La communication non-violente, quelle mise en oeuvre au collège ?

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C’est le psychologue américain Marshall ROSENBERG qui est le créateur de la communication non violente. Comment définit-il ce processus de communication ?

Marshall Rosenberg affirme que ce qu’il « recherche dans la vie, c’est la bienveillance, un échange avec les autres motivé par un élan du cœur réciproque. »

En communication non violente on parle du langage « girafe » pour deux raisons : la girafe avec son long cou représente la prise de distance émotionnelle lors de l’échange et également parce que la girafe est un animal qui a un cœur de taille assez volumineuse.

La CNV est un processus de communication qui nous invite à diriger notre attention là où nous allons trouver ce que nous cherchons. Pour cela, Marshall Rosenberg explique qu’il y a nécessité de s’écouter soi-même pour pouvoir écouter les autres. La CNV repose donc sur des valeurs communes de respect des personnes et des différences, de l’égalité du droit des personnes et de solidarité.

La technique de la communication non violente repose sur l’application de 4 principes fondamentaux. Lesquels ?

En CNV, une démarche précise est recommandée par Marshall Rosenberg :

1/ J’observe un comportement concret qui m’affecte
2/ J’identifie un sentiment qui va naître de ce comportement
3/ Je me connecte aux besoins qui correspondent au sentiment
4/ Je formule une demande concrète à l’autre afin de résoudre le problème ou le conflit

L’éducation à la non-violence met en exergue un certain nombre de compétences attendues autant de la part des élèves que des membres de la communauté éducative. Pourriez-vous nous en dire davantage ?

L’éducation à la non-violence permet aux élèves et aux adultes de vivre concrètement des expériences d’écoute active et bienveillante, d’empathie avec une distance émotionnelle et de respect mutuel, de mieux gérer leur stress, d’apprendre à se connaître et à s’estimer davantage.

D’autre part, elle montre aux élèves qu’il est possible de résoudre des conflits par le langage et de façon constructive. Cette approche de la relation favorise le développement de leur esprit critique et de leur créativité. C’est en ayant confiance en soi et en les autres, c’est en portant un regard positif sur les évènements, que l’on peut faire face plus facilement aux difficultés de l’existence

Quels liens faites vous entre la CNV et la médiation par les pairs ? Quelle association est à l’origine de votre propre formation ?

Je perçois beaucoup de liens entre la médiation par les pairs et la CNV. Tout d’abord, dans un entretien de médiation, le médiateur doit parvenir à se positionner de manière neutre et ne pas prendre parti pour l’un ou l’autre (la distance émotionnelle de la CNV). Ensuite il est nécessaire d’éviter le jugement et de plutôt commencer par reformuler. Dans un second temps, le médiateur est capable d’accueillir les émotions des autres élèves. Enfin, il peut amener les protagonistes à chercher une solution commune, un compromis (c’est la demande concrète de la CNV).

La démarche à mettre en œuvre lors d’une médiation s’appuie de manière forte sur le processus décrit par Marshall Rosenberg.

Personnellement, j’ai commencé à me former grâce au PAF avec Mme Blandine DEVEL. J’ai ensuite voulu approfondir avec cette formatrice qui intervient dans le cadre d’une entreprise de coaching.
Des associations péri-éducatives peuvent proposer des formations sur ce thème comme les CEMEA par exemple

En tant que CPE, vous avez développé la communication non violente dans un collège du Jura. Avez-vous été confrontée à des obstacles ? Lesquels ? Diriez-vous que cette approche a eu des conséquences positives sur le climat scolaire de l’établissement ?

J’ai mené pendant presque deux années mes entretiens avec les élèves en situation de conflit en pratiquant la CNV. Les résultats sont impressionnants : dans la majorité des cas, un seul entretien suffit alors qu’auparavant les entretiens se répétaient parfois pendant toute une année scolaire. Les élèves apprennent à communiquer vraiment, à se respecter, à s’écouter. Le climat n’en est que plus serein au sein de l’établissement.

Une difficulté pour les collégiens est de mettre des mots sur les émotions et les besoins. En tant qu’adulte, il est donc essentiel d’être au clair sur ces deux étapes de la CNV afin de les aider et de proposer cette démarche dans de bonnes conditions.

Il est aussi parfois difficile d’expliquer aux collègues qui ne connaissent pas la démarche en quoi elle consiste. Il est nécessaire de démontrer que cette méthode ne relève pas du laxisme : toutes les émotions sont légitimes, tous les comportements ne le sont pas. Il s’agit de parvenir à mettre en place un cadre avec bienveillance. J’envisage d’animer une formation durant l’année afin de sensibiliser les adultes aux bénéfices de la méthode à tous les niveaux.

Que répondez-vous aux collègues qui prétendent qu’il y a une contradiction entre l’autorité incarnée par le CPE et la pratique de la communication non violente ?

J’aurais envie de leur dire qu’il faut faire confiance à cette méthode qui mérite d’être expérimentée. En tant que CPE, nous sommes complètement légitimes à participer à l’éducation du citoyen responsable : il est évident que la CNV y participe pleinement.

La bienveillance et l’empathie ne sont pas en contradiction avec l’autorité incarnée par le CPE : il s’agit de faire respecter les règles avec humanité. Aussi, cela demande de réfléchir sur le système de punition, par exemple. Un élève puni qui n’a pas compris son erreur, à qui on n’a pas rappelé clairement ses obligations et les conséquences de ses actes (ou encore qui doit rédiger une punition sans aucun rapport avec la faute qu’il a commise), a toutes les chances de récidiver et de vivre la sanction comme une injustice.

Comme le disait Albert Einstein : « la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ».

Pour moi, il n’y a aucune contradiction entre nos missions et la CNV. Au contraire, c’est une pratique de communication riche que nous avons la responsabilité de transmettre à nos élèves qui sont les citoyens et les parents de demain.

Mathilde GRENOUILLET
CPE dans le département du Jura

Sur la même thématique vous pouvez lire aussi notre article : « La médiation par les pairs« 

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