Aller contre soi

La question des devoirs renvoie à la problématique du travail personnel. Au delà du « à la maison » c’est la capacité à s’engager personnellement dans un travail qui est à la fois visée et exigée pour les devoirs. Ce dossier est donc une occasion de s’interroger en profondeur sur le travail personnel des élèves, comment les y accompagner mais aussi sur notre propre rapport à ce type de travail. Le numéro 27 de « Questions d’Éduc » traitant cette problématique, nous en publions quelques extraits…

De soi, pour soi, et sur soi, le travail s’il est personnel reste du travail.
Il suppose le passage à l’action, celle de produire quoi ?… une nouvelle version de nous-même.
Apprendre, faire du sport, méditer, se cultiver, entraîne consciemment ou pas un changement.

Depuis quelques années, les ouvrages consacrés au travail et au développement personnel fleurissent. Il ne s’agit pas de considérations philosophiques sur l’être humain, mais de ce qui parle à soi et de soi. Du fait que chacun a des ressources et qu’il est naturellement capable d’évoluer.

Bien-être, affirmation de soi, gestion de soi et du stress, bonheur, communication et confiance en soi, ou encore savoir lâcher prise… l’engouement du public pour la réflexivité est bien réel.

Si l’essor de cette nouvelle forme de « psychologie de la vie quotidienne » montre que la société valorise le changement, cela confirme également combien c’est difficile.
Résolutions, trucs, combines et astuces, le chemin du travail de soi, pour soi et sur soi, n’est pas simple.

« Quand tu veux, tu peux »… vraiment ?

Le passage à l’action n’est pas qu’une question de volonté. Ou plutôt la volonté n’est pas quelque chose d’uniforme. Buts, valeurs, influences, modèles et stratégies réflexives : la motivation revêt des réalités très différentes. Il s’agit d’une dynamique en construction et reconstruction permanente.

Qu’ils soient internes liés à l’activité elle-même,  ou externes, de nombreux facteurs entrent en interaction et expliquent ce qui nous pousse à agir. Le travail personnel, le fait de soi-même agir pour soi dépend également de cela.

De la curiosité naturelle à la peur d’échouer

Pour nombre de chercheurs la curiosité est en nous. Un état, un besoin, une disponibilité ou une pulsion, serait innée. Avec le substantif latin  » cura  » qui signifie le soin ou l’intérêt que l’on apporte à quelque chose, la curiosité, est définie comme la qualité de quelqu’un qui a envie de connaître, de savoir.

Loin du « vilain défaut »
La curiosité semble plutôt être un « pouvoir ». Celui qui aide à l’intelligibilité du monde mais aussi de soi.

Tâtonner puis attraper, tanguer puis marcher, bégayer puis parler, le goût pour l’expérience semble effectivement spontané et naturel. Échec ou succès, heureusement que les premières découvertes de l’enfance ne sont pas jugés de façon binaire. C’est bien plus complexe, mais pourtant force est de constater que cette forme de bienveillance se perd au fil du temps.

C’est ce qu’on peut voir avec la peur d’échouer. Celle qui tétanise et empêche d’agir.
Processus de protection, elle résulte souvent de facteurs externes, notamment celui du poids de la société. Comment garder l’envie d’oser, quand ce qui compte est le résultat plutôt que la démarche.

S’engager dans un travail personnel demande également de la surmonter mais ce n’est pas simple.

Il est difficile d’accepter l’idée que chaque action ne doit pas nécessairement être faite pour réussir, surtout quand il est question de soi.

Néanmoins, le fait de ne pas agir par peur de l’échec, n’est-il pas déjà un échec ? En ce sens, la pire chose qui peut arriver n’est-elle pas de réussir ?

Cela nous amène à ce qu’est l’échec et ce qu’est la réussite.
Si les perceptions sont bien évidement propres à chacun, à son parcours, ses objectifs, ses modèles… l’échec n’est et ne reste qu’une étape. Celle d’une expérience, d’une preuve d’audace. Ce détachement est une dimension essentielle dans le travail personnel où ce qui compte est l’enrichissement pour soi.

À partir de là, pourquoi ne pas passer de la peur d’échouer à la décision d’échouer ?

nuage

« Peur de réussir » ?

Cela ne semble pas logique et pourtant.
Inconsciemment, échouer peut s’avérer être une stratégie efficace pour se maintenir dans quelque chose que nous connaissons bien, que nous maîtrisons.
Cela ne signifie pas manquer d’envie, d’ambition, ni même avoir peur d’échouer, le problème se situe au niveau de l’après…
Oui, réussir c’est souvent passer un cap. C’est aller vers quelque chose de nouveau. Face à l’imprévisible, à l’inconnu, voilà une peur insidieuse qui correspond à l’évitement du changement.

Stop à l’auto sabotage !
Cette peur de réussir peut se retrouver chez l’élève qui s’attend à une moindre attention de la part du professeur. Chez le jeune, qui craint une prise de distance de ses pairs. Tout comme chez l’enfant dont la culpabilité inconsciente refuse de faire mieux que ses parents.

Mais être le plus grand frein à soi-même, ça peut durer des années. L’adulte aussi anticipe tout ce qu’une réussite peut engendrer comme changement en lui, dans le regard des autres ou encore sa situation professionnelle ou ne serait-ce que sur ses habitudes.

L’Éducation dans tout ça

Pour devenir acteur de changements, de ceux de la société et des siens, l’Éducation doit permettre de comprendre ces mécanismes qui nous sont propres.

Faire face au stress, avoir de l’estime pour soi, contrôler ses émotions ou encore résister à l’immédiat, voilà autant de points essentiels.

Pourtant, ils relèvent tellement du domaine de l’implicite que la plupart des élèves ignorent combien ils sont indispensables pour construire ses propres réussites.

S’il n’y a pas que la réussite scolaire qui soit importante, les mécanismes que l’on travaille dès l’école doivent contribuer à la réalisation de plusieurs formes de réussite tout au long de sa vie.

De soi, pour soi et sur soi, engager un travail personnel demande de savoir réfléchir sur ses connaissances mais aussi comprendre pourquoi et comment en construire de nouvelles.

Ne pas chercher à tout savoir et intérioriser qu’on peut toujours apprendre… Que ce qui importe est le processus de construction et non pas de reproduction.

En bref, l’école doit apprendre à vite ne plus être élève.

Ce texte est issu du Questions d’Éduc n°27 « Le travail personnel »

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