Mobiliser les élèves… pas simple…

Caroline Coudé, enseignante en CM2, nous partage son questionnement sur ces élèves difficiles à mobiliser…

L’enseignant doit varier ses interventions pédagogiques en classe pour mobiliser chacun de ses élèves.

Ou : si un élève ne s’investit pas, l’enseignant doit varier sa pédagogie et mobiliser l’élève dans un projet.

Que ce serait bien si c’était si simple…

Je pense que nous sommes nombreux à faire tout notre possible pour que tous nos élèves acquièrent des compétences en proposant des situations multiples et variées et apportant la différenciation et les remédiations nécessaires.

Mais parfois, nous rencontrons des élèves qui ne veulent pas ou ne peuvent pas.

Hier, un élève m’a répondu « je n’ai pas envie » (« j’ai pas envie »).

Alors bien sûr, il est en CM2, à la fin du primaire… il est peut-être tard pour faire évoluer ce manque d’envie en partie ancré par ses difficultés tout au long de sa scolarité. Mais on dit bien aussi : « il n’est jamais trop tard ».

Alors d’accord « il n’est jamais trop tard ». Mais que peut faire l’enseignant pour aider l’élève à s’engager dans ses apprentissages ? Est-ce que l’enseignant peut tout faire ? Est-ce que d’autres explications, plus sociétales, peuvent être avancées ?

Faire reposer la responsabilité de faire « réussir » les élèves sur la pédagogie de l’enseignant est culpabilisant et dangereux. D’un côté, les enseignants peuvent se décourager et vivre mal leur activité professionnelle. Et d’un autre, penser que tout repose sur l’enseignant seul, peut empêcher la situation d’évoluer en mieux, peut empêcher de trouver les solutions, car, justement, tout ne reposerait pas sur l’enseignant.

Dans mon cahier-journal, sur une journée typique des activités d’apprentissage proposées dans ma classe, on peut observer une alternance (voir cet extrait de mon cahier-journal)

– dans les matières proposées

– dans les modes d’organisation (individuel/groupe)

– dans les modalités de travail recherche/application/création

– et un usage des outils numériques.

Et malgré tout, trois élèves dans ma classe ne s’investissent pas.

Je relate l’échange que j’ai avec l’un d’entre eux.

Le contrat dans la classe depuis mars est que si l’un d’entre eux ne s’investit pas dans le travail de groupe, soit qu’il perturbe les autres, soit qu’il préfère travailler seul, la possibilité lui est donnée de travailler seul avec un ordinateur sur le sujet du jour.

Ici, ils doivent élaborer avec le traitement de texte un panneau d’exposé sur un sujet lié à l’étude de l’Europe. Ils ont une partie d’un fascicule à lire et à résumer pour expliquer ultérieurement au reste de la classe leur sujet. Depuis le début de l’année nous travaillons ainsi, la tâche n’est pas nouvelle. C’est la deuxième séance.

L’élève concerné ne fait rien… donc je vais avec lui et l’interroge : (plus ou moins bien retranscrit selon mes souvenirs)

– Tu n’as pas commencé ?
– Non, je ne sais pas quoi faire

Je redonne la consigne et l’accompagne dans l’ouverture et l’enregistrement de son document numérique.

– Et maintenant que vas-tu faire ?
– Je ne sais pas.
– Tu vas lire le document ? L’as-tu déjà lu ?
– Oui.
– De quoi il parle ?
– Je sais pas.

Je lui lis le titre, l’explicite. Il s’agit des actions que l’Europe met en œuvre.

Je lui fais remarquer les titres en couleur qui permettent d’identifier les différentes actions sur la double page.

– Tu vas réécrire chacun des titres pour les dire lors de l’exposé. Tu vas relire chacun des paragraphes et les résumer par une courte phrase.

(bien sûr, la tache est complexe mais nous sommes en CM2, l’élève ne présente pas de difficultés particulières)

Je le laisse et reviens 5 minutes plus tard. Il n’a rien fait.

– Pourquoi tu n’as rien fait ?
– J’ai pas envie.
– Bon alors, de quoi as-tu envie ?
– Je sais pas
– Qu’est-ce que tu aimes dans la vie
– Je sais pas…
– Il y a bien des choses que tu aimes ?
– Oui, le sport.
– Quoi comme sport ?
– Le basket.
– Bon alors, je te propose quelque chose, on met de côté l’Europe, et tu prépares un exposé sur le basket que tu présenteras au reste de la classe.
– Non, j’ai pas envie.

Et voilà l’enseignante que je suis qui se demande bien ce que je peux faire de plus ou de différent pour faire en sorte que ces élèves se mettent en activité !

Je pense maintenant qu’il faudrait :

  • qu’on cesse de penser que les enseignants peuvent tout faire et remédier à tous les types de difficultés que rencontrent les élèves.
  • que des chercheurs et praticiens de tous les horizons (sociologues, médecins, pédagogues, neuro-scientifiques… et ceux que j’oublie) se réunissent, observent, recensent et proposent des solutions de toute nature, et pas seulement pour l’enseignement.
  • que la société puisse proposer à ces enfants qui ne trouvent pas une certaine forme d’équilibre dans le système actuel des possibilités de constructions de savoirs et d’épanouissement.

…une réflexion à suivre…

Caroline Coudé

Caroline ose nous partager ici des questions sans réponse, merci à elle ! Elle a cependant une vision très positive et constructive de l’école, comme on peut le constater par exemple dans son billet : Éducation Nationale : positiver

 

Photo : Pixabay CCO Public Domain

3 réponses à “Mobiliser les élèves… pas simple…

  1. Bonjour,
    et merci à Caroline Coudé pour ce partage d’une expérience difficile…
    Effectivement, les enseignants ne sont pas toujours en cause (bravo à elle pour sa flexibilité, au passage!). Certains enfants vivent des situations sociales, familiales, personnelles qui les parasitent et les paralysent complètement. En tant que psychologue EN, j’ai envie de l’orienter vers le RASED (s’il existe???) pour mieux cerner ce qu’il se passe dans cette situation précise.
    Et surtout ne pas rester seule, discuter avec les collègues, les parents, essayer de comprendre… mais je crois qu’elle le fait déjà! 🙂

  2. Bonjour « Heldum », orientation vers le RASED… en tant que ancienne maîtresse E, ce serait en effet une solution. Il aurait pu voir le psy ou le maître G. Mais… on sait que les membres du RASED ne sont plus assez, que le CM2 n’est pas une priorité et que certaines écoles ne le sont pas non plus.
    Ce n’est pas vraiment une expérience difficile… c’est « juste » la frustration d’observer que nous rencontrons de plus en plus de tels élèves et que nous ne pouvons pas entièrement répondre, en tant qu’enseignant.
    J’ai surtout réagi au fait, je suis aussi PEMF, qu’il avait été dit à une T1, qu’il lui suffisait de mettre en place des projets pour que ses élèves s’investissent. Et je sais que ce n’est pas suffisant… d’où, selon moi, l’importance d’en faire un « fait sociétal », et pas uniquement un fait d’enseignant.

  3. en fait, je veux préciser, que si la pédagogie du projet est nécessaire, elle n’est pas suffisante pour certains élèves. et ce serait leurrer les « nouveaux » enseignants (pour ne pas dire jeunes car il y a de plus en plus de reconversions pro), que de le leur faire penser. De même que c’est leurrer la société que de leur faire croire que l’enseignant peut remédier à toutes les difficultés.

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