Nouveau livret, nouveau DNB, une refondation pédagogique ?

La ministre vient de présenter aujourd’hui les modalités de la réforme de l’évaluation (voir les principaux points sur notre site). Le projet ministériel revoit à la fois les outils de suivi de la scolarité (livret scolaire avec les bulletins périodiques) ainsi que la certification de la scolarité commune (le DNB).

Pas de réelle révolution en vue. On peut même s’interroger sur le sens des évolutions proposées, en se demandant si elles sont réellement au service d’une évaluation pensée pour faire apprendre et faire réussir tous les élèves. Car au-delà des bonnes intentions, qu’en sera-t-il dans le quotidien des classes, des écoles et des collèges ?

Changer l’évaluation, vraiment ?

École et collège, entre rupture et continuité

Les bulletins et le suivi des évaluations sont revus du CP à la 3ème, du cycle 2 au cycle 4. À la fin de chaque cycle, les enseignants doivent désormais positionner les élèves sur une échelle de 4 niveaux de maîtrise des domaines du socle commun. Cette obligation donne de la cohérence et de la continuité à l’évaluation des élèves entre l’école et le collège. Cette cohérence est renforcée par les programmes de cycle 3 qui rassemblent les classes de C1 CM2 6ème. Mais le ministère maintient la césure entre école et collège.

« Comme aujourd’hui, du CP au CM2, l’enseignant situe l’élève dans chaque domaine d’enseignement sur des objectifs d’apprentissage : non atteints, partiellement atteints, atteints, dépassés. »

« A partir de la classe de 6e, les moyennes remplacent les objectifs d’apprentissage. »

Mais ce sont bien les enseignants de 6ème qui positionneront au final les élèves sur les niveaux de maîtrise des domaines. Ces permutations sont incohérentes. De plus, alors que le ministère s’appuie sur les recommandations de la conférence nationale sur l’évaluation (décembre 2014) pour étayer son projet, il en oublie certaines, comme par exemple la proposition d’abandonner la notation chiffrée en classe de 6ème pour justement avoir une cohérence de cycle.

Des niveaux de maîtrise pour le socle commun ?

L’idée de proposer des niveaux de maîtrise pour évaluer les domaines du socle commun est intéressante, mais elle se heurte à trois limites concrètes :

  • Les programmes sont disciplinaires et définissent des attendus de maîtrise par discipline, et non par domaine du socle. Il faudra que le ministère prévoie des outils pour aider les enseignants à positionner correctement les élèves, sinon chaque collège va bricoler son propre système.
  • Les 4 niveaux définis (de maîtrise insuffisante à très bonne maîtrise) sont à renseigner en fin de cycle (en 6ème et en 3ème). L’évaluation continue des élèves n’intègre pas réellement des échelles de maîtrise de compétences, où les élèves peuvent progresser. Les 4 niveaux de maîtrise peuvent être comparés à une note sur 4 niveaux.
  • Le ministère considère que les moyennes sont toujours la norme au collège, tout en reconnaissant la liberté aux équipes d’évaluer par compétences. Or, le système des moyennes, qui compense tous les résultats et les réduit à un seul chiffre de performance, n’est pas bien compatible avec une logique de compétences. Il ne s’agit pas ici de condamner la note ou de vouloir la bannir, mais bien de considérer les limites de son usage institutionnel, quand elle est omni-présente et systématiquement traduite en moyennes.

Si des dynamiques peuvent s’enclencher dans les établissements pour passer réellement à une évaluation positive et progressive, le ministère, en confortant le système des moyennes, ne donne pas de signal clair en ce sens. En l’état, les outils (programmes, évaluation) sont insuffisants et lacunaires.

DNB, toujours plus, mais pour quoi ?

Le ministère se félicite de mettre en place un brevet des collèges plus complet, avec plus d’épreuves d’examen terminal, plus de disciplines concernées (grâce à de l’interdisciplinarité) et plus d’heures d’épreuves. La belle affaire. Les limites du DNB actuel sont connues : machine complexe, son utilité et sa lisibilité sont faibles, il intervient en fin d’année scolaire quand l’orientation des élèves est pliée, et après les conseils de classe. Il ne permet même pas de reconnaître les acquis des élèves.

En quoi la nouvelle formule change-t-elle la donne ? Certes elle coordonne mieux le socle commun (qui devient le « contrôle continu »…) dans le montage toujours complexe du DNB. Mais ces épreuves renforcées n’auront pas forcément plus de sens pour les élèves, qui continueront à calculer les points pour jauger l’effort à reproduire, voire à y renoncer. Ces épreuves placées en fin d’année ne serviront même pas à aider les équipes pédagogiques à positionner les élèves sur leurs compétences. Pire, avec son corollaire d’épreuves blanches placées dans l’année, elles risquent d’alourdir la pression scolaire sur les élèves et la tentation du bachotage dans des disciplines désormais plus nombreuses. Autant de temps passé à évaluer de manière sommative plutôt qu’à construire progressivement des apprentissages de qualité, autant d’exercices scolaires formatés à faire acquérir aux élèves au détriment d’une approche complexe, engageante et variée des savoirs et des compétences. Pédagogique ?

Une cérémonie républicaine, vraiment ?

Cerise sur le gâteau, le ministère annonce une cérémonie républicaine pour remettre le DNB aux élèves, qui aura lieu le premier mercredi de la rentrée… quand les élèves seront dans leurs lycées ou en apprentissage.

« Cette cérémonie républicaine sera organisée de façon très solennelle pour délivrer le diplôme », nous dit la ministre. À l’heure où les valeurs de la République reviennent au cœur de l’École, avec notamment l’enseignement moral et civique, ou le parcours citoyen qui doit prendre corps, le ministère envisage donc de créer une cérémonie qui exclura de fait 130.000 jeunes de la photographie, environ 15% des candidats.

Le SE-Unsa est favorable à une cérémonie réellement républicaine, qui aurait lieu à la fin de l’année scolaire, où l’on remet à tous les élèves une attestation de maîtrise des niveaux du socle (avec des niveaux forcément différents selon les élèves). Il est inconcevable pour une école qui se prétend démocratique et inclusive de créer des rites qui excluent une partie des élèves d’une reconnaissance de leurs acquis. Dans le contexte économique, social et politique actuel, ce serait une faute de concevoir ainsi ce rite « républicain ».

Pour consulter le dossier sur le site du ministère

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