine sociale)
  • les inégalités géographiques sont importantes (mesurées ici entre les académies)

Dans la série professionnelle, les inégalités sont encore plus criantes : seuls 64% des 57000 candidats ont obtenu le diplôme en 2012, un résultat très inférieur à la série collège. Retard scolaire et origine sociale défavorisée expliquent en grande partie l’écart important avec la série collège.

Evidemment, la suppression du DNB ou sa modification ne suffiront pas à lutter contre l’échec scolaire et les inégalités. D’autre part l’école ne peut pas tout. Mais c’est un maillon important d’une réforme plus globale pour un collège qui cesse d’être indifférent aux différences.

DNB : il faut revoir la copie !

Que faire alors du brevet des collèges ? Le supprimer ou le transformer ? Nous proposons de lui accorder le seul rôle qui vaille, celui de certifier les acquis de tous les élèves. Cette certification doit correspondre aux objectifs de la scolarité obligatoire définis par le socle commun qui permet “la poursuite d’études, la construction d’un avenir personnel et de préparer à l’exercice de la citoyenneté”. Pour cela, la transformation des modalités d’acquisition du diplôme doit être profonde. Voici des pistes à explorer.

* quelles épreuves ?

Si l’objectif est de donner les moyens à tous les élèves d’obtenir un socle commun, il n’est plus envisageable d’élaborer des épreuves placées à la fin de l’année. Que faire alors des élèves qui échouent ? Celles-ci devraient avoir lieu bien en amont dans l’année de 3ème de façon à se donner les moyens de faire acquérir aux élèves ce qui ne l’est pas. Les évaluations nationales devraient servir aux équipes pédagogiques à évaluer les acquis des élèves pour pouvoir agir. Mais il est permis de s’interroger sur le rôle et le sens et les objectifs de ces épreuves nationales. La certification de la maîtrise des compétences-clés doit mobiliser différents modes d’évaluation pouvant inclure des épreuves nationales mais ne pouvant s’y réduire. Concernant la forme de ces évaluations, les évolutions sont aussi nécessaires. Doivent-elles n’être que des épreuves écrites conçues comme l’aboutissement de quatre années de collège ? Doivent-elles s’ouvrir à d’autres disciplines ou portées sur des projets interdisciplinaires, sur des projets personnels, des chefs-d’oeuvre ?

* diversifier les modes d’évaluation, rendre l’évaluation positive

Il nous semble pertinent de mieux baliser de manière générale l’évaluation anarchique et désordonnée des élèves. D’un côté les moyennes trimestrielles qui figurent sur les bulletins ne disent rien des acquis des élèves. De l’autre le Livret Personnel de Compétences (LPC) est un document inutilement complexe selon le ministre lui-même. Quelque soit l’outil utilisé pour mesurer les acquis des élèves, le ministère doit fournir un cadre commun qui précise ce qu’est une compétence maîtrisée, à divers niveaux de la scolarité. Les élèves doivent être placés le plus souvent possible en situation de mobiliser leurs compétences par des activités d’exploration, de recherche, d’apprentissages et de restitution variées. C’est le regard global sur l’élève qui compte, et cette approche doit être collective, et non plus atomisée (chaque professeur dans sa discipline, ou chaque compétence objet d’une ou plusieurs évaluations standardisées) comme actuellement. Il est nécessaire d’évaluer moins, mais mieux (évaluation partagée, collective, progressive, formative). Cela permettra notamment de libérer du temps en classe pour consolider les apprentissages.

* prendre en compte les parcours des élèves

Une autre dimension doit être mieux prise en compte dans ce nouveau diplôme, c’est le parcours de l’élève. Cela nécessite de développer par exemple des outils comme le portfolio qui collectionne les projets et productions des élèves. Les parcours permettent de singulariser les élèves, de reconnaître et valoriser ce qu’ils ont fait et de les responsabiliser. Au moins deux parcours officiels vont être en oeuvre à l’avenir : le premier prépare à l’orientation et à la découverte professionnelle, le second développe les pratiques culturelles et artistiques. Mais cette notion de parcours intègre plus largement une dimension temporelle qui favorise ce regard global sur l’élève et évite de réduire l’élève à sa seule année de 3ème. A travers le parcours, on mesure désormais le cheminement et les progrès des élèves.

Cette transformation du DNB en “brevet du socle commun” permet de maintenir ce diplôme comme un jalon de la formation des jeunes. On peut imaginer que la fin de l’année de troisième soit à la fois le moment de l’orientation post-collège, et celle de la délivrance du brevet du socle commun lors d’une cérémonie officielle. L’idée d’un rite de passage récompensé (et non sanctionné) par un diplôme est à préserver car il importe de marquer cette étape finale de la scolarité obligatoire commune à tous les élèves, avant la diversification des parcours aux lycées.

Au ministère, la réflexion sur l’avenir du collège et du DNB est amorcée avec les syndicats. Au plus tôt les premières grandes évolutions n’apparaîtront qu’à la rentrée 2015. S’il peut sembler urgent de changer le collège, le temps de la réflexion et de la concertation n’est pas à négliger. Et le sujet peut avancer plus vite que pour le lycée et le bac. Nous souhaitons pour terminer bon courage et bonne réussite aux 600.000 candidats qui se présenteront au DNB cette année. Que les efforts de ces élèves, aidés tout au long de l’année par leurs professeurs, se trouvent récompensés. Ils en seront d’autant plus méritants que le sens et l’utilité de l’examen actuel n’ont aujourd’hui rien d’évident.

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