La machine à corriger les dictées 1. Côté pile

small__6032654897Une expérimentation de l’Inspection Générale de Lettres et de la Dgesco est actuellement menée pour introduire un barème graduel à la correction de la dictée, exercice d’examen au brevet des collèges. L’objectif est de réussir à évaluer positivement cet exercice canonique, pour mieux faire progresser les élèves. L’originalité de l’expérimentation est l’utilisation d’un tableur numérique pour critérier puis calculer automatiquement les performances des élèves.

Les fondements pédagogiques de l’expérimentation

L’idée d’expérimenter part d’un constat que nous partageons.
« Actuellement, la dictée fait le plus souvent l’objet d’une évaluation descendante : par rapport au texte source, l’enseignant décompte, en négatif, les erreurs commises. Cette pratique, décourageante pour l’élève, ne permet pas pour autant de bien cerner quelles sont ses difficultés orthographiques et quels remèdes y apporter. »
L’institution ne va pas néanmoins jusqu’à une condamnation de cet exercice canonique. Au contraire, l’importance de la tâche est rappelée :
« La dictée offre aux élèves l’occasion de se concentrer exclusivement sur la réflexion logique et la vigilance orthographique que nécessite la transcription d’un texte qui leur est lu. Ce cloisonnement de la tâche à accomplir doit favoriser l’évaluation de compétences précises. »

Le barème graduel mis en place ne vise pas qu’à compter les points différemment, dans une logique ascendante, mais poursuit des objectifs pédagogiques :

  • distinguer les réussites et, par conséquent, les compétences orthographiques des élèves, établir leurs profils
  • hiérarchiser les difficultés
  • envisager des remédiations personnalisées, adaptées aux capacités distinctes des élèves.

Les enjeux du barème graduel sont de catégoriser plus finement les erreurs orthographiques. Les élèves doivent ainsi prendre conscience de leurs réussites, de leurs difficultés, et s’approprier les compétences orthographiques. Les erreurs orthographiques sont catégorisées en » syntaxe du groupe verbal », « syntaxe du groupe nominal », « orthographe lexicale ».

orthographe-conclusion

Un tableur numérique pour évaluer les dictées

L’usage d’un tableur se justifie pour proposer un outil « simple » qui automatise les décomptes, construit des seuils, produit un résultat chiffré.

« A l’issue de ces choix, le logiciel calcule de lui-même les occurrences, et propose un tableau de proportionnalité, qui attribue des points par des seuils (eux-mêmes mobiles, et donc modifiables selon les besoins). Le professeur relève ainsi les erreurs par catégories, et obtient dès lors un bilan chiffré par catégories d’erreurs (x formes bien orthographiées sur y formes : z points)[i] »

Néanmoins, l’opération reste un peu complexe et peut  effrayer des professeurs peu adeptes des Tice.

  1. le texte est saisi dans un cadre calculant le nombre de signes et de mots
  2. en mode calcul, tous les mots du texte sont référencés dans un tableau
  3. le professeur renseigner les types de difficultés pour chaque mot (création de colonnes) et le tableur calcule les occurrences de chaque difficulté (catégorie)
  4. le professeur ajuste les seuils et le tableur calcule ainsi le nombre d’erreur pour chaque catégorie.
  5. Le professeur entre enfin le texte écrit par l’élève (ou copie-colle ce que l’élève a tapé) et le tableur établit les résultats par catégorie ansi que la note finale.

Des objections à l’usage du tableur ?

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Bienveillance et exigence

L’expérience menée sur des copies de DNB dans l’académie de Poitiers montre des changements de notation, notamment au bénéfice d’élèves « faibles ».  La copie de Jordann par exemple est passée de 2/20 en notation traditionnelle à 8/20, tandis que celle de Corentin passait de 0/20 à 2/20. Mais parallèlement quelques bons élèves ont pu  voir leurs notes baisser. Pour l’Inspection générale, «ce barème donne ainsi consistance à l’idée, souvent mal comprise, d’une évaluation « bienveillante », c’est-à-dire qui ne renonce pas aux exigences sans lesquelles il n’est pas d’enseignement, mais qui soit mise au service d’une progression des élèves, et pour ce faire capable d’indiquer leurs acquis, leurs éventuelles réussites, et d’aider dès lors à construire le parcours au sein duquel construire leurs apprentissages. »

 

Dans une deuxième partie, « la machine à corriger les dictées / 2.Côté face », nous analyserons les questions pédagogiques soulevée par l’expérimentation et  pointerons de sérieuses limites à l’idée de sa généralisation.

 

[i] Olivier Barbarant, IGEN groupe de Lettres, in « Une nouvelle évaluation : construction et expérimentation d’un barème graduel pour l’exercice de la dictée », consulté le 7/04/14  http://cache.media.eduscol.education.fr/file/DNB/73/3/20140325_dictee_reflexion_309733.pdf
photo credit: Audringje via photopin cc

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2 réponses à “La machine à corriger les dictées 1. Côté pile

  1. J’ai vu ça il y a quelques jours… Heu, sérieusement, vous vous voyez retaper tous les textes écrits par chaque élève ? Cela me semble complètement irréaliste au quotidien, non ?
    A la limite, pour corriger une dictée de brevet, mais sinon, je ne vois pas comment c’est possible.

    En revanche, beaucoup plus rapide, pour chaque texte de dictée je me prépare une grille de compétence, dans laquelle je reporte les mots correspondant à chaque compétence.

    Par exemple, pour la compétence « Ecrire les mots invariables courants », pour le texte de dictée « bidule », j’écris en petit à côté de la compétence: toujours, longtemps, cependant, après, autrefois (si ces cinq mots figurent dans la dictée bidule).

    J’imprime cette petite grille, je la colle sur chaque copie, et quand je corrige, si l’élève écrit « toujour », j’entoure « toujours » dans ma grille. Ainsi, pour chaque erreur, je coche la compétence concernée dans ma grille, et je fais la synthèse compétence par compétence une fois toutes les erreurs relevées.

    C’est très positif de réaliser que tel élève accorde correctement les noms, encode correctement les sons, accents compris…

    Un exemple de grille (CE2) ici : http://ekladata.com/f1Sa_NzRyzHo5Ba2m22_yeAPKHc.jpg

  2. En effet, c’est certainement un double effet d’une logique descendante caractéristique du second degré. D’une part, celle de la note sur 20 points, d’autre part, celle de la logique de l’examen comme fil conducteur pédagogique. D’après le rapport, il se pourrait que cette expérimentation soit développée dans le premier degré. Merci d’avoir partagé ton expérience.

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