Organisation des 3C dans un collège rural du Jura

Photo 3CLes centres de connaissances et de culture sont des projets pédagogiques et éducatifs à part entière. Pouvez-vous nous expliquer ce qui a présidé au choix d’en créer un dans votre établissement ?

« Placer les adolescents dans les meilleures conditions de vie individuelle et collective, de réussite et d’épanouissement personnel » est l’une des missions principales du CPE. J’ai chaque jour cette phrase en tête lorsque je franchis les portes de mon collège. Je me suis toujours posé la question des espaces mis à dispositions des élèves. Comment les exploiter au mieux afin d’offrir ce cadre de vie propice au travail et au bien-vivre ensemble ? C’est tout naturellement que le thème institutionnel du réseau CPE du Jura d’octobre 2013 : « La création des 3C, un challenge pour le CPE » a raisonné en moi. De retour dans mon établissement, il m’a paru évident qu’il fallait faire évoluer le fonctionnement des espaces vie scolaire.

Quels sont les principaux objectifs que vous avez définis collectivement au départ ?

Les principaux objectifs étaient :

  • de mettre les espaces et les temps au service de chacun des élèves en diversifiant et personnalisant les ressources
  • de mettre en place des lieux qui permettent de décloisonner les espaces et les temps scolaires pour donner aux élèves plus d’autonomie et encourager la collaboration entre eux
  • de favoriser la sérénité du climat scolaire
  • et enfin, avec la professeure documentaliste, nous avons tenté de fusionner Vie Scolaire et CDI pour une mutualisation des services et des compétences afin de créer un espace unique où les élèves (et nous l’espérons de plus en plus, les enseignants) se tournent. La toile de fond que nous avons gardée à l’esprit était surtout et avant tout : « L’apprentissage au centre de l’établissement ».

Il nous fallait inventer un espace qui stimule l’acquisition des connaissances en permettant aux élèves d’effectuer des recherches, de collaborer, d’échanger entre eux, de travailler seul ou en groupes, d’accéder aux nouvelles technologies, de développer des compétences artistiques, d’accéder à un espace de convivialité, et enfin encourager l’autonomie et la responsabilisation des élèves. Ces espaces devaient être organisés, fonctionnels et clairement identifiés par les élèves afin de multiplier les pratiques individualisées. Les lieux ont été pensés afin de permettre de décloisonner les espaces et les temps scolaires pour donner aux élèves plus d’autonomie et la possibilité de développer la collaboration entre eux.

La concrétisation du projet est passée par l’identification d’espaces physiques répondant chacun à un objectif bien précis. Quels sont ces lieux et quelle est la vocation particulière de chacun d’eux ?

Il y a une grande salle de travail (encadrée) qui permet le travail individuel dans le calme. Cette salle a une disposition de salle classique. Les élèves ont accès aux manuels scolaires, à des dictionnaires, et des lectures essentiellement courtes (type BD). Nous avons également créé une petite salle de travail de groupes (gérée en semi-autonomie). Les tables sont disposées en îlots. Nous avons mis à disposition des élèves, des tableaux à feutre, six ordinateurs, et des tablettes numériques. Une assistante pédagogique y est présente 20 heures 30 par semaine afin d’apporter son soutien aux élèves, notamment dans le cadre du dispositif « Devoirs faits » mis en place par notre ministre, M. Blanquer. Notre hall d’entrée principal est un espace dédié aux travaux oraux, les élèves y sont en semi-autonomie. Il est doté des fauteuils accueillants. Ce grand espace permet l’expression orale (travaux de poésie, de théâtre, d’exposés, …). La salle de musique du collège est également mise à la disposition des élèves en totale autonomie. On y retrouve une disposition des tables en îlots. Les élèves ont accès à des instruments de musiques (un piano, des synthétiseurs, des micros, un xylophone…) permettant la pratique individuelle ou collective de la musique. L’accès au vidéo projecteur permet le travail de groupe. L’utilisation de cette salle en totale autonomie permet aux élèves de développer leurs compétences artistiques (préparation de la fête des talents, de la journée festive du collège, …). Un Foyer, là aussi en totale autonomie est un espace dédié à la détente. Il est équipé de chauffeuses, d’un baby-foot, d’une chaine Hifi, d’un écran plat permettant la visualisation de DVD pédagogiques, et de jeux de société. Et enfin, un CDI permet la lecture calme, le travail sur les outils numériques, les recherches documentaires, seul ou en groupe.

L’organisation des 3C entraîne la passation d’un « contrat » avec les élèves. Tous les espaces ne sont pas accessibles pour tous au même moment. Quelles sont les règles de fonctionnement ?

Un règlement de ces différents espaces a été rédigé avec les délégués de classe. Ces règlements sont insérés dans les carnets de correspondance et signés en début d’année lors de la première étude de l’année. Il est explicité par les assistants d’éducation. À la première heure d’étude de la journée, les élèves doivent se rendre en grande salle de permanence. Après l’appel, ils ont la possibilité de se rendre en petite salle de travail, pour y travailler en petits groupes, pour bénéficier de l’aide de l’assistante pédagogique, pour accéder à un espace numérique. Ils peuvent également se rendre au CDI. À partir de leur deuxième heure d’étude, ils ont accès à la salle de musique et au foyer pour y visionner des DVD pédagogiques. Le choix de ces DVD se fait lors du conseil de vie collégienne, chaque début d’année. Un questionnaire est remis aux délégués ce qui nous permet d’ajuster au plus près des élèves le choix de nos acquisitions. Enfin, à partir de leur troisième heure d’étude de la journée, les élèves ont accès au foyer.

Quels ont été les éléments facilitateurs à la mise en place d’un tel projet ? Avez-vous rencontré des obstacles ? Lesquels ?

Une étroite collaboration avec le professeur documentaliste est une condition sine qua non. J’ai la chance de travailler avec une professeur documentaliste avec laquelle je partage les mêmes valeurs éducatives. La relation de confiance instaurée depuis de nombreuses années a facilité la mise en place de ce projet. La présence au collège d’espaces physiques disponibles et importants avec une géographie favorable (le CDI, le foyer, la salle de musique, les salles de permanences, mon bureau ainsi que celui de la vie scolaire sont très proches les uns des autres). L’existence d’un FSE dynamique a permis de débloquer facilement des moyens financiers pour l’achat des livres de la salle d’étude ou encore pour celui de l’écran plat installé dans le foyer des élèves. Le Conseil de Vie Collégienne est actif depuis de nombreuses années. Enfin, la dotation d’un demi-poste d’assistante pédagogique a permis de faciliter le développement de ce projet.

J’ai rencontré bien des freins dans la mise en place de ce projet. Il y avait avant tout, l’absence, à l’époque, de projet d’établissement. Ma direction n’a pas soutenu sa mise en place, j’ai donc rencontré des difficultés pour le rendre lisible à l’ensemble de la communauté scolaire. Il n’a, par exemple, pas été présenté en conseil pédagogique ni au Conseil d’Administration. Faire débloquer des moyens financiers par l’établissement ou la collectivité de rattachement a été, dans ce contexte, quasiment mission impossible. Je pense que la démarche aurait pu être encore plus collective, plus concertée. Aujourd’hui le contre- emploi du temps tient compte du fonctionnement de ces trois C, mais ce ne fut pas toujours le cas.

Après quelques années de fonctionnement, quelle évaluation faites-vous de cette action ? Diriez-vous que cette initiative contribue au bien-être des élèves et à leur sentiment d’appartenance à leur établissement ?

La mise en place de ce projet a permis aux élèves d’apprendre à faire des choix dans la gestion de leur temps libre au collège. Nous avons observé une gestion des espaces qui était maîtrisée par les élèves. La mise en place de ce Centre de Culture et de Connaissance a permis aux élèves de développer des initiatives. En effet, nous avons noté une nette augmentation de l’animation des clubs en autonomie. Les élèves ont aujourd’hui une pratique des outils numériques qui est spontanée. Nous avons pu observer une mise en place naturelle de tutorat entre élèves. Les comportements sont responsables ; les lieux en autonomie n’ont pas été dégradés. La prise de parole des élèves est facilitée par leurs nombreux déplacements dans ces espaces mis à leur disposition. Les élèves développent beaucoup plus leurs propres méthodes d’apprentissage, comme par exemple la lecture à voix haute pour retenir une leçon.

Il est notable que ce fonctionnement contribue au bien être des élèves. Nous n’avons pas d’absentéisme au collège. Les élèves s’y sentent bien, et l’expriment dans les différentes instances du collège. Ils s’investissent massivement dans la vie de l’établissement.

Quels sont les points d’amélioration que vous avez repérés ? Comment comptez-vous vous y prendre pour relever ces nouveaux défis ?

J’aimerais développer l’appropriation de ces différents lieux par les enseignants en y incluant un espace de travail professeurs/élèves autour de la salle du personnel. C’est un nouveau défi que je me suis lancée. Je travaille actuellement avec les professeurs documentalistes à l’élaboration de ces plans. Ils seront discutés, en cours d’année, en conseil pédagogique et en conseil de vie collégienne. Le principal challenge est à mon sens de faire vivre ce Centre de Culture et de Connaissance, et je compte bien le faire en m’appuyant sur le nouveau projet d’établissement.

Avec la professeure documentaliste, nous allons développer l’expérience que nous avons déjà menée l’année dernière qui est de décloisonner encore plus le temps des élèves. En effet, nous allons leur donner la possibilité de se déplacer d’un espace à l’autre lors d’une même heure d’étude. Cette modalité nécessite de travailler avec les élèves sur les modalités et les règles de ces déplacements. Nous le ferons lors d’une prochaine réunion du CVC.

Comment avez-vous vécu la responsabilité d’une telle expérimentation en tant que CPE ? Considérez-vous que votre implication sur ce dossier vous a permis de gagner une reconnaissance pédagogique dans l’établissement ? Pourquoi ?

En tant que CPE, il me semble plus que nécessaire de s’impliquer dans la vie de l’établissement en étant porteur de projets. J’ai toujours vu mon métier sous cet angle-là. Cette responsabilité n’était pour moi qu’un nouveau défi à relever. Ce projet a permis de placer la vie scolaire dans la continuité de la pédagogie des enseignants et non à côté, dans un espace à part. Je participe ainsi à l’évaluation par compétences des élèves, aux côtés des enseignants.

La Conseillère Principale d’Education,
Fariza Aouam

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s