L’apprentissage des langues vivantes à l’heure de la réforme du collège

Le rapport publié par les inspections générales de l’éducation nationale (n°2014-083, décembre 2014) éclaire les enjeux de la réforme du collège sur l’évolution des classes bi-langues et des sections européennes, tant sur le plan pédagogique que sur celui de la mise en œuvre dans les établissements. Il permet d’interroger plus largement la place des langues dans le système éducatif, dont l’importance est soulignée par la mission. Les rapporteurs proposent 4 scenarios possibles pour faire évoluer l’enseignement des langues au collège, qui anticipent la réforme du collège. Pour autant, les scenarios envisagés ne prennent pas en compte l’augmentation de l’horaire de LV2 de 6h à 7.5h, obtenu par le SE-Unsa lors des négociations. Pour le SE-Unsa, le scenario 3 est une garantie supplémentaire que le ministère doit apporter aux collègues et aux élèves, qui s’inscrit parfaitement dans la réforme actuelle.

Les classes bi-langues et section euro aujourd’hui

Les sections bi-langues (deux LV dès la 6ème) ont été créées en 2002 (sans base réglementaire autre que la circulaire de rentrée). Elles concernent 15.9% des élèves en 2013. Elles sont créées avant tout pour favoriser l’apprentissage de l’allemand, et sa continuité entre l’école et le primaire, suite au conseil des ministres franco-allemand de Berlin du 26 octobre 2004. Aujourd’hui, les trois langues les plus enseignées y sont dans l’ordre : l’allemand, l’espagnol et l’italien, avec de fortes disparités selon les académies. Mais toutes les académies ont ouvert des classes bi-langues anglais-allemand. Les sections européennes ont été créées en 1992 (circulaire). Elles démarrent essentiellement en classe de 4ème et proposent un approfondissement culturel et linguistique de 2h en 4ème et 2h en 3ème. Elles concernent 10.6% des élèves de 3ème en 2013 (source RERS) et se prolongent au lycée, malgré parfois un déficit de continuité.

Recrutement des élèves et attractivité

Selon le rapport, ces deux dispositifs ont « su répondre à une réelle attente».  D’un point de vue structurel, ils assurent la continuité entre l’enseignement des langues entre le primaire et le collège (bi-langues) et entre le collège et le lycée (euro) même si des ruptures de continuité sont fréquentes. Cette attente est avant tout celles des élèves et des familles, qui ont une approche utilitariste de ces dispositifs : « bonnes conditions de travail », « un plus dans la vie et pour la carrière professionnelle », « mieux intégrer les filières sélectives » sont des atouts recherchés. De plus, cela permet «d’augmenter la moyenne » ou « d’avoir des points au bac ». Les élèves perçoivent être au-dessus des autres et bénéficier d’un plus dans l’enseignement. De manière générale, les élèves ne sont pas sélectionnés (sauf quand la pression de la demande est plus forte que l’offre). Le critère principal de recrutement est la motivation. Le recrutement des élèves est ouvert mais socialement investi. De manière nette, les catégories sociales favorisées y sont sur-représentées.  Le rapport souligne que ces dispositifs jouent un rôle dans la concurrence des établissements de centre-ville, mais que dans l’éducation prioritaire, la présence de cette offre linguistique « est encore plus vitale que pour les autres établissements », permettant de garder de bons élèves et donc de favoriser la mixité sociale, sinon dans les classes, au moins dans les établissements. Évaluer les dispositifs est difficile. Les élèves y acquièrent incontestablement un meilleur niveau linguistique que les élèves qui n’y sont pas. Mais ces élèves sont aussi, et généralement, meilleurs que les autres dans toutes les autres disciplines. La mission recommande de mettre en place une évaluation plus rigoureuse des acquis linguistiques de tous les élèves, basé sur le CECRL.

Financement et pilotage des dispositifs

Le cadre réglementaire de ces dispositifs est donc fragile voire inexistant pour les bi-langues. Leur financement relève de l’autonomie des établissements : « il n’y a pas de dotation académique fléchée, le volume horaire est donc arrêté par l’établissement dans le cadre de la DHG qui lui est allouée. » Généralement, les collèges accordent 5 h de LV à leur classe-bilangue de 6ème, mais ce chiffre peut être porté à 7h dans certains établissements. La DNL (discipline non linguistique : enseignement en LV par une autre discipline) permet d’augmenter sans frais le temps d’exposition à la langue. Les auteurs du rapport soulignent « l’intérêt d’un enseignement en DNL  lorsqu’il existe et est pratiqué avec professionnalisme ». Par ailleurs, le pilotage académique s’avère défaillant. La continuité des langues de l’école aux lycées n’est pas assurée. Les commissions académiques sur l’enseignement des langues vivantes fonctionnent mal. La mission demande que soit dressé un état des lieux.

