A quoi sert encore le brevet des collèges ? 4 idées reçues sur le DNB

dnbContexte : alors que les nouveaux programmes sont en cours d’élaboration, le diplôme national du brevet (DNB), est appelé également à être remanié. Est-ce la fin du brevet des collèges, dont l’histoire a connu de nombreux soubresauts ? Avant d’y répondre, examinons 4 idées reçues sur ce diplôme.

C’est un rite utile pour les élèves

Faux. Faire passer une épreuve aux élèves, ce peut être formateur. Mais l’organisation du DNB est telle que ces épreuves n’ont guère de sens.

En effet, les épreuves terminales écrites (français, maths, histoire-géographie) ont lieu à la fin du mois de juin, alors que tout est joué : les conseils de classe sont passés, l’orientation déjà actée. Les élèves l’ont bien compris. Les « bons » jouent le jeu mais beaucoup ne s’investissent pas comme ils le font dans l’année. Les élèves quittent la salle d’examen au plus vite, pressés d’être officiellement en vacances.

Les épreuves terminales représentent 40% dans l’obtention du DNB, et le contrôle continu a un poids important. Certains élèves ont déjà le DNB avant les épreuves finales, d’autres savent qu’ils ne récupéreront jamais le retard accumulé en route. Avec le DNB, les élèves apprennent surtout à calculer leurs points et les efforts à faire pour atteindre un objectif minimal.

Il permet de mesurer la performance des collèges

Faux. Et pourtant il est utilisé ainsi. Récemment, un palmarès des collèges a été créé par une société pour mesurer et comparer leur performance, dont le critère exclusif est basé sur les résultats au DNB. Après tout, ces classements existent pour les lycées, et le ministère lui-même fournit ses indicateurs de résultats des lycées. Il préfère ainsi prendre les devants, en montrant que la question de la performance est complexe, en prenant en compte des critères sociaux pour montrer la plus-value des lycées.

Pour les collèges, le ministère ne fournit pas de tels résultats. Pourquoi ? Parce le DNB n’est pas comparable au baccalauréat, ni dans ses modalités et ni dans ses fonctions. Pourtant, tous les ans, le taux de réussite au DNB est scruté à la loupe par les rectorats, les chefs d’établissement et les enseignants (malgré eux). L’objectif louable d’améliorer les résultats au DNB se transforme souvent en pression sur les élèves et les personnels, en instrument de la mise en concurrence des collèges, alors même que ce diplôme ne sert à rien ! Ubuesque.

C’est un diplôme essentiel pour ceux qui n’auront rien d’autre

Faux.

Primo, les élèves faibles sont ceux qui n’obtiennent pas le DNB. Ceux qui quittent le système éducatif à ce niveau n’ont donc aucune reconnaissance de leurs acquis. Ils ne rattrapent pas, lors des épreuves terminales, leur retard accumulé dans l’évaluation continue, qui ne sont en rien des épreuves de rattrapage. Paradoxalement, ce premier diplôme ne sert pas à ceux qui en premier lieu en auraient le plus besoin.

Deuxio, la DEPP a montré que diplôme en poche ou pas, le DNB n’a pas d’influence sur l’insertion professionnelle des jeunes. Parmi les 120.000 sortants précoces annuels, beaucoup ont le brevet des collèges mais celui-ci n’est pas reconnu comme une qualification minimale permettant l’insertion. Il ne sert à rien.

Le système scolaire en a besoin pour mesurer les acquis des élèves et sa propre performance

Faux. On pourrait penser légitimement que les résultats au DNB sont un indicateur fiable et constant du niveau des acquis des élèves. Se passer du DNB, ça serait risquer de se priver d’un outil indispensable pour mesurer à la fois la performance du système éducatif et celui des élèves. Or, ces deux aspects doivent être traités différemment.

