L’auto-gestion au cycle 2 : une expérience motivante

auto gestion

Depuis deux ans, un enseignant de Strasbourg effectue avec sa classe et des parents volontaires, plusieurs fois dans l’année, un déplacement en auto-gestion avec une nuitée.

 

Comment cette idée t’est-elle venue ?

 

Ce projet de proposer des séjours d’une nuitée est née dans la Drôme il y a 10 ans.

J’exerçais alors dans un petit bourg traversé par une jolie petite rivière. A 5 kilomètres en amont, il y avait un camping. Comme je travaillais avec mes CP sur le thème de l’eau, j’ai imaginé organiser une randonnée le long du cours d’eau avec visite de la station d’épuration, traversé de gué, observation des berges jusqu’à ce camping. Avec un équipement prêté par la MJC et le concours des parents nous avons pu proposer une nuitée sous tente à mes élèves avec retour à pieds le lendemain. J’ai renouvelé l’aventure l’année suivante avec le même succès tant auprès des enfants que des parents accompagnateurs.

Une fois à Strasbourg, j’ai voulu réaliser une expérience équivalente. Il n’était pas possible, bien sûr, de partir de Strasbourg à pieds. Mais j’aurais souhaité trouver un camping dans la vallée de la Bruche pour y accéder en train ( je n’aime pas les transports en autocar qui confinent trop les voyageurs et qui sont moins sûrs que les trains). Malheureusement, Il n’y avait pas de camping agréé le long de la Bruche. Le seul qui bénéficiait d’un agrément était à Harskirchen dans le nord- ouest de l’Alsace. C’est donc sur ce site que nous avons pu organiser notre nuitée de camping. Nous l’avons reproduite sur 2 années. Mais la logistique était lourde malgré l’aide des scouts du quartier qui nous ont prêté le matériel et l’enthousiasme des parents. Et puis, il n’y avait pas la partie randonnée.

Nous avons alors cherché des centres d’hébergements toujours du côté de la vallée de la Bruche sachant que la vallée est bien desservie par les TER. Le refuge des Amis de la Nature de Fréconrupt répondait exactement à nos attentes. A 5 kilomètres au -dessus de Schirmeck, on pouvait envisager accéder au refuge par une marche adaptée à des CE1.

Cette expérience, née dans la Drôme, venait aussi d’une certaine insatisfaction des séjours de classe verte. Expérience souvent unique, souvent organisée en fin d’année, coûteuse et souvent peu exploitable en classe. De là est partie l’envie d’un séjour court mais reproductible plusieurs fois dans l’année.

Comment se passe la préparation ?

Il s’agit surtout de s’assurer la participation de suffisamment de parents. Le projet est alors proposé aux élèves. On imagine ensemble des menus compatibles avec les possibilités et qui tiennent compte du régime alimentaire de chacun. En hiver, nous sollicitons les autres familles de l’école pour des dons ou prêts d’équipement : chaussures, combinaisons de ski, luges…

On organise bien sûr une réunion d’information en début d’année à destination de tous les parents de la classe puis des réunions d’organisation avant chaque sortie avec les parents accompagnateurs.

Quels ont été les réactions des élèves avant la première sortie ?

 La plupart ont déjà vécu une expérience de classe verte ou de colonie de vacances et en ont une image mentale rassurante. D’autres pas, mais il y a une émulation qui fait que le projet est envisagé avec enthousiasme par la plupart. Bien sûr, il y a l’un ou l’autre élève inquiet de quitter pour la première fois le cocon familial qu’il faut rassurer voire convaincre.

Quelles sont les difficultés de mise en œuvre ?

 S’assurer que les enfants aient un équipement adapté à la marche voire à la neige en hiver. S’assurer qu’il y ait un parent ayant au moins un brevet de secourisme.

Il faut assurer l’intendance : faire les courses, compléter l’équipement du refuge, acheminer les bagages et l’intendance avec des véhicules de parents.

Que permettent ce type de sortie ?

Le réinvestissement en classe : expression écrite (commentaires de photos, ressentis du vécu, les étapes du voyage…) , math (calcul de quantités, de prix liés aux menus), sciences (observation/comparaison du milieu urbain familier avec un village de montagne, les changements de la nature au cours des saisons, les fruits des arbres, les animaux de la ferme à l’occasion de la visite de la ferme de Malplaquet…).

Quelle est l’organisation sur place ?

 Le voyage en train puis la marche occupent la première matinée.

L’après-midi du 1er jour, la classe est partagée en 2 : un ½ groupe est en extérieur (découverte du milieu, rallye photo …), l’autre ½ groupe prépare le repas. Soirée film, contes.

Le lendemain matin, découverte de l’environnement autour du village en grand groupe : en automne, randonnée avec ramassage de fruits des arbres (châtaignes …), observation des champignons, en hiver visite d’une ferme, au printemps observation de la renaissance de la nature (fleurs, bourgeons…) et land-art.

La dernière après-midi est consacrée au retour à pieds et en train.

Comment ressortent les élèves de ce type de sortie ?

 Avec une expérience, une histoire commune riche et forte qu’ils peuvent encore projeter dans l’avenir. L’envie de renouveler l’aventure à la prochaine saison.

Lorsque ce type de sortie est adapté au cycle 3, on y ajoute des modifications impliquant l’autonomie et l’initiative des élèves :

– Ce sont eux qui choisissent le mode de déplacement (trajet, comparaison des prix),

– Ils établissent les différents menus (ils sont élaborés par groupe puis une phase collective permet un débat au cours duquel les propositions impossibles ou difficilement réalisables sont écartées). Un vote vient clore la discussion.

– ils établissent également l’emploi du temps en faisant des propositions d’activités (individuellement puis par groupe et enfin collectivement, le mode opératoire y est le même que pour les menus).

Les élèves doivent prendre en compte également le déplacement (durée en fonction de la distance et du mode de transport utilisé) pour élaborer l’emploi du temps des deux jours. Cela permet aussi de se rendre compte que la durée dépend de la vitesse, les élèves ont différentes représentations du temps. Lors du déplacement, ils se rendent directement compte que leurs représentations ne sont pas forcément en accord avec la réalité qui dépend de beaucoup de facteurs supplémentaires. La notion de marge d’erreur devient très prégnante.

Sur place, les élèves doivent respecter l’emploi du temps qu’ils ont choisi afin que les activités puissent se succéder correctement. Ils doivent s’occuper des repas (préparation, service, vaisselle…). Ce qui demande, même en CM2, un grand cadrage de la part des adultes accompagnateurs.

On peut alors imaginer deux sorties la même année à quelques mois d’intervalle afin d’utiliser les compétences acquises lors de la première sortie pour améliorer la seconde.

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