Donner du temps à la lecture partagée

Marie-Hélène Lafon est professeure agrégée de lettres classiques dans un collège de Paris. En 2001, elle reçoit le prix Renaudot des lycéens pour son premier roman « Le soir du chien » paru aux éditions Buchet-Castel. Elle écrit ensuite une quinzaine de romans, dont « Mo », « Les Derniers indiens », et « L’Annonce ». En 2020, elle est lauréate du prix Renaudot pour son livre « Histoire du fils », le roman d’une famille qui débute par un drame saisissant en 1908 et s’achève en 2008 en renouant les liens entre les générations. Elle répondait en décembre 2020 aux questions du SE-Unsa pour une série de témoignages consacrés à la place des professeurs documentalistes, de l’éducation aux médias et de la lecture dans la vie des établissements scolaires.

En 2001, vous avez obtenu le prix Renaudot des lycéens pour votre roman « Le soir du chien ». Est-ce que le fait que ce prix vous ait été décerné par des jeunes lecteurs a eu une résonance particulière pour vous ?

Assurément. Ce livre étant un roman à plusieurs voix, pas forcément facile d’accès pour ces jeunes lecteurs élèves de lycée professionnel, j’avais d’abord été surprise. Il s’agissait alors de mes premiers contacts avec des lecteurs et cette expérience inaugurale fut fondatrice en ce sens qu’elle n’a été que la première des bonnes surprises inventées par des lecteurs ; et ça continue depuis 20 ans désormais.

Vous êtes écrivaine et enseignante de lettres. Si vous étiez ministre de l’Éducation nationale, quelle est la première mesure que vous prendriez en faveur de la lecture et la littérature ?

Donner du TEMPS et de la LIBERTÉ, à savoir des horaires plus généreux à l’enseignement du français et toute latitude pour y pratiquer, en salle de classe et/ou dans les CDI, la lecture partagée à voix haute.

Que pensez-vous du fait que le ministre de l’Éducation nationale actuel ne traite pas les professeurs documentalistes comme des enseignants ?

Je pense que ça relève, une fois de plus, d’une méconnaissance profonde des réalités du terrain où les uns et les autres travaillent réellement ensemble.

Vous avez déjà été accueillie en tant qu’autrice dans des CDI. Quel est votre souvenir préféré d’une rencontre avec des élèves et leurs enseignants ?

Ces rencontres sont le plus souvent intenses, denses, grâce au travail fourni en amont par les professeurs et les élèves. C’est profondément roboratif et je garde un souvenir toujours plus vif de celles où l’échange avec les élèves s’articule autour d’extraits de textes lus par eux à voix haute.