Pourquoi ne parvient-on pas à se débarrasser des neuromythes ?

Difficile de rater, dans les rayons des librairies, cette pléthore d’ouvrages qui nous explique avec force détails que nous n’avons pas tous le même cerveau (dont, de toute façon nous n’utilisons qu’une infime partie !) et que les difficultés scolaires de nos enfants viennent très certainement du fait que les façons d’enseigner de l’École de la République n’étaient pas faites pour leur forme d’intelligence.

Le développement récent des neurosciences cognitives a, comme toute nouveauté, déclenché des élans passionnels dans le monde éducatif. On attend désormais des neurosciences qu’elles nous expliquent dans le détail l’intégralité des mécanismes d’apprentissages et donc qu’elles nous fournissent des outils « scientifiques » et « clé en main » pour développer une pédagogie efficace.

Cet enthousiasme a, comme souvent, été porté vers l’excès. On a interprété abusivement des résultats de recherche pour en faire des théories et l’on a fini par faire culpabiliser des collègues en leur expliquant qu’en dehors des méthodes neuroscientifiques, il n’est point de salut.

Sauf que les neurosciences, si elles nous apportent une meilleure connaissance du fonctionnement neurologique, ne peuvent qu’être un éclairage supplémentaire proposé aux professionnels de l’éducation au moment de faire des choix d’enseignement. Observées en laboratoire, les expériences menées ne peuvent être reproduites in vivo. Pourtant, de nombreux neuromythes sont considérés comme des savoirs acquis et fixés et sont parfois directement transposés dans les classes.

Pour n’en citer que quelques uns :

  • Non, écouter du Mozart n’améliore pas les performances cognitives. À la fin des années 1990, le gouverneur de Georgie (USA) a donc hélas dépensé 150,000 $ dans un programme d’achat de musique… pour rien. Et cela n’aide pas non plus les plantes à pousser, d’ailleurs.
  • Non, vous n’êtes pas « cerveau droit » ou « cerveau gauche », pas plus que votre sexe ne détermine les capacités de votre cerveau, que ce soit sur Terre, sur Mars ou sur Vénus.
  • Non, nous n’utilisons pas uniquement 10 % de notre cerveau.
  • Non, tout ne se joue pas avant 3 ans.
  • Non, faire de la gymnastique coordonnée n’a aucun effet sur les apprentissages. Même si c’est sûrement bénéfique pour lutter contre les effets du vieillissement articulaire.

Mais alors, si ce sont des mythes, pourquoi ne sont-ils pas tombés dans les oubliettes de l’histoire des sciences, comme la terre plate, la bosse des maths et le lien direct de parenté entre le parisien et le chimpanzé du zoo de Vincennes ?

C’est que nous sommes humains : l’être humain et son cerveau ont tendance à fonctionner d’une façon qui favorise la persistance des neuromythes.
Nous préférons croire à ce qui correspond à nos intuitions et nous avons même tendance à ne rechercher que des éléments qui vont confirmer ce que nous pensons déjà. Cela porte un nom : le biais de raisonnement par confirmation. Si on pense que les OVNI existent, on aura tendance à lire de nombreux livres qui prouvent leur existence et à négliger ceux qui vont dans un sens contraire.

Notre humanité nous pousse à céder à la facilité : il est quand même plus agréable de lire le récit de l’expérience d’un.e enseignant.e sur la réussite de ses élèves grâce à telle ou telle méthode fondée sur les neurosciences que de se plonger dans les résultats statistiques de méta analyses. Si tant est que vous puissiez avoir accès à ces méta-analyses et que vous soyez capable d’avoir un regard critique sur ces données statistiques, alors que le livre du collègue est en tête de gondole à la gare.

Nous sommes des êtres fondamentalement optimistes (si, si, on vous assure) et l’idée qu’il nous resterait 90 % de cerveau à utiliser est forcément séduisante. On a une furieuse envie d’y croire. On y croit. C’est faux mais ça fait du bien !

Le problème est que toutes ces croyances, si elles ne font pas forcément de mal, nous empêchent de nous tourner vers des connaissances qui nous permettraient de proposer un enseignement vraiment plus efficace. C’est un des sujets d’étude de la neuroéthique.

Face aux apports des neurosciences pour l’éducation, il serait sage de procéder avec prudence et d’accepter de les voir telles qu’elles sont : des sciences en évolution et en construction.

Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de notre dossier « Neurosciences »

 

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