Les EPI : pourquoi, comment ? (2)

Cette série d’articles porte sur un aspect fondamental de la réforme du collège : les enseignements complémentaires, définis comme de l’accompagnement personnalisé et des enseignements pratiques interdisciplinaires.  Ce deuxième article montre comment les disciplines peuvent se saisir de l’autonomie pédagogique et quel premier scenario de mise en oeuvre peut se mettre en place dans les collèges.

Une réforme qui conforte l’enseignement disciplinaire

Des syndicats opposés à cette réforme (le trinôme SNES-SNALC-FO) affirment bien rapidement que cette réforme est une attaque contre les disciplines. Les mêmes syndicats ont, par ailleurs, systématiquement critiqué les dispositifs qui ont visé à enlever des horaires disciplinaires pour permettre l’accompagnement et l’interdisciplinarité. Dans leur conception, ces modalités sont des « gadgets » en plus, qui viennent après les disciplines et seuls des horaires-èlèves supérieurs à 30 heures/semaine l’autoriseraient, et encore. La lutte pour les conditions de travail des enseignants, pour certains, se soucie peu du sort des élèves.

Il faut vraiment avoir une vision étriquée de l’enseignement pour considérer que l’accompagnement ou l’interdisciplinarité concurrencent les disciplines. Il faut vraiment considérer que l’heure disciplinaire n’est qu’une heure destinée au “temps d’exposition aux savoirs”, où le programme compte plus que la construction des connaissances et compétences. Les enseignants, à défaut de leurs syndicats, ont abandonné depuis longtemps ces postures, mais reconnaissent que la course aux programmes reste un problème pour le travail quotidien.

Mais pensons une seconde aux réactions syndicales et aux conséquences si la réforme avait détaché concrètement EPI et AP des horaires disciplinaires ! La même indignation, sans doute encore plus forte, pour le même immobilisme.

Nous affirmons au contraire que le choix d’intégrer les EPI et l’AP à l’horaire disciplinaire confortent de fait les disciplines. Concrètement, qu’un enseignant fasse ou non un enseignement complémentaire, l’horaire disciplinaire de classe reste le même. C’est une garantie pour les enseignants. Or la solution “intégrée” a des avantages pour les enseignants : faciliter la mise en œuvre sans systématiser les alignements de classe, ne pas baisser les moyens alloués aux disciplines (et donc sécuriser les postes), empêcher l’augmentation mécanique du nombre de classes à prendre en charge, éviter que les heures de projet soient les variables d’ajustement des services.

Plus d’autonomie pédagogique

De même, les opposants avancent que cette réforme est une mise en concurrence des disciplines, car celles-ci devront arbitrer des choix d’utilisation des marges-profs, ou des enseignements complémentaires. Or, ces arbitrages ont non seulement toujours existé, mais sont en plus nécessaires tant sur plan pédagogique (pouvoir mener des projets) que pour celui des personnels (pouvoir sauvegarder un poste ou éviter un complément de service). Certes les choix sont souvent difficiles mais l’autonomie permet de créer une zone où les questions pédagogiques et celles des personnels se rencontrent, et le conseil pédagogique constitue le cadre dans lequel ces négociations doivent avoir lieu.

Cette réforme offre une autonomie conséquente, avec 3 heures de marges-profs par classe, et des moyens supplémentaires. Loin de développer la concurrence entre les disciplines, ces marges d’autonomie leur profiteront plus en développant le travail en groupes réduits, ce qui est une demande forte des enseignants. Pour plus de transparence et d’équité, le conseil pédagogique doit jouer pleinement son rôle. Le ministère précise d’ailleurs le sens qu’il donne à cette autonomie pédagogique :

« La confiance dans la capacité des équipes pédagogiques et éducatives à définir les réponses aux besoins de leurs élèves est une des clés de la réussite de cette réforme. Elles disposeront d’une réelle capacité d’initiative. Au total, les nouvelles modalités d’enseignement (les enseignements pratiques interdisciplinaires, l’accompagnement personnalisé et le travail en petits groupes) représenteront 20 % du temps des enseignants qu’il leur reviendra d’organiser (en conseil pédagogique) en fonction des besoins des élèves ; pour l’apprentissage des élèves, ils représenteront 4 à 5 heures chaque semaine :

  • les équipes pédagogiques choisiront à l’intérieur de leurs programmes les contenus des nouveaux thèmes de travail des enseignements pratiques interdisciplinaires et leurs modalités de prise en charge par des enseignants de plusieurs matières ;
  • elles définiront ce qui sera proposé aux élèves pendant les temps d’accompagnement pédagogique : travail sur les méthodes pour apprendre, approfondissement disciplinaire, etc.
  • elles choisiront les heures de cours qui seront dispensées en groupes à effectifs réduits. »

Le scenario minimal

Essayons désormais de répondre à cette question : comment vont se mettre en œuvre concrètement les EPI et l’AP ? Beaucoup d’enseignants nous la posent, et nous aurions souhaiter que le ministère donne rapidement de la visibilité à cet enjeu qui soulève des questions d’organisation.

Pour comprendre comment cela pourrait se mettre en place, nous vous conseillons de sortir de vos esprits le modèle des IDD. Le seul point commun est l’objectif de faire travailler les élèves, par des projets, sur des thématiques interdisciplinaires. La principale différence des EPI est que leur mise en œuvre dépendra beaucoup des choix faits dans les collèges autour des variables suivantes :

  • co-animation ou non (utilisation de marges-profs ou non)
  • le choix donné aux élèves ou non (regroupement d’élèves de classe différentes par alignement de leurs heures de classe)
  • le dédoublement des classes ou non, pour deux profs ou pour un seul
  • la durée de l’EPI (trimestrielle, semestrielle, annuelle)

Les choix qui seront faits auront des conséquences sur l’emploi du temps des classes et des professeurs, sur la structure et le fonctionnement du collège.

Les principes suivants guident les EPI :

  • Les EPI ne sont pas en plus des horaires disciplinaires (ils sont intégrés)
  • Les EPI permettent de traiter des parties du programme par la mise en œuvre d’un projet individuel ou collectif
  • Les EPI concernent au maximum 3 heures sur les 26 heures hebdomadaires des élèves dans le cycle 4 (5ème-4ème-3ème).
  • Les élèves doivent au minimum faire deux EPI dans l’année, et 6 thématiques d’EPI différentes (sur 8) durant les trois années du cycle 4
  • Les EPI donnent lieu à une évaluation.

A partir de ces principes et de ces variables, nous pouvons esquisser le scénario minimal de la réforme du collège :

  • Les EPI et l’accompagnement ne donnent lieu à aucune contrainte d’emploi du temps ni à l’utilisation de moyen supplémentaire (marges-profs).
  • Ils ne sont menés que par les professeurs de la classe, dans le cadre des cours dispensés.

Dans un troisième article, nous montrerons que ces mêmes principes et variables peuvent conduire à construire des scenarii assez divers.

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