Accueillir un enfant à besoins particuliers, une chance !

medium_480057824Pour un enseignant être confronté à des élèves atteints d’un handicap ou à besoins particuliers est souvent au premier abord une épreuve. Parce qu’il a peur de ne pas savoir faire, n’a pas envie de faire face à des contraintes supplémentaires quand il y en a déjà tellement à gérer… et puis en plus il n’a pas été formé à : la dyslexie, l’autisme, la dysphasie, les troubles du comportements, la précocité… d’abord !

C’est vrai, ce n’est pas forcément facile mais pas insurmontable non plus et nous allons voir que ça peut même être une chance, si si, je vous assure !

D’abord ne pas trop s’inquiéter, faire connaissance avec cet élève et relativiser son manque de formation. En effet on peut avoir suivi des heures de théorie sur un trouble, un handicap et être tout aussi démuni pour s’occuper de cet élève en particulier, qui ne se limite pas à ses difficultés et a aussi des ressources et des qualités à découvrir… Par contre aider des élèves, même en difficulté, à apprendre, ça tout enseignant sait au moins un peu le faire. Il n’est bien sûr pas inutile de se documenter dans les grandes lignes sur le handicap ou le trouble nommé cela apportera des éléments mais ne sera pas forcément ce qui sera le plus efficace !

Le mieux est de rencontrer rapidement – vouloir faire connaissance avec l’élève sans a priori c’est louable mais en cas de difficultés lourdes ou très spécifiques ne pas attendre est plus raisonnable – ceux qui connaissent le mieux l’enfant à savoir ses parents. Vous allez non seulement récupérer ainsi plein d’informations très utiles mais en plus, bénéfice non négligeable, vous allez montrer à ces parents que vous êtes attentif, bienveillant, soucieux de bien faire et que leur avis vous importe – et cela ne peut vraiment pas faire de mal !

Avec les parents, plus que le diagnostique et le parcours médical, il est important de recueillir des informations sur le parcours scolaire mais aussi et surtout de s’informer précisément de ce qui est difficile pour l’enfant, de ce qui l’aide, de ce qui lui complique la tâche et aussi de ce qui le motive, de ses centres d’intérêts et de ses points forts. Attachez-vous aux détails, ce sont souvent de petites choses qui peuvent paraître anodines qui donnent des clés.

Pensez bien aussi à demander aux parents les coordonnées des personnes qui suivent l’enfant par ailleurs (orthophoniste…) et leur autorisation de les contacter dans le but de mieux accompagner votre élève. N’hésitez pas à le faire en demandant bien quoi faire concrètement dans la classe pour accompagner efficacement cet élève.

Discutez bien entendu avec les collègues qui ont eu cet élève les années précédentes en vous intéressant aux adaptations qu’ils ont mises en place avec cet élève.

Ensuite, il faut se montrer astucieux : adapter la tâche de l’élève quand c’est nécessaire sans forcément se donner plus de boulot de préparation…

Bien repérer ce qui lui coûte du temps et des efforts, vérifier avec les parents et les personnes qui suivent l’élève par ailleurs ce qu’il faut tenir et ce qu’on peut lâcher. Un élève en grande difficulté travaille bien souvent beaucoup plus que les autres et s’épuise parfois sur des choses qui n’en valent pas la peine. Si par exemple le passage à l’écrit est un gros souci on peut dispenser l’élève d’un certain nombre de tâches pour se recentrer sur les objectifs essentiels de l’activité. Suivant les cas il peut : répondre à l’oral, n’écrire que l’essentiel, avoir l’autorisation d’utiliser une tablette ou un ordinateur, dicter son travail à un camarade, être dispensé au moins d’une partie des travaux de copie (texte fourni par l’enseignant, photocopie du cahier d’un camarade, prise en photo du tableau…). Et là, on peut en profiter par la même occasion pour voir si cela ne pourrait pas être utile aussi aux autres élèves. Des documents photographiés ou numérisés accessibles via un blog ou autre service en ligne peuvent aussi servir aux absents, aux étourdis qui ont oublié leur cahier en classe, à ceux qui ont du mal à se relire… Il est aussi possible de lui demander, pendant que ses camarades copient le résumé de la leçon, de représenter celle-ci sous forme de carte mentale – carte mentale qui pourra éventuellement être présentée à tous.

