Enseignement de la technologie : construction de serres au lycée français de Pékin

de gauche à droite : Luc et ses collègues de SVT, physique-chimie et mathématiques

Luc, professeur de technologie, est arrivé dans le réseau de l’AEFE en septembre 2018, pour prendre un poste au Lycée Français International Charles-de-Gaulle de Pékin. Avec ses collègues des disciplines scientifiques et les élèves de sixième, il mène un projet de construction de serres et répond aux questions du SE-Unsa à ce sujet.

Comment en es-tu arrivé là ?

J’enseigne cette discipline depuis 21 ans, après avoir été chargé de mission chez Messier-Bugatti. Ce poste dans l’industrie m’avait été proposé suite à un stage d’ingénieur (Design Industriel et Génie Mécanique) chez ce sous-traitant des trains roulants d’Airbus Industries. Mais l’image que j’avais du métier d’ingénieur travaillant en osmose avec son équipe s’est révélée ne pas être si idyllique dans la réalité. Je voulais en fait plus transmettre que produire, ce que j’avais déjà perçu pendant mon service militaire dans l’Armée de l’Air, où j’étais officier formateur pour les appelés ayant des difficultés à lire et à écrire. À la fin de mon service, je ne suis pas retourné chez Messier-Bugatti mais me suis inscrit à l’IUFM d’Aix-Marseille. Après un stage « intense » dans un collège des cités nord de Marseille, et une mutation dans l’académie de Créteil.

Comment s’est déroulée ta carrière ?

J’ai été TZR dans cette académie pendant 10 ans. Je ne souhaitais avoir un poste fixe, car ce statut me permettait de rencontrer beaucoup plus de collègues et de me confronter à plus de didactiques différentes. J’adorais participer aux CRTech de l’époque, l’ancêtre des Fablab en gros. J’ai ensuite obtenu, à Paris, un poste fixe au lycée Janson de Sailly, où j’ai pu participer à l’expérimentation EIST avant qu’elle soit généralisée.

Et l’AEFE, pourquoi ce choix ?

J’ai voulu changer de contexte pour continuer à évoluer, le réseau AEFE a été une vraie opportunité. 3 ans de candidatures, compliquées car nous souhaitions absolument avoir 2 postes dans la même ville et donc souvent dans le même établissement, et nous voilà avec mon épouse à Pékin.

Selon toi, quelle doit être la place de l’enseignement de technologie au collège ?

Elle est centrale mais elle n’est pas perçue ainsi. Toutes les compétences, tous les savoir-faire qui sont abordés en cours traitent d’usages du quotidien. Notre société a évolué vers un monde numérique de plus en plus présent. Certains diront « envahissant », et ils n’ont pas tort. C’est justement pour cela que les cours de technologie sont centraux. En tant que professeurs de technologie, nous aidons les élèves à acquérir des notions, des connaissances, pour mieux comprendre cette évolution sociétale, pour ne pas devenir un simple consommateur, mais plutôt à minima un consommateur averti, avec l’objectif qu’ils deviennent des « citoyens acteurs » participant et régulant ces évolutions. Nous les aidons à comprendre leur environnement du quotidien et à acquérir suffisamment d’éléments de compréhension pour construire une hygiène numérique.

Tu as mené un projet de construction d’une serre en Enseignement Intégré de Sciences et de Technologie peux-tu nous en dire plus ?

Nous avons changé notre projet cette année. Il est calé sur les nouvelles directives de l’EIST. La serre est évidemment connectée, sinon cela n’est pas drôle. Notre équipe est idéale et je travaille avec des collègues géniaux. Un professeur de Sciences Physiques, un professeur de Sciences de la Vie et de la Terre, une professeure de mathématiques et moi-même. Qui dit mieux ! On est parti du postulat suivant : La Chine importe beaucoup de fruits et légumes, pourquoi ? N’a-t-elle pas les moyens géographiques et météorologiques de faire autrement ? (pas de notion de climat en 6e pour l’EIST… compliqué quand même indique Luc). Les élèves ont observé et relevé les origines des fruits et des légumes dans le supermarché près de chez eux… et c’est parti.

De quels moyens matériels disposez-vous dans l’établissement pour mener ce projet ?

On a construit un scénario qui nous amène scientifiquement à l’idée de la serre et on la construit de A à Z grâce aux moyens du Fablab que je gère au sein du lycée (imprimantes 3D FDM et résine, découpeuse laser, thermoformeuse, découpeuse vinyle, fraiseuse numérique, etc.). Cela permet de construire 1 serre pour un groupe de 4 élèves. On a près de 80 élèves cette année. Et surtout, on enseigne tous les 4 sur le même créneau horaire avec 2 blocs de 2 heures.

On va équiper, en fin d’année, les serres construites avec des capteurs environnementaux gérés par des cartes Arduino (préprogrammées par nous). Franchement, on s’éclate. Dernier point : dans l’établissement, on est entièrement en numérique pour les documents et pour le classeur des élèves : on a un abonnement entreprise Microsoft 365 avec Microsoft OneNote et Microsoft Teams.