Dis moi quels manuels tu utilises, je te dirai qui tu es

Une note de synthèse a été élaborée à partir du rapport (Mounier & Priolet) redigé à la demande du CNESCO dans le contexte de la préparation de la conférence de consensus « Les apprentissages de la numération ». Elle vise à donner un aperçu de la documentation scolaire présente sur le marché de l’édition,en janvier 2015, pour le domaine de l ‘enseignement des mathématiques à lécole primaire.

 

On peut noter plusieurs réflexions d’ordre général :

Chacun des manuels est systématiquement associé à un seul niveau d’enseignement, du CP au CM2. L’inventaire n’a pas permis d’identifier de manuel de mathématiques destiné spécifiquement à des classes à cours multiples alors que l’on en trouve de nombreuses.

La moitié des collections (13 sur 26) offre une série complète de manuels du CP au CM2, pouvant laisser supposer une continuité pédagogique d’année en année, dès lors que pour plusieurs d’entre elles il existe une stabilité des équipes d’auteurs pour la rédaction de l’ensemble des manuels et guides pédagogiques de la collection. Les autres collections se limitent à un cycle d’enseignement, voire à une seule année.

Toutes les collections étudiées proposent exclusivement un support-fichier au CP, puis au fur et à mesure des années le support-livre apparait, pour être presque exclusif au CM2. L’année de CE2 est charnière avec les deux formats proposés à part égales.

manuels par niveaux

Problème des fichiers :

Le support-fichier oriente de manière très importante le travail des élèves, contraints d’entrer la plupart du temps dans un format unique de réponse, dans un espace parfois très limité réservant peu de place pour la recherche de diverses solutions ou plus largement pour des essais de procédures. A l’école maternelle, l’emploi fréquent de fiches souvent utilisées en lien avec un dispositif de travail en groupes nommé « ateliers », est source potentielle d’inégalités scolaires (Joigneaux, 2015). Cette présence massive de fichiers au CP et au CE1 et de fiches à l’école maternelle interroge donc sur la place des premiers écrits mathématiques dans les apprentissages.

auteurs de manuels

Situations de recherche tronquées:

Rares sont les manuels sans indication du savoir à apprendre (3 manuels sur 48), tandis que près de la moitié (21 sur 48) proposent systématiquement des textes de savoir dans chacune des séances. Sur ce point, deux collections sur les dix sont homogènes du CP au CM2. De manière générale la fréquence d’indication des savoirs quotidiens à apprendre augmente selon les années de scolarisation. Ce constat interroge, car on peut penser que plus les élèves sont âgés plus ils sont autonomes pour aller chercher l’information. De leur propre initiative, ils peuvent alors se référer au texte de savoir avant que celui-ci ne soit introduit par une séance de découverte, rendant la fonction de cette dernière caduque. L’emplacement dans certains manuels du savoir à apprendre, à proximité de la situation de découverte, interroge : il semble en effet difficile d’envisager la mise en œuvre d’un dispositif didactique visant la découverte d’un savoir nouveau, dès lors que celui-ci est exposé sur la même page que le problème à résoudre, voire même à proximité immédiate de l’énoncé dudit problème.

manuels introduction des décimaux et des fractions

Le guide pédagogique :

La teneur du guide pédagogique qui accompagne le plus souvent le manuel scolaire varie fortement selon les collections. Avec un nombre de pages pouvant aller du simple à plus du double (de 159 à 383 pour les 48 analyses), ce guide pédagogique réserve une place plus ou moins grande au volet organisationnel tel que le mode d’emploi, aux partis-pris pédagogiques et didactiques ou encore aux indications de gestion de chacune des séances.

Les partis pris didactiques sont des repères parmi les moins visibles pour le professeur des écoles. Ils ne sont pas toujours explicites (par exemple dans le guide pédagogique) et quand ils le sont c’est parfois de manière parcellaire. Il faut être souvent spécialiste des questions et effectuer une analyse approfondie pour révéler la nature des options prises pour l’enseignement et en estimer l’influence sur les apprentissages potentiels. En outre, certains éléments demandent de comparer les manuels d’un même niveau selon les collections et d’autres exigent de se pencher sur plusieurs années, voire l’ensemble de l’école primaire.

types de séances

Utilisation des manuels par les enseignants :

Les deux tiers des enseignants interrogés (8 sur 12) se trouvent en présence d’un manuel « déjà là ». Cette situation conduit souvent à une utilisation peu fréquente dudit manuel qui se voit alors assimilé à une banque d’exercices.

Tant en CP qu’en CM1, le manuel est la plupart du temps ouvert en dernière partie de séance et dès lors il est plutôt considéré comme recueil d’exercices.

Les observations conduites en CP viennent confirmer la présence de supports- fichiers pré-remplis tenant lieu de cahiers annuels d’exercices qui placent les élèves dans un rapport à l’écrit extrêmement normatif et qui contraignent les enseignants à suivre la progression imposée.

L’observation de classes à cours multiples (CE2-CM1 et CM1-CM2) renvoie à des usages différents de ceux observés en classes à un seul cours ; le manuel est support d’une situation de découverte en autonomie pour un cours, par exemple le CE2, pendant que l’autre cours travaille sous la conduite de l’enseignant, par exemple le CM1.

Les enseignants se tournent vers d’autres ressources, en grande majorité accessibles gratuitement en ligne.

 

Des pistes pour rendre l’utilisation des manuels plus efficiente :

Suite aux résultats de l’étude réalisée, les deux auteurs du présent rapport émettent les préconisations suivantes :

Développer la formation à l’utilisation des manuels scolaires dans le cadre de formations initiale, continue ou à distance. Ces formations, tout en permettant aux enseignants de connaître et de comprendre la diversité de l’offre viseront d’une part à l’appropriation des contenus des manuels au regard des travaux de recherche et d’autre part à l’acquisition d’une posture réflexive sur l’utilisation du manuel scolaire.

Créer et favoriser la diffusion d’une banque de ressources en ligne élaborées par des équipes pluri catégorielles (enseignants, formateurs, inspecteurs, chercheurs) : contenus didactiques, analyse commentée de manuels, séances de classes filmées montrant l’usage des manuels, etc.

Conduire une réflexion sur le statut du manuel scolaire et sur son évolution, au regard des outils numériques (manuels numériques avec utilisation de tablettes et de tableaux blancs interactifs).

Étendre la réflexion engagée sur les manuels de mathématiques (volet Nombres et Calcul) à d’autres domaines des mathématiques et à d’autres disciplines, compte-tenu de la polyvalence de l’enseignant du premier degré.

 

 

Extraits issus de : « Conférence de consensus, nombres et opérations, premiers apprentissages à l’école élémentaire. Les manuels scolaires de mathématiques à l’école primaire – de l’analyse descriptive de l’offre éditoriale à son utilisation à l’école élémentaire. Eric Mounier, Maryvonne Priolet »

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