Il existe de nombreux tests (dont le fameux Pisa,mais aussi Cedre, Pirls…) qui mesurent les acquis des élèves à différents moments de la scolarité (en primaire ou à 15 ans). Ceux-ci sont menés sur des principes statistiques solides, par échantillonnage, respectant des protocoles rigoureux qui permettent de mesurer les acquis d’une génération d’élèves et de les comparer dans le temps. En France, c’est le service de la DEPP du Ministère de l’Éducation Nationale qui mène ces enquêtes. La DEPP communique régulièrement sur l’évolution des acquis des élèves (notamment à travers ses évaluations CEDRE). Ces évaluations standardisées, bien que forcément partielles, permettent de connaître les acquis des élèves, et de les comparer dans le temps.

Par ailleurs, si le taux de réussite au DNB atteint aujourd’hui 85%, ayant gagné 12.5 points en 20 ans, il est impossible et même ridicule d’utiliser ce chiffre pour affirmer que le niveau des élèves augmente.  Les épreuves nationales sont une mesure ponctuelle de la performance des élèves sur un champ partiel de leurs compétences. Cette mesure n’est pas standardisée. Elle n’a aucune valeur pour mesurer et comparer les acquis des élèves. Tous les ans la DEPP étudie les résultats et montre que le DNB est avant tout chose le révélateur des inégalités de notre système scolaire : les filles y réussissent mieux, les enfants de cadre ont un meilleur taux de réussite que les enfants d’ouvriers, et il y a des inégalités territoriales. Quelles surprises !

Conclusion

Les problèmes posés par le DNB, dans ses modalités actuelles, sont bien plus importants que ses bénéfices : son utilité est presque nulle, il ne mesure rien de fiable ou de probant, ni sur les acquis des élèves, ni sur les performances des collèges et du système, son sens s’est évaporé dans ses multiples mutations, et pourtant c’est quasiment le seul outil utilisable et utilisé pour le pilotage local.

Les débats actuels sur le collège unique seront-ils l’occasion de reposer clairement les enjeux de la scolarité obligatoire commune et de sortir de ces logiques perverses ? La loi d’orientation de 2013 se donne pour objectif d’assurer aux élèves un socle commun qui leur permet de poursuivre leurs études, et prépare leur future vie citoyenne et professionnelle. Il faut par ailleurs redonner tout son sens à ce moment particulier, la fin du collège, où la scolarité obligatoire commune prend fin. Notre République ne peut se permettre de délégitimer plus encore son institution scolaire, le travail des élèves et des enseignants, en perpétuant ainsi un DNB pédagogiquement nuisible, socialement inutile et aujourd’hui à bout de souffle.

Cela peut passer par de nouvelles épreuves et de nouveaux rituels, si on arrive à sortir de la logique d’un diplôme qui reconnaît tout ou rien, pour garantir et reconnaître plus simplement les acquis des élèves. Ce socle commun s’inscrirait alors comme un jalon dans la scolarité des élèves et dans leur formation tout au long de la vie.

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2 réponses à “A quoi sert encore le brevet des collèges ? 4 idées reçues sur le DNB

  1. Trop de pression pour le brevet ! brevet blanc à tour de bras, épuisement des élèves et notes en chutes libres. Un élève qui avait un an avance lâche prise, ne veut plus rentrer en seconde générale.
    Nos enfants sont des statistiques afin de donner bonne conscience à nos politiciens.

  2. « Primo, les élèves faibles sont ceux qui n’obtiennent pas le DNB. »

    –> Ceci n’est pas forcément vrai. Par exemple, j’ai vécu de très grandes souffrances lorsque j’étais au collège, notamment du harcèlement scolaire. J’étais en grave dépression, j’avais dû être hospitalisée plusieurs mois en psychiatrie, j’avais tenté de mettre fin à mes jours. J’avais donc cumulé plus de 65 demi-journées d’absence lors de ma première année de troisième et avait par conséquent loupé le Brevet. Pourtant, si je n’avais subi aucune souffrance, j’aurais eu mon Brevet du premier coup.
    Marion Fraisse avait 13 ans, elle était une excellente élève, mais elle s’est pendue avant même de pouvoir passer son Brevet… Des exemples comme le sien, il y en a hélas à la pelle…

    Merci donc de ne pas faire de généralités.

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