Après la bosse des maths, les neurones de la lecture ?

L’histoire nous a déjà montré que quand on choisit une science, un point de vue, une entrée en écartant plus ou moins massivement les autres… on est toujours dans l’erreur et l’aveuglement. Il n’y a, hélas, jamais un facteur unique qui explique tout et surtout pas l’échec ou la réussite scolaire.

Au XIXème siècle la phrénologie, science prise tout à fait au sérieux à l’époque, affirmait que la forme de la tête des individus reproduisait la forme de leur cerveau dont les endroits les plus développés étaient forcément proéminents. C’est ainsi qu’est née la fameuse “bosse des maths” ou « organe des nombres” situé à l’angle externe de l’orbite. On sait aujourd’hui grâce à l’imagerie cérébrale que les mathématiques font interagir différentes zones profondes du cerveau et que la “bosse des maths” n’était qu’un mythe. Ce fait est confirmé par le neuroscientifique Stanislas Dehaene qui s’empresse néanmoins de nous parler à son tour des “neurones de la lecture”, dont on peut imaginer qu’ils sont tout aussi mythiques, ou du moins le seront dans quelques dizaines d’années.

Aujourd’hui tout est “neuro” : neuroéconomie, neuromarketing, neuroéducation… et ce préfixe est devenu quasiment indispensable pour qu’un laboratoire de recherches puisse espérer obtenir un financement. “Neuro” renvoie à une science dure, vraie, solide, fiable, bien plus sérieuse et valide que les sciences humaines… et… si c’était totalement illusoire ? Les neurosciences sont jeunes, balbutiantes, avec un terrain très limité et la tendance à vouloir tout “biologiser” n’amène généralement rien de bon ! Mieux comprendre le fonctionnement de notre cerveau et de ceux de nos élèves est évidemment passionnant et utile, mais il est hors de question d’évacuer le fait que notre cerveau “bricole”, s’adapte aux interactions sociales, est plus ou moins opérationnel et efficace en fonction de notre état intérieur… nous ne sommes pas que notre cerveau ! Les émotions ne sont ni seulement biologiques, ni seulement sociales, ni seulement psychologiques.

Les neurosciences dans leur version “toute puissante” veulent nous faire croire que l’on peut en connaissant le biologique agir sur les déterminismes sociaux ! L’échec scolaire ayant résisté aux autres approches, les neurosciences nous font miroiter qu’elles pourraient détenir la martingale faisant réussir tous les élèves, la syllabique pure par exemple qui, adaptée aux neurones de la lecture permettrait de faire de tous les élèves des lecteurs fluides, rapides et comprenants.

Pour le moment la promesse est loin d’être tenue : des évaluations nationales CP & CE1 inadaptées aux jeunes élèves au moins dans leur forme, des fiches ressources pour la remédiation d’une banalité confondante n’apportant aucun élément nouveau, des expérimentations menées par “Agir pour l’école” où tout est axé sur des habiletés instrumentales et la répétition d’exercices mécaniques jusqu’à ce qu’ils soient réussis… On a plutôt le sentiment d’un retour en arrière réactionnaire, barbant et, plus grave, faisant l’impasse sur l’envie d’apprendre et sur l’accès au sens ! “Quand un enfant lit correctement 60 mots par minute, alors il comprend” peut-on même entendre… ça laisse songeur et chaque enseignant a pu au cours de sa carrière constater à de nombreuses reprises que les choses ne sont pas aussi simplistes.

On est loin dans la politique actuellement menée par Blanquer, assisté de son conseil scientifique, de l’approche humaniste et ambitieuse des Savanturiers qui associe pleinement les élèves dans la recherche expérimentale du fonctionnement de leur cerveau afin qu’ils puissent se doter d’outils les aidant à mieux apprendre.

Image : Pixabay CCO Public Domain

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2 réponses à “Après la bosse des maths, les neurones de la lecture ?

  1. Vision des neurosciences extrêmement simpliste…
    de plus, qu’ont produit les systèmes précédents ? Voir Pisa !
    Vision, en même temps, idéologisée…rétrograde…hélas…!
    Fabien Dworczak

    • Merci pour ce commentaire qui illustre parfaitement ce qui est brillamment développé dans la revue mentionnée sous l’article, dont je vous recommande fortement la lecture.

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