Développer la culture scientifique des élèves (2) : un enjeu au cœur de la refondation ?

vignette-eistLe rapport parlementaire, mené par la députée Julie Sommaruga, sur l’enseignement des sciences à l’école et au collège, présente un bilan inquiétant. La deuxième partie du rapport présente les pistes pour améliorer l’enseignement des sciences en renforçant notamment l’interdisciplinarité, la formation professionnelle, les liens école-collège. Une nouvelle conception des programmes s’impose.

L’enjeu de l’interdisciplinarité

Sur le terrain, la démarche d’investigation est délaissée par le manque de formation initiale et continue des professeurs, ce que souligne notamment Pierre Léna, président de la fondation La Main à la pâte. Le rapport dénonce la politique de la formation initiale issue de la masterisation. La formation continue est également sinistrée, variable d’ajustement des politiques budgétaires, alors qu’un nouvel enjeu émerge pourtant : l’interdisciplinarité .

Le rapport préconise logiquement de rénover l’enseignement à l’école élémentaire et au collège. Cela passe par une formation initiale et continue dignes de ce nom. Seule la formation continue est à même de diffuser, auprès des enseignants, notamment ceux du secondaire, les éléments d’interdisciplinarité qui sont devenus incontournables dans le domaine des sciences. C’est ce qu’a souligné l’Académie des sciences dans un avis publié il y a trois ans : « si l’excellence disciplinaire demeure une valeur à préserver, on ne peut oublier que la science contemporaine n’est plus disciplinaire au sens ancien : pas de biologie sans physique, chimie ou mathématiques par exemple. En outre, les élèves sont exposés aux grandes questions de l’époque (climat, énergie, environnement, développement), dont les aspects scientifiques relèvent d’une démarche globale, pluridisciplinaire, et de capacités de synthèse que doivent mettre en œuvre les professeurs » (16).

La formation devrait notamment porter sur la didactique des mathématiques et des sciences expérimentales. L’objectif est bien de rénover la pédagogie. Cela passe aussi par des programmes renouvelés, adaptés.

Le rapport fait enfin trois propositions pour « rompre l’isolement des professeurs » :

  • Assurer un accompagnement des professeurs pendant les deux premières années d’exercice du métier
  • Investir dans la formation continue
  • Encourager les partenariats avec les associations et développer les activités scolaires et périscolaires « scientifiques » à certaines conditions

 

De l’école au collège, une cohérence et une continuité nécessaires

Le rapport insiste en toute logique sur les liens à construire, en relation avec la loi d’orientation, entre l’école et le collège. Le  rapport en éclaire quelques aspects :

Le rôle des programmes de l’école au collège

La rénovation de l’enseignement scientifique devrait s’attacher à équilibrer l’apprentissage des fondamentaux et la démarche expérimentale. Il s’agit donc de conforter également les démarches qui ne sont pas liées qu’à l’apprentissage strict des règles, des notions et des concepts. C’est ce que préconise, pour l’enseignement des mathématiques au primaire, le Comité sur l’enseignement des sciences de l’Académie des sciences : cette matière est d’abord un « dépaysement » et il est donc souhaitable que celui-ci soit « agréable », en recourant au jeu, tout en mettant en évidence les rapports entre les nombres, les opérations et les pratiques de la vie courante. Plus en avant dans la scolarité, l’école élémentaire et le collège devraient, pour reprendre l’expression du Syndicat des enseignants-UNSA, « garantir » les démarches pédagogiques basées sur l’expérimentation, car elles permettent de donner du sens aux apprentissages, tout en faisant acquérir aux élèves des connaissances et des compétences. Peut-être faudrait-il, afin de « sanctuariser » ce volet de l’enseignement scientifique, que les programmes du primaire définissent des activités considérées comme étant incontournables. Quant au collège, il pourrait être avantageux, ce point devant être expertisé, d’instituer un double « fléchage » de l’horaire des sciences expérimentales, afin que l’heure de cours soit doublée d’une heure, voire un peu plus, de travaux pratiques.

 Les programmes de sciences de l’école primaire et du collège devraient être, à cette occasion, « allégés » et fixer des objectifs plus « modestes », construits autour d’« objets communs » pour décloisonner les apprentissages. Dans tous les cas, les programmes devraient être plus souples, en laissant plus de latitude aux professeurs. Certains interlocuteurs de la rapporteure pour avis sont allés plus loin en proposant, comme le Syndicat des enseignants-UNSA, que les nouvelles instructions ministérielles fixent les niveaux de maîtrise à atteindre et les compétences clefs à acquérir, les programmes devenant alors de simples « ressources ». Les nouveaux programmes devraient par ailleurs accorder une place plus importante à l’histoire des sciences. Grâce à ces nouveaux programmes, les « éducations à » (à l’environnement, à la santé, à la sécurité, etc.) devraient être davantage liées aux connaissances et aux procédures propres à l’enseignement scientifique. Il est aussi nécessaire de revoir les modalités d’évaluation, d’associer les enseignants dans l’élaboration des programmes.

Les sciences pour lier école et collège, la question de la bivalence des professeurs de collège

En principe placé sous le signe de l’investigation, l’enseignement des sciences est, en raison de la parenté que devrait créer cette démarche commune, celui qui se prête le mieux au renforcement des liens entre l’école et le collège. Il recourera aux instruments de la refondation (référentiel de compétences professionnelles, cycle de consolidation CM1-6ème, conseil école-collège, programme de cycle). Il s’appuiera sur l’expérimentation EIST et l’interdisciplinarité. Cette évolution impliquerait-elle de recourir, dans le second degré, à des professeurs bivalents, c’est-à-dire qui enseigneraient deux matières ? La rapporteure pour avis ne le pense pas, la question de la bivalence étant « piégée », puisqu’elle est aujourd’hui vécue par les syndicats comme une tentative d’agression contre leur identité professionnelle, laquelle est fondée sur la maîtrise d’une discipline. En revanche, rien ne devrait empêcher les professeurs certifiés d’acquérir une ou des certifications complémentaires, qui ne pourraient remettre en cause leur identité première.

Les sciences pour former le citoyen de demain

Les sciences enseignées à l’école devraient contribuer à former le citoyen d’aujourd’hui et les enseignants souhaiteraient pouvoir bénéficier des outils nécessaires pour atteindre cet objectif. En « faire » en classe devrait ainsi permettre à chaque enfant de dépasser l’apprentissage « par cœur », mécanique, de concepts et de connaissances pour acquérir et développer un rapport à l’erreur, à l’incertitude, au questionnement et à l’expertise scientifiques, une qualité indispensable pour exercer sa liberté dans un monde submergé par les écrans et les flux d’information. » « C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’enseignement des sciences, comme celui de la technologie, devrait être lié aux enjeux socio-économiques et éthiques actuels. Ainsi que l’ont souligné, à titre d’exemple, les représentants du Syndicat des enseignants-UNSA, la pandémie de grippe H1N1 et la campagne de vaccination de 2009 auraient dû être, pour les collégiens, l’occasion de réfléchir sur la signification d’un tel épisode et sur la manière de chercher une information pertinente sur le sujet…

Le SE-Unsa partage globalement les conceptions du rapport sur les liens nécessaires entre école et collège. L’enseignement scientifique est en effet très pertinent pour lier école et collège.

Pour conclure, voici une proposition pour illustrer cette pertinence.

Les conseils école-collège peuvent se saisir des sciences et de la démarche d’expérimentation pour assurer la continuité pédagogique. Un projet scientifique peut être l’occasion pour des classes de CM1 et CM2 de découvrir et d’utiliser les salles de classe scientifiques des collèges pour mener des expérimentations. Les ressources locales (associations, musée, espaces naturels, pôles scientifiques…) peuvent être sollicitées pour accompagner le travail ou servir de lieu de visite ou lieu de ressources. Les professeurs peuvent ainsi cibler un thème d’enseignement. Les élèves de sixième pourront jouer le rôle d’accompagnant, de tuteur, pour guider les élèves de primaire dans la démarche et les apprentissages. Cette activité consolidera ainsi leurs compétences. Ce type de projet peut mener à une évaluation concertée, simple, mobilisant des connaissances et des compétences du palier 2 du socle commun. Les professeurs de primaire et de collège apprendront ainsi à se connaître, à développer des démarches communes et à mieux définir des progressions et des niveaux d’exigence. Les élèves de primaire se familiariseront avec le collège, et tous renforceront leurs compétences. Ceci demandera bien entendu du temps et la capacité, pour les différents acteurs, à travailler ensemble.
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