Parcours citoyen, comment faire ? 4 questions à Laurent Fillion

Suite à notre article « un nouveau parcours citoyen, mais pour quelle éducation à la citoyenneté ?« , Laurent Fillion, professeur d’histoire-géographie en collège, qui a dirigé l’ouvrage « éduquer à la citoyenneté : construire des compétences sociales et civiques » (Crap/scéren-canopé, 2012) nous livre quelques pistes et réflexions pour une mise en oeuvre pratique.

9782866153861FS1. Les attentats de janvier 2015 ont replacé au coeur du débat le rôle éducatif et la mission civique de l’Ecole. L’éducation nationale participe ainsi activement à une grande mobilisation pour les valeurs de la République. Un parcours citoyen vient d’être proposé, autour de l’enseignement moral et civique. Que penses-tu de cette annonce et de son contenu ?

L’idée de parcours me plaît bien car le terme permet d’envisager des allers-retours, des balisages divers et une progressivité dans l’apprentissage. L’éducation à la citoyenneté c’est en effet important et essentiel. A condition d’être au clair sur cette notion. Il me semble qu’on la confond encore trop souvent avec le civisme voire avec la civilité.

Ce sera mon premier reproche sur le contenu proposé : sur les 5 axes, le premier relève de la civilité, le 5e du civisme.

Second reproche : le parcours proposé ne fait que reprendre ce qui se fait souvent déjà. On peut certes y voir une volonté de rendre ce tout cohérent mais on aurait pu aussi se montrer un peu plus audacieux en la matière.

2. De manière concrète, quelles pratiques dans les écoles et les établissements devraient apparaître pour une éducation à la citoyenneté ?

Je vais reprendre l’expression de François Audigier « C’est en citoyennant qu’on devient citoyen. »

Éduquer à la citoyenneté ne se fait bien évidemment pas sans l’apport de connaissances solides (plusieurs matières y contribuent, en premier lieu l’histoire). Mais, dans ce domaine plus qu’ailleurs encore, il est nécessaire d’apprendre aux élèves à les mettre en œuvre. C’est aussi un apprentissage. Pourquoi le remettre à plus tard ?

Il ne s’agit donc pas de dicter ce qui est bien mais de proposer des situations d’apprentissage qui amènent les élèves à confronter et à se confronter afin de faire émerger une véritable citoyenneté. Les pistes sont diverses : mettre en place des dispositifs de coopération, travailler sur le tri des sources d’information, organiser des débats régulés, faire vivre de façon la plus concrète possible des textes littéraires, des témoignages historiques, adopter comme objets d’études les statistiques pour apprendre à les décoder, aider à structurer sa pensée, aborder l’acte d’argumenter dans toutes ses dimensions et pas seulement dans le pour ou contre, mettre la pensée complexe au premier plan, faire vivre de véritables espaces démocratiques, donner du sens aux fonctions électives des élèves…

Tout enseignant sait que le résultat n’est jamais sûr et pourtant c’est sans doute la voie à suivre si on veut à la fois éviter le « formatage » tout en reconnaissant la légitimité d’une éducation à la citoyenneté.

J’entends parfois qu’un établissement scolaire n’est pas une démocratie et qu’il ne faut donc pas essayer de la singer. Le professeur d’histoire que je suis avoue sa perplexité face à de tels propos. L’école serait donc une dictature, fusse-telle bienveillante ? Si la démocratie, c’est le « vivre ensemble », c’est la possibilité pour chacun de s’épanouir, d’agir pour un bien commun, de proposer, le tout en respectant des règles communes élaborées avec l’assentiment de tous. Je ne vois pas d’antinomie avec le monde scolaire. Dans le cadre fixé par un règlement intérieur partagé, il est tout à fait possible de faire vivre des moments « démocratiques » basés sur des principes comme la coopération et la représentation.

3. En quoi la notion de compétences peut-elle aider à construire ce parcours citoyen ?

Ces compétences (encore plus que les autres) se travaillent sur le long terme. De ce constat, on peut tirer trois conclusions pour la mise en pratique :

  • En ce qui concerne les situations d’apprentissage tout d’abord, elles doivent être nécessairement nombreuses et variées afin de prendre en compte les rythmes d’acquisition qui seront forcément différents d’un élève à l’autre, encore plus que pour des apports plus classiques.

  • Une approche vraiment transversale par compétences, s’appuyant sur des tâches complexes semble vraiment être la mieux adaptée. Le projet de nouveau socle précise « L’élève engagé dans la scolarité devra apprendre à réfléchir, à mobiliser des connaissances, à choisir des démarches et des procédures adaptées, pour penser, résoudre un problème, réaliser une tâche ou un projet, que ce soit dans une situation habituelle ou, plus difficile, dans une situation nouvelle ou inattendue » Cette affirmation résonne tout particulièrement pour l’acquisition de la citoyenneté.

  • Enfin, ce parcours doit aussi prendre en compte ce qui se fait hors de l’école. Bon nombre d’élèves peuvent mettre en oeuvre leur citoyenneté en herbe dans un cadre associatif, sportif, dans les conseils locaux… Il faudrait trouver les moyens de mettre en valeur ces pratiques, de s’appuyer dessus mais aussi de les prendre en compte lors de l’évaluation de ce parcours.

4. Le parcours citoyen doit être évalué en fin de scolarité obligatoire. Quelle forme pourrait ou devrait prendre cette évaluation ?

Je ne vais surprendre personne en avançant qu’il ne doit surtout pas être noté ! Il est indispensable de disposer d’un outil permettant d’enregistrer les progrès et de conserver une trace du parcours effectué.

Plusieurs solutions semblent bien adaptées :

  • le portfolio d’abord dans lequel l’élève pourrait consigner toutes les traces de son parcours citoyen.
  • on peut bien sûr utiliser une grille à cocher, si elle est construite autour d’une vraie progressivité dans les apprentissages un peu comme celle qu’a proposé le CSP pour le parcours d’éducation artistique. Ce serait l’outil le plus simple à mettre en œuvre.
  • on pourrait aussi imaginer un permis à points « à l’envers » : au lieu d’enlever des coupons détachables, on ajouterait au contraire, au fur et à mesure du parcours, des parties correspondantes à ce qui a été fait, mis en oeuvre, observé.

Quelque soit l’outil, on voit bien qu’il est essentiel que cette évaluation soit progressive, et que cette progression soit individualisée. Elle peut aussi laisser une grande part à l’auto et/ou la co-évaluation.

On en discute sur Twitter avec la balise #parcourscitoyen

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