Ne pas oublier de solliciter l’élève lui-même et ses camarades aussi, sur ce qu’on pourrait essayer pour surmonter ou contourner une difficulté ; nos élèves ont bien souvent de très bonnes idées à tester, à adopter ou non, à réajuster…

Avoir un élève à besoins particuliers dans sa classe, c’est aussi l’occasion d’être particulièrement attentif à diversifier nos entrées pour aider aux apprentissages en pensant à solliciter le visuel, l’auditif, le kinesthésique, à ne pas négliger les manipulations. Là encore cela peut être utile à plusieurs de nos élèves et permettre à chacun d’élargir le panel de ses méthodes pour apprendre.

Penser aussi au travail en groupe, au tutorat entre élèves, qui sont des modalités qui permettent d’inclure plus facilement un élève qui ne peut pas gérer certaines tâches. De plus cela évite l’écueil de faire peser sur un élève la responsabilité d’aider son camarade.

En résumé : faire confiance à ses compétences professionnelles, se documenter mais avant tout s’informer auprès des parents, se montrer astucieux pour tester des solutions en évitant de se rajouter trop de travail, utiliser le numérique (en utilisant si besoin le téléphone qu’on a dans notre poche en cas de pénurie criante d’équipement), penser à faire bénéficier les autres élèves de certains aménagements, diversifier ses approches pédagogiques et faire travailler davantage nos élèves ensemble.

Résultat des courses ? Avoir un élève handicapé ou en grande difficulté dans sa classe est un formidable catalyseur pour améliorer sa pédagogie et élargir ses compétences professionnelles au bénéfice de tous nos élèves !

Tony et l’extraterrestre

Classe de CM2 séance de production d’écrit…
“Alors aujourd’hui vous allez écrire une histoire en quelques lignes, sur un sujet de votre choix, seule contrainte vous devez utiliser au moins une fois chacune des 26 lettres de l’alphabet.” Reformulation de la consigne par les élèves, recherche collective de mots comportant les lettres les plus difficiles, dont le mot extraterrestre qui permet d’avoir un x… et pendant ce temps je vois Tony qui se met à écrire.

Tony est un élève dysphasique, excellent en mathématiques, plutôt à l’aise à l’oral malgré un trouble important de l’élocution, mais pour lequel le passage à l’écrit est très problématique. D’habitude en production d’écrit, je passe l’aider individuellement afin qu’il formule oralement ses idées puis je les lui re-dicte pour qu’il puisse les coucher sur le papier.

Tiens Tony n’écrit plus et affiche un petit air satisfait !

Je termine la phase collective, lance le travail et vais voir Tony qui m’annonce fièrement qu’il a TERMINÉ ! Son histoire tient en 3 lignes : un extraterrestre arrive sur terre, descend de son vaisseau et s’adresse à un humain en disant, deux points ouvrez les guillemets : un mot extraterrestre composé de toutes les lettres non déjà utilisées dans le début de son texte du genre “Wzykjgqhv” ! Correction rapide de son premier jet qui comporte quelques erreurs d’orthographe, réajustement du mot extraterrestre en fonction de ces corrections pour avoir à nouveau au moins une fois les 26 lettres, recopie au propre et… Tony a finit le premier. Étonnement des autres, ravissement de Tony qui pour une fois a le temps de s’attaquer aux casse-têtes mathématiques à disposition dans le coin bibliothèque. De plus Tony a été, pour une fois en français, la vedette de la mise en commun finale des textes, avec certes le texte le plus court mais correspondant parfaitement à la consigne donnée.

Crédit photo : vividBreeze via photopin cc

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Cet article a été rédigé pour le numéro 217 de la revue de l’ICEM « Inclusion, intégration, classes spécialisées : Et si la pédagogie Freinet… » il est reproduit ici avec leur autorisation.

 

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3 réponses à “Accueillir un enfant à besoins particuliers, une chance !

  1. Génial article (et notamment l’exemple) que je reblogue !
    J’ai l’impression que quelques d’enseignants se trouvent pourtant démunis face à un enfant différent. J’ai l’exemple dans mon entourage de l’enfant dys d’une amie qui est mis à l’écart de sa classe. Il en souffre vraiment et la communication Parent-maîtresse ne passe plus. Une vraie impasse.

    • Oui, ce n’est pas facile : la peur, le sentiment d’incompétence et le manque d’accompagnement des enseignants rend souvent les choses difficiles… la crispation de certains parents, souvent échaudés à juste titre par des expériences douloureuses, n’aide pas non plus.
      L’objectif de ce billet est de dédramatiser car cela peut aussi se passer au mieux, sans drame et pour le bénéfice de tous !

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