Réflexions pédagogiques

Le rapport fait également des propositions pour « modifier les conditions d’apprentissage des langues vivantes », et « accroître le temps d’exposition à la langue » :

  • La globalisation des heures de LV à l’intérieur des niveaux concernés avec la mise en place de périodes intensives ciblées sur une langue, qui alternent.
  • L’organisation de séances plus courtes que les 55 mn. Il est possible de passer de 3×55 mn à 4x 45 mn selon les rapporteurs.
  • Développement des temps et espaces consacrés à la pratique des langues vivantes, notamment avec la DNL au collège, ou avec la pédagogie de projet.

Un système utile mais inéquitable

Pour le SE-Unsa, le rapport pointe parfaitement les avantages de ces dispositifs, tout autant que leurs limites. Nous soulignons, de plus, un point important. Pendant que certains élèves bénéficient d’un enseignement supplémentaire, que font les autres élèves ? Pourquoi ces élèves-là ne bénéficient-ils pas d’heures d’enseignement sur ces temps-là ? S’il est parfaitement nécessaire de pouvoir travailler dans de bonnes conditions, cela doit être le cas avec tous les élèves, sous peine de maintenir des dispositifs qui certes, répondent à le demande de 15% des élèves, mais oublient les 85% restants. De tels dispositifs ne permettent pas aujourd’hui de remplir les objectifs fixés par la Nation, et contribuent à augmenter les inégalités. Pour autant, ils permettent d’assurer une continuité et une offre linguistique qu’il faut garantir sur tout le territoire.

Quel scénario pour 2016 ?

Les rapporteurs sont favorables à l’avancement de l’apprentissage de la LV2, en 6ème ou en 5ème, notamment pour rétablir une égalité de traitement entre tous les élèves, tout en renforçant leurs compétences, notamment orales. Ils dressent 4 scenarios permettant de s’adapter à une réforme des collèges. Or, depuis la rédaction du rapport (décembre 2014), la réforme du collège est connue :

  • Généralisation de la LV2 en classe de 5ème,
  • Suppression des sections européennes (en collège, pas en lycée),
  • Suppression des classes bi-langues, sauf dans les collèges où elles permettent d’assurer la continuité linguistique pour une LV autre que l’Anglais. Ces classes recevront alors une dotation spécifique du rectorat (ce qui est une nouveauté),
  • Grâce à l’action du SE-Unsa, l’horaire de LV2 a été porté à 2.5 heures par niveau, au lieu de 2H, et la LV1, lésés initialement d’1H en 6ème, a retrouvé ses horaires de tronc commun.

Au final l’horaire de LV est renforcé sur la durée du collège, passant de 19 heures actuellement à 20.5 h. La mission ignorait de plus la création des EPI ou la possibilité offerte par les marges-profs (3H par classe). Les EPI permettent exactement de développer la pédagogie de projet plébiscitée et mise en œuvre dans les sections européennes, le développement d’un enseignement en DNL, mais en s’adressant cette fois-ci à TOUS les élèves. Ce renforcement linguistique pour tous peut, par ailleurs, être assuré dans de bonnes conditions de travail en utilisant les marges-profs, qui permettent de travailler en groupes réduits. De manière concrète, un collège peut, en 2016, mettre en œuvre pour tous les élèves des « projets européens » en créant des EPI de Langues vivantes, sur le cycle 4, en utilisant les marges-profs pour développer le travail de groupe. Un voyage dans un pays étranger peut être l’occasion de mettre en place un EPI annuel visant à préparer, à vivre et à rendre compte de ce voyage. Des semaines européennes peuvent être organisées dans les collèges.

Ce qu’il faut encore garantir pour 2016

Les professeurs d’allemand (et d’italien) expriment actuellement leurs inquiétudes face à la disparition (pas totale) de ces dispositifs, qui assuraient l’enseignement de leur discipline, et garantissaient les accords internationaux. Le rapport fait des propositions qui doivent être retenues, dans le scenario 3 (le plus compatible avec la réforme du collège), qui consistent à rationaliser la carte des sections bi-langues en sixième, sous pilotage académique fort. Les établissements d’éducation prioritaire doivent être priorisés pour y maintenir une mixité sociale. La carte académique des langues vivantes doit permettre de construire des parcours linguistiques, et garantir une continuité et une offre, du CP à la terminale. Le SE-Unsa ajoute à cela la nécessité de prendre en compte la situation réelle des personnels. Les postes d’allemand promis par la ministre doivent être effectivement créés. Le SE-Unsa soutient aussi l’idée de développer l’enseignement en DNL au collège.

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