Jouer à débattre sur l’humain augmenté

Oeil-pour-page-jeu-HA-1024x3881Nous sommes en 2057, DataVizion qui est le plus grand groupe présent sur le marché des augmentations, présente son nouveau produit : les implants oculaires DataViz. Nous allons écouter le discours de sa PDG, Claire Delage :

J’ai rêvé d’un monde où les hommes seraient en bonne santé. J’ai rêvé d’un monde où les mal voyants retrouveraient la vue. J’ai rêvé d’un monde où les malades atteints d’Alzheimer retrouveraient la mémoire. Ce monde nous l’avons tous imaginé mais tout cela ne restait qu’un rêve. Cependant aujourd’hui, je vous le dis, grâce au travail exceptionnel de nos équipes, ce rêve est devenu une réalité. Et cette réalité tient en un seul mot… Je suis très heureuse de vous présenter l’objet qui va changer notre monde… L’implant DataViz ! Dataviz est un implant oculaire de nouvelle génération qui repousse les limites de la technologie…

En fait nous sommes en 2015, à la médiathèque Crimée dans le 19ème à Paris et c’est une élève de seconde du lycée Bergson qui lit le texte de la conférence de presse de DataVizion. Cet après-midi là, 30 lycéens s’apprêtent à jouer grandeur nature le procès qui déterminera si ces implants du futur seront ou non autorisés à la commercialisation… En effet, une pétition à l’initiative d’une association de consommateurs, Euroconsom, a eu un retentissement mondial auprès de l’opinion publique et de la communauté scientifique. Suite à cette pétition un procès va donc avoir lieu car Euroconsom porte plainte contre DataVizion pour non-respect des normes européennes. Ces implants ne respecteraient pas les normes en vigueur, risquent de par leur coût d’être un facteur d’inégalités sociales et posent des questions de respect de la vie privée puisqu’ils enregistrent toutes les images vues par leur porteur.

Un élève lit donc l’argumentaire de la pétition contenu dans le dossier fourni dans le jeu “Jouer à débattre”, proposé par l’association L’Arbre des Connaissances, et trois groupes d’une dizaine d’élèves sont constitués : les avocats de la défense, les avocats de l’accusation et les membres du jury. Chacun a 30 minutes pour étudier son dossier contenant différentes pièces : un rappel de leur rôle, un lexique, les textes de la conférence de presse et de la pétition et des éléments de jurisprudence : d’autres exemples de procès (toujours dans le futur fictif du jeu) d’objets d’augmentations, où autant d’éléments positifs et négatifs ont pu être explicités.

Dans les groupes les lycéens discutent, rient, prennent des notes, débattent, la médiathèque est anormalement bruyante à la surprise des habitués du lieu qui s’informent sur ce qu’il se passe…

Pendant ce temps les médiathécaires, les professeurs et les animatrices de l’association organisent le lieu du procès en installant les chaises pour les jurés et en délimitant les espaces où s’installeront d’un côté l’accusation et de l’autre la défense.

Il ne reste que 10 minutes de préparation, une animatrice prévient les groupes, les choses se précipitent…

Les élèves s’installent, la parole est d’abord à l’accusation… Moment de flottement : qui va prendre la parole ? hésitations et bafouillages… pas simple d’oser s’exprimer en public, de trouver les bons mots, d’être suffisamment clair. Il est évident que l’exercice est très inhabituel pour ces lycéens mais ils s’y confrontent et gagnent en aisance, s’entraident.

Les arguments s’enchaînent : on ne sait pas où seront stockées les images et ce qui en sera fait, le risque d’atteinte à la vie privée est fort, le coût important des implants les réservera à des personnes aisées financièrement, est aussi évoqué le risque important inhérent à l’opération en elle-même.

L’animatrice récapitule et reformule les principaux arguments puis les jurés posent des questions : quelles sont les conditions de travail des ouvriers qui fabriquent les implants à l’autre bout de la planète ? Avons-nous des garanties sur l’innocuité des composants des implants ?… Les réponses sont apportées en s’appuyant sur la documentation fournie mais aussi en la dépassant les élèves pouvant imaginer des éléments supplémentaires utiles à la défense de leur point de vue.

Maintenant la parole est donnée à la défense qui commence par rappeler que grâce au transhumanisme les jeux paralympiques n’existent plus depuis 2031 puisque maintenant les sportifs handicapés peuvent concourir avec les valides. Qui peut nier que ce soit un progrès ? Les implants coûtent certes chers mais l’analyse intégrée des larmes qui permet la détection précoce de maladies va faire faire de grosses économies en matière de santé dans les années à venir par une prévention efficace. Les progrès générés par les implants valent largement les risques encourus et DataVizion donne des garanties sur le respect des données privées. Les jurés ont des questions, voudraient des précisions -qu’ils n’auront pas- sur les garanties en matière de vie privée notamment s’il y a piratage ou introduction d’un virus. Les avocats de DataVizion mettent en avant des témoignages d’opérés satisfaits ayant recouvré la vue…

Puis les jurés se retirent pour délibérer. Pendant ce temps les deux autres groupes récapitulent les arguments donnés et complètent en ajoutant ceux que l’autre partie auraient pu avancer. L’animatrice les note sur le tableau. Les lycéens se demandent si donner un exemple a valeur d’argument, si passer en second et devoir réagir aux arguments de l’autre groupe était plus difficile, ou plus facile… L’animatrice et les professeurs interviennent très peu, ils régulent les prises de parole et relancent les élèves.

Le jury revient et livre son verdict, en vertu du principe de précaution il se prononce contre la mise sur le marché de l’implant DataViz.

Pour conclure, l’animatrice demande aux élèves quel est leur avis personnel sur les augmentations en sortant des rôles du jeu : le progrès favorise-t-il égalité des chances ? Le dopage peut-il être considéré comme une forme d’augmentation ? Le respect des données et de la vie privée est questionné. Si des prothèses avantagent ceux qui les portent va-t-on vers une inversion des inégalités ?… autant de questions ouvertes qui pourront être creusées ensuite en classe avec notamment l’aide des nombreuses ressources sur l’humain augmenté proposées sur le site www.jeudebat.com, de l’Association l’Arbre des Connaissances.

Deux heures se sont écoulées, personne n’a vu le temps passer, c’est à regret que l’on suspend les échanges pour ranger et partir… avec de nouvelles questions éthiques, sociologiques et scientifiques à débattre !

Retrouvez le live-tweet fait pendant cette séance ici.
Le site de “Jouer à débattre” où vous trouverez toutes les informations sur le jeu et le scénario à télécharger.
Interview pour en savoir plus sur l’association l’Arbre des Connaissances et ses propositions

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