Les gardiennes, un film fort…

les gardiennes héroïne

Le film Les gardiennes de Xavier Beauvois ne se serait pas fait sans l’impulsion de la productrice Sylvie Pialat qui connaissait le roman éponyme d’Ernest Pérochon (réédité récemment par Marivole et Métive). Si la composition de la famille phare dans le roman et le film diffère, on a gardé les trois personnages clés et surtout les deux thèmes principaux. Les deux questions avancées sont ici le travail des femmes à la campagne durant la Première Guerre mondiale et le problème qui taraude les poilus, à savoir la fidélité des femmes. Cette dernière est traitée exclusivement sous l’angle de la présence des troupes américaines, présentes non loin du village, avant qu’elles ne partent combattre.

Pour avoir assisté à sa projection en avant-première au 8e festival international du film de La Roche-sur-Yon, nous avons noté combien le public avait pu être choqué par la récitation, devant l’instituteur mobilisé revenu en permission, par les anciens élèves de ce dernier, d’une poésie patriotique au contenu plus qu’infamant vis-à-vis des Allemands. Ce genre d’extrême virulence de la littérature enfantine est propre à la France et s’explique par le fait qu’une dizaine de départements sont entièrement ou partiellement occupés. Les aventures de Bécassine et celle des Pieds-Nickelés plus celles de Flambeau chien de guerre par Benjamin Rabier, parues durant la Grande Guerre (et disponibles aujourd’hui en réédition), ne sont qu’une version bien aseptisée (mais intéressante) de ce qui a pu être réalisé à destination des jeunes.

Le contenu des dialogues sonne extrêmement juste, et on apprécie en particulier que soit mis en relief le fait que depuis le front les poilus donnaient des consignes à leur épouse ou leur mère qui prenait en charge leur exploitation agricole. Un troisième sujet pointe d’ailleurs, à savoir la mécanisation qui débute durant le conflit et s’intensifie durant les Années folles.

Non seulement le contenu est globalement très intéressant pour des élèves du secondaire mais certains choix de mise en scène sont fort judicieux comme cette focalisation, à un moment critique, de la caméra sur les mains d’un acteur qui fut jusqu’à sa retraite un authentique paysan. L’idée de faire approcher le métier de charbonnier est d’autre part judicieuse comme dans un autre domaine celle de choisir trois fils au destin significatif. En effet l’un est porté disparu, un autre est fait prisonnier et le dernier est blessé tant physiquement que psychologiquement.

L’héroïne est, comme dans le roman Nêne qui valut le prix Goncourt à Ernest Pérochon, une enfant de l’Assistance publique ; ceci permet de mettre en lumière tous les préjugés qui concernaient ces personnes. Si le roman se déroulait dans le Marais poitevin, pour des raisons techniques il a été situé ici au sud de la Vienne (d’après l’adresse sur une enveloppe). Le tournage s’est fait, non loin de là, dans une ferme de Journet mais également en Haute-Vienne et dans l’Indre. La salle de classe reconstituée est celle située à Montrol-Sénard, un village, situé à la limite de la Haute-Vienne et de la Charente, devenu lieu de conservation de la vie rurale. Nathalie Baye et sa fille Laura Smet ont des rôles importants, ceci aux côtés de l’héroïne incarnée par Iris Bry une actrice débutante et d’autant plus méritante qu’elle chante régulièrement.

Alain Chiron SE-Unsa 85

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