Regards croisés sur le conseil école-collège

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Regard d’un professeur des écoles : Sébastien FERRY

Les conseils Ecole-collège se mettent en place depuis un ou deux ans selon les secteurs. Tous ne fonctionnent pas de la même façon. Par exemple, dans le secteur du Bugue, on a trois conseils et trois commissions sur des projets en cours. Lors des conseils, chaque commission fait un point sur son travail. A ce jour, la mise en place de ces réunions semble un peu laborieuse et peu productive.

Que peut-on en dire pour le moment ? Il faut certainement plus de temps pour évaluer notre travail.

Cependant quelques points soulevés lors de ces réunions semblent importants :

– Il est essentiel que ces temps de concertation, de travail ne se vivent pas comme une contrainte ou comme une surcharge de travail. Ils doivent être productifs