Gaëtan Perrin : le travail par compétences, pour aider tous les élèves

CAM00075Gaëtan Perrin enseigne les Mathématiques en collège.

Quels sont les avantages à enseigner par compétences ?

Pour moi, il s’agit d’abord d’avoir une idée précise de ce que sont chacun de mes élèves, ses points forts et ses points faibles, de pouvoir en discuter avec eux, de mettre en place des stratégies de travail individuel, de sortir d’une évaluation sommative dans laquelle ils ne regardent que les chiffres, les dédaignent ensuite et ne s’emparent jamais de ce qu’il y a dans leur copie.

Quels changements as-tu mis en oeuvre dans le travail et l’évaluation des élèves ?

Cela permet de cibler les difficultés, donc on va mettre le paquet sur celles qui sont les moins bien réussies, puis on va mettre en place des groupes de travail différenciés pour les autres compétences. J’évalue même des compétences pour certains travaux en temps libre à la maison, sachant que j’ai été clair avec les parents: c’est un travail d’entraînement, obligatoire mais non noté, corrigé de manière détaillée mais non sanctionné quelque soit le niveau de la production, qui permet de faire une idée de l’état personnel de l’élève. Ensuite, j’ai ouvert des droits dans LaboMep* à tous mes élèves, et je leur donne des séances d’exercices personnalisées en fonction de leurs compétences en cours d’acquisition. Comme il y a aussi des compétences transversales, il faut aussi travailler de manière transversale, c’est à dire en mathématiques avec des AER/PER (Activités d’Étude et de Recherche/Programmes d’Éudes et de Recherche), avec un travail en îlots, que je vais sûrement généraliser l’année prochaine. En clair, les compétences ne sont pas utilisées pour elles-mêmes, dans le petit cadre d’un petit exercice d’application directe, mais mise au service de la communauté pour tenter de résoudre un problème.

Quel a été le déclencheur pour toi ?

Cela vient d’assez loin. Au début des années 2000, Ségolène Royal a fait paraître un pavé, une circulaire dite Collège des Années 2000. Le Principal du collège de Vermelles, dans le Pas-de-Calais, où j’enseignais à l’époque, s’est emparé de cette brochure, et en a tiré deux axes pour le projet d’établissement : l’oral et l’orientation. Nous avons passé nos deux journées de pré-rentrée à travailler ces deux sujets. En fait, il avait trouvé l’exemple québécois, où les élèves ont de vraies formations à la connaissance de soi, à l’estime de soi, avec l’équivalent d’un COPsy à temps plein dans chaque établissement du secondaire. Il nous a déclaré que les Québécois étaient capables, suite à leurs études secondaires, de parler d’eux même en étant critique, en révélant sans problèmes leurs points forts et leurs points faibles. Je me suis alors demandé si j’étais capable de faire la même chose pour moi, mais aussi si je pouvais faire émerger ces idées chez les élèves. C’est le premier pas vers les compétences. Pour l’oral, le chef a eu l’idée, en 2002-2003 de mettre en place une épreuve orale en fin de troisième. Nous avons eu trois journées de stage et la conclusion fût qu’il est impossible de se mettre d’accord sur un barème pour une note à l’oral. Nous en sommes même arrivés à la conclusion que l’oral n’était qu’un ensemble de compétences personnelles et que lui adjoindre une note n’avait aucun sens. Nous avons donc élaboré une grille  et nous n’avons pas mis de notes… en Maths uniquement. Nous avions préparé des sujets du même type, et chaque semaine, un élève qui avait tiré les Maths, avait une semaine pour préparer un sujet et le présenter à la classe entière. Conclusion des élèves après la passation des oraux: « Au moins, avec la fiche d’évaluation de Maths, on sait ce que l’on a réussi et ce que l’on a raté! »

Quelle aide t’a été utile ?

En fait, mon cheminement concernant les compétences et le travail par compétences est le fruit de mon travail de recherche et de veille pédagogique personnel sur Internet. J’ai aussi été conforté par le numéro des Cahiers Pédagogiques sur les compétences, et enfin par le travail fait par le collègue qui a programmé SACoche. J’avais l’impression de ne pas aller au bout des choses, de ne pas donner les informations importantes et pertinentes aux élèves. À partir du moment où j’ai utilisé SACoche, j’ai tout de suite eu un autre contact avec les élèves et les parents.

Quels besoins ressens-tu ?

Avec l’expérience, il me semble que l’évaluation par compétences nécessite un vrai travail d’équipe, aussi bien disciplinaire qu’interdisciplinaire. J’aimerais donc que nous ayons, dans nos établissements, dans nos services, la possibilité de mettre en place des vrais temps d’échange et de concertation entre collègues, car il faut plus de temps pour prendre en compte les capacités des élèves. J’aimerais aussi avoir plus de temps à consacrer à l’aide aux élèves, en ayant moins de choses à enseigner peut-être, sortir de ces programmes-catalogues, qu’il faut bien terminer quand tu as un examen écrit à la fin du cycle collège. En résumé, moins d’encyclopédisme, plus de temps pour former les élèves et les prendre en charge, et un vrai DNB qui dit des choses sur les élèves. J’aimerais aussi, mais ça c’est le plus difficile, des collègues moins frileux quand on parle d’expérience pédagogique, qui soient capables de se mettre autour d’une table en disant: « on a un problème, parlons-en tous ensemble ». J’aimerais que l’on regarde avec un oeil bienveillant des expériences comme Clisthène, à Bordeaux, et que l’on recherche les points positifs et les plus simples à transposer pour faire évoluer notre collège. Nous avons aussi besoin de collègues ressources formés au traitement didactique et pédagogique des difficultés scolaires, qui pourrait ressembler aux « Special Teachers » finlandais, qui peuvent intervenir dès qu’un collègue sent un élève en difficulté face à une notion un peu ardue. Une manière pour l’enfant de ne jamais se sentir seul et démuni. En fait, une vraie formation de « vrai enseignant » et pas seulement comme en France depuis des années, une formation ultra-disciplinaire, sans lien avec le travail en classe et les élèves qui nous sont confiés.

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