Intervention de Serge Boimare aux onzièmes rencontres organisées par le GFEN

Serge Boimare était invité le 26 mai à intervenir lors de ces rencontres autour de la thématique « dans et hors l’école, réussir, ils en sont tous capables ». Nous avons pourtant été tous confrontés à des élèves compliqués pour lesquels il était parfois difficile de trouver comment leur venir en aide. Serge Boimare se propose d’y apporter un élément de réponse. Il commence son exposé en parlant d’une école de la réussite pour tous, une école où chacun poursuit son parcours an allant le plus loin possible en fonction de ses capacités tant qu’il est scolarisé. Il met l’accent sur deux points : le nourrissage culturel et l’entraînement à s’exprimer au quotidien. Ces deux éléments contribuent au développement intellectuel.

Il nous parle ensuite d’un adolescent qu’il suit depuis 8 mois en développant trois points :

  1. Pourquoi n’arrive-t-il pas à apprendre ?
  2. Que fait Serge avec lui ?
  3. Comment transposer ces actions dans une classe ?
  4. Pourquoi n’arrive-t-il pas à apprendre ?

Jeremy est en sixième, il est intelligent et vif d’esprit mais il est en grande difficulté devant les apprentissages de base. Il n’arrive pas à lire pour comprendre un texte, il ne connaît pas ses tables. Son bon sens ne l’aide pas à résoudre 2 opérations à la suite. Il ne sait pas enchaîner deux arguments, ne sait pas prendre d’exemple pour étayer ses propos, il ne se pose pas de question. « Sur la vie de ma mère » ponctue ses fins de phrases.

Fin septembre, il est marginalisé et mis à l’écart de la classe. Mis en soutien, il se fait exclure du groupe à cause de son comportement. En cours, il est agité et provocateur. Le carnet de liaison devient une justification de la contestation des parents sur ce qu’il se passe au collège en terme de mauvais enseignement. Les parents disent que cela se passe mal car les professeurs ne savent pas intéresser les élèves. Il a un avertissement pour son travail et sa conduite en fin de premier trimestre et est menacé d’exclusion.

Pourquoi un tel comportement ?

Le médecin scolaire l’avait diagnostiqué comme hyperactif avec trouble de l’attention. Les parents ont refusé les prescriptions en disant qu’il faudrait donner des médicaments aux enseignants pour qu’ils soient plus dynamiques.

Jeremy a lui-même des explications sur son comportement : « quand je ne trouve pas tout de suite la réponse et que je dois chercher; ça ne va plus. Tout se brouille dans ma tête, je me mets à bouger. Si on me parle, je suis d’abord apeuré et ensuite la colère monte. Pour y échapper, je dis que l’exercice est bidon ou que je n’y arrive pas, que c’est trop dur. »

Serge Boimare considère que ses compétences psychiques ne se sont pas développées au cours de ses premières expériences éducatives : « lorsqu’un enfant n’a pas été confronté à des exigences qui vont lui permettre de savoir attendre, de reconnaître ses insuffisances, de respecter des règles, de supporter un moment de solitude, la confrontation avec les exigences de l’apprentissage ne peut plus se faire simplement« . Ses réactions sont un système de défense, d’où la terminologie « empêchement de penser ».

Ces élèves développent des stratégies particulières du type « champion de la réponse immédiate » avec une dictature du slogan, des phrases toutes faites ; une parole non étayée par la pensée. Certains voient la connaissance et le fonctionnement intellectuel comme un risque de les appauvrir.

  1. Qu’a mis en place Serge Boimare pour lui venir en aide ?

C’est peine perdue d’essayer de combler ses déficits, il faut remettre en route la machine à penser. Tous les jours, alimenter cette machine et l’entraîner à fonctionner.

Le fait d’alimenter la machine à penser consiste à lui apporter de nouvelles représentations qui vont enrichir les siennes via la culture : lire à haute voix des récits qui parlent de grandes questions.

La reformulation par l’élève de ce qu’il a compris participe à l’entraînement de la machine à penser. Serge Boimare utilise tous les types de contes. Il interroge ensuite Jeremy sur ce qu’il a compris, ce dernier peut répondre par un dessin, une BD pour expliquer. Puis il lui demande quelles sont ses idées sur les grandes questions posées par le texte.

Exemples de questions que l’on peut se poser en lisant certains contes :

Pour « la Belle au bois dormant » : est-ce que c’est plus intéressant de dormir cent ans ou de mourir tout de suite ?

Pour « Pinocchio » : Comment est arrivé le premier homme ? Quels conseils donner à Gepetto pour faire de Pinocchio un bon petit pantin ? Est-ce que l’on peut vivre sans aller à l’école ? Une bonne action doit-elle toujours être récompensée ? Est-ce que la faim justifie le vol ?

Les évolutions attendues sont que Jérémy soit capable de fabriquer une image mentale à partir d’un mot puis enfin qu’il soit capable de comprendre un récit. Le stade du langage argumentaire est en train de s’installer mais il ne supporte pas encore le temps réflexif autour de l’apprentissage.

  1. Est-il possible de faire cela en classe ?

Serge Boimare considère que oui. Ce type de pédagogie a d’ailleurs été mis en place à Genève. Le psychopédagogue y voit plusieurs avantages :

  • On offre une chance aux enseignants de faire participer et d’intéresser les décrocheurs.
  • Cela convient à tous les élèves.
  • Cela permet de construire un patrimoine commun qui facilite le vivre et l’étudier ensemble et qui donne du sens aux savoirs.
  • C’est au programme de toutes les classes.
  • Cela protège les enseignants, eux-mêmes, de l’empêchement de penser car c’est une façon de fonctionner stimulante.

L’organisation peut être la suivante :

  • Une heure de médiation lors de première heure découpée ainsi :
  • Dix minutes de lecture à voix haute par l’enseignant
  • 25 minutes d’expression orale de compréhension et débat autour d’une des grandes questions amenées par le texte
  • 25 minutes d’expression écrite (les élèves utilisent à ce moment là ce qu’ils ont entendu lors de la phase orale

Pour plus d’explications, vous pouvez suivre le lien suivant : http://www.bayardeducation.com/nos-supports-pour-lenseignant/serge-boimare-mediation-culturelle-secours-enfants-empeches-de-penser-autres/

Ouvrages de Serge Boimare en rapport avec le sujet :

  • L’Enfant et la peur d’apprendre, Dunod, 3e édition, 2014.
  • Ces enfants empêchés de penser, Dunod, 2008.

*GFEN : Groupe Français d’Éducation Nouvelle

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