La didactique pour mieux enseigner : le cas de l’histoire-géographie

didaHGA quoi sert l’enseignement de l’histoire et de la géographie aujourd’hui ? Si la question peut paraître saugrenue, ce livre y répond sous l’angle de la didactique et permet d’outiller les enseignants face aux nouveaux enjeux : construire une culture partagée et un savoir plus critique. A travers la didactique, les auteurs, Nicole Tutiaux-Guillon et Yannick Mével, livrent une réflexion et des pistes de travail qui pourraient inspirer une communauté éducative élargie, des professeurs de terrain aux concepteurs de programme, en passant par les formateurs et les inspecteurs. La réflexion didactique est en effet une pierre d’angle d’un système scolaire qui souhaite se refonder. « Ce livre ne répond pas à la question « comment enseigner » ? mais plutôt à la question « comment choisir comment enseigner » ? » Ainsi, ce sont avant tout les pratiques professionnelles de l’enseignant qui sont interrogées, un enseignant considéré selon les mots de Schön( 1993) comme un « praticien réflexif ». Conception exigeante qui vise à « interroger certains automatismes, certaines routines, certaines fausses évidences du métier d’enseignant d’histoire-géographie ».

Les auteurs se gardent bien de livrer une « réflexion sur ce qu’il faudrait faire dans un système scolaire idéal », puisque le livre se destine avant tout aux enseignants : « à chaque lecteur d’y trouver de quoi conforter ou réinventer son enseignement. » Chacun des neuf chapitres aborde un problème professionnel, autour de trois axes principaux :

  • celui des contenus à enseigner (le choix, les représentations sociales, les questions sensibles)
  • celui de la problématisation des savoirs, du raisonnement, des finalités (nouvelles?) de la discipline
  • celui de mise au travail des élèves.

Néanmoins, les chapitres se répondent car la « réflexion est systémique ». Les choix opérés sont déjà des engagements : « nous considérons que savoir de l’histoire-géographie n’est pas apprendre le monde mais plutôt apprendre à penser le monde. » Il n’est pas surprenant dès lors que les auteurs posent aussi ce double postulat : l’éducabilité des élèves et la théorie socioconstructiviste.

L’intérêt de l’ouvrage est aussi de développer des problématiques transversales à toutes les disciplines. Bien que les réponses s’inscrivent bien dans un cadre disciplinaire, il y a ici un dialogue et une ouverture nécessaire entre la discipline et le système scolaire dans lequel elle s’inscrit, ses évolutions, ses points de tension. A ce titre, le chapitre 6 : organiser l’enseignement autour des compétences, peut être considéré comme à la fois un éclairage et une réponse aux procès en sorcellerie.

Cet ouvrage re-légitime l’enseignement de l’histoire-géographie, que résument ainsi les dernières lignes de l’introduction : « nous revendiquons la fonction de formation citoyenne de nos disciplines, la fonction sociale de l’histoire et de la géographie scolaires (…). Cette fonction sociale passe par des savoirs partagés qui fondent une identité collective et autorisent le débat public et par des savoirs critiques, qui permettent de mettre à distance jusqu’à cette identité collective afin qu’elle ne soit pas exclusive et excluante. Cette fonction sociale passe aussi, dès 1902, par l’ambition de rendre les élèves plus intelligents, et de ce fait moins susceptibles de se laisser duper politiquement et plus utiles aux autres. »

Cet ouvrage constitue un éclairage sur la didactique et l’épistémologie de l’histoire et de la géographie, sans en être une synthèse : « ces problèmes ont en commun d’avoir fait l’objet de travaux de recherche en didactique sur lesquels nous appuyons notre réflexion et nos propositions. » Une didactique « convoquée lorsqu’il en est besoin », utile pour « penser les choix au quotidien de la pratique ». Dans le livre, cela se traduit par des définitions claires et longues des termes courants de notre « argot professionnel » : savoir, connaissance, compétences, autonomie…

Dommage que ces questions se limitent au collège et au lycée, où exercent de fait les professeurs d’histoire-géographie. Il est pertinent de se pencher sur les premiers pas des élèves en histoire et géographie, menés à l’école primaire, où les enjeux didactiques existent tout autant. Cette approche est d’autant plus nécessaire à l’heure de la redéfinition du socle commun qui unit enseignement primaire et secondaire. Mais il est aussi intéressant de considérer, par exemple, que la logique des compétences pourrait se prolonger aussi, et nécessairement, au lycée.

Didactique et enseignement de l’histoire-géographie au collège et au lycée, Yannick Mével, Nicole Tutiaux-Guillon, EPU, coll. Didactique et enseignement, 2013

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