On veut y croire…

medium_2399403962L’entrée de l’école dans l’ère du numérique est largement évoquée dans la circulaire de rentrée, ça fait plaisir, on a envie d’y croire mais il y a hélas quelques écueils et quelques conditions à ne pas oublier si on ne veut pas que cela se transforme en rendez-vous manqué !

Question de priorité ?

On lit dans la circulaire :

“Dans une société où la production et la transmission des connaissances sont radicalement bouleversées par les technologies numériques, l’École doit prendre la mesure de ces transformations et accompagner tous les élèves dans l’acquisition et la maîtrise des compétences numériques. Elle doit aussi, grâce aux outils numériques, développer des pratiques pédagogiques attractives, innovantes et efficaces, offrant au système éducatif un véritable levier d’amélioration.”

On aurait aimé voir d’abord le terme “efficace” histoire de battre en brèche l’idée reçue que le numérique n’apporte qu’un sympathique habillage de modernité, la deuxième phrase semble ainsi presque contredire ce qu’affirme la première. Mais bon, on ne va pas chipoter l’intention y est !

Des classes connectées ?

“Le développement des formations au numérique constituera un moyen essentiel pour favoriser le déploiement des usages dans les classes ; il devra faire partie de la formation initiale et continue dispensée par les ESPE.” et “Pour favoriser ces évolutions, un service public du numérique éducatif est instauré afin de créer les conditions d’une action globale, concrète et durable en faveur du développement des usages par les élèves.”

Certes, voilà des moyens essentiels mais on oublie ici une condition tout à fait INCONTOURNABLE : l’arrivée d’une connexion dans chaque salle de classe ! Cela est encore assez peu répandu notamment dans les écoles primaires où il y a souvent deux points seulement d’arrivée de connexion : la salle informatique et le bureau de la direction… Ce n’est pas avec un créneau par semaine, dans une salle informatique plus ou moins adaptée pour recevoir une classe, que l’on va déployer les usages des élèves. Pour que le numérique soit présent, au quotidien, comme outil et ressource dans la classe il faut au minimum une arrivée de connexion et un terminal connecté dans chaque salle de classe. Alors oui ce n’est pas simple entre le coût pour tirer les câbles, le principe de précaution avec le wifi… mais il faut trouver très rapidement des solutions et imposer cette règle minimum partout sinon nous n’avancerons pas ! Plus important et plus urgent que de vouloir un terminal par élève, commençons par un par classe (au minimum mais partout) disponible en permanence permettant de chercher une information, de vérifier une hypothèse, de contacter le monde extérieur… Internet a sa place en classe, au moins au même titre que le dictionnaire, l’encyclopédie et le manuel scolaire.

Une vraie formation 2.0 ?

“Un « Campus numérique » donnera accès, dès la rentrée, à toutes les ressources et à tous les parcours de formation disponibles qui pourront être utilisés par les acteurs impliqués dans les animations et les formations comme par les personnels eux‐mêmes.”

On rêve en effet d’une ouverture de ce campus à tous ceux qui seraient intéressés dans et hors Éducation Nationale, mais… on doute en lisant cela :

“Aux côtés des ESPE qui développeront leurs modules et leurs ressources de formation en ligne, les académies auront recours au dispositif Pairform@nce pour produire leurs propres parcours et surtout pour déployer les formations en ligne dans le cadre de la formation continue des enseignants, et plus particulièrement des professeurs des écoles. Ces derniers pourront accéder, dès le mois d’octobre, à des modules de formation à distance spécialement conçus à leur intention et offrant un large éventail de ressources.”

En effet, Pairform@nce en l’état actuel, est une plateforme très fermée à laquelle il est difficile d’accéder et dont les contenus restent inaccessibles et mystérieux pour les non autorisés. Il nous semble indispensable de prévoir quelque chose de plus ouvert et aussi et surtout la possibilité, dans le cadre des 9 heures d’animation pédagogiques en ligne, de pouvoir sortir des sentiers battus et construire et mutualiser ses propres parcours.

En effet il existe de nombreuses ressources de qualité déjà en ligne, institutionnelles ou non : vidéos de l’ESEN, ressources d’Eduscol, conférences de chercheurs lors de colloques, ressources créées par les enseignants…

On pourrait par exemple :

  • solliciter les PE pour qu’ils expriment leurs besoins/envies (par exemple via le réseau social RESPIRE)

  • favoriser la proposition de parcours par les PE eux-mêmes, parcours mutualisables, modifiables (favoriser le partage, les formats ouverts, les licences Creative Commons) en plus si c’est ouvert et disponible certains collègues pourront en faire plus s’ils le souhaitent, des enseignants du secondaire pourront en profiter et d’autres personnes extérieures aussi (cela donnerait en plus une image de modernité numérique à l’EN)

  • éviter le contrôle tatillon mais demander un retour pouvant prendre plusieurs formes à faire par le PE qui s’est formé sur ce qu’il a appris, ce que ça lui a permis de mettre en place dans sa classe : rapport, billet de blog, diaporama… à présenter le cas échéant lors de sa prochaine inspection par exemple, ou à ajouter à son portfolio

Le thème tout trouvé de ces parcours pourrait tourner essentiellement autour de “Comment utiliser le Web pour apprendre ?” comme ce MOOC (Massive Open Online Course : cours en ligne ouvert à tous “Qu’est-ce-qu’un MOOC ?”) ou cette intéressante initiative d’un collègue qui propose de se former à des outils numériques utilisables en classe.

Le numérique apporte de l’horizontalité, nécessite de la confiance, il faut que les enseignants puissent expérimenter cela pour eux-mêmes ce qui ne peut que les amener à en faire profiter aussi leurs élèves. Pour cela il faut affirmer clairement ces possibilités plus ouvertes et ne pas seulement les laisser à l’appréciation des IEN qui risquent de se montrer frileux.
Plus loin la circulaire nous dit :

“Enfin, une attention particulière devra être accordée aux élèves intellectuellement précoces (EIP), pour qu’ils puissent également être scolarisés en milieu ordinaire. A cet effet, dès la rentrée 2013, chaque enseignant accueillant dans sa classe un élève intellectuellement précoce aura à sa disposition sur Eduscol un module de formation à cette problématique.”

Alors là attention, s’agira-t-il d’un vrai module de formation, scénarisé et multiforme ou d’un simple pdf comme ceux pour les élèves en situation de handicap ? Car, quelle que soit leur qualité, il s’agit là de ressources, utiles et bien faites, mais en aucun cas de module de formation ! Attention à utiliser les bons termes pour que l’on ne se sentent pas floués…

 Des oublis ?

“La mise en oeuvre de la stratégie numérique reposera sur la mobilisation des académies qui coordonneront leurs actions dans un projet numérique académique et créeront ainsi une dynamique auprès des écoles, des établissements et des personnels.”

N’oublions pas que la dynamique monte aussi du terrain, attention à recenser et prendre en compte tout ce qui se fait déjà, à le faire connaître, à éviter par des décisions malencontreuses de condamner des projets en cours : par exemple par un filtrage intempestif, de nouvelles restrictions, l’absence de maintenance et de renouvellement des équipements…

“Partenaires du service public du numérique éducatif, les collectivités devront être pleinement associées à la définition et à la mise en œuvre académique de la stratégie numérique. A cet effet, une instance de dialogue réunira dans chaque académie les acteurs départementaux et régionaux en charge du numérique.”

Il semble manquer ici des enseignants de terrain utilisateurs du numérique, non ? Enfin, la circulaire plaide pour une école ouverte sur le monde :

Construire une École ouverte sur le monde L’ouverture de l’École doit dépasser le seul cadre national pour se tourner vers l’échelon européen et international. L’École crée les conditions d’intégration des élèves, citoyens et futurs professionnels, dans le monde qui les entoure.”

Le numérique peut contribuer à cette ouverture, favorisant dès l’école primaire des contacts avec l’extérieur : le contexte local et les familles mais aussi des échanges plus élargis avec des experts, des classes d’autres régions ou à l’étranger…

Concernant l’entrée de l’école dans l’ère du numérique, cette circulaire est pavée de bonnes intentions. Pour qu’elles se concrétisent,  il faudra que l’encadrement accepte de lâcher (un peu) prise et de ne pas tout contrôler a priori. Le dossier idéal pour mettre à l’épreuve la “confiance” aux enseignants inscrite dans la circulaire !

Crédit photo : Jim Sneddon via photopin cc

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2 réponses à “On veut y croire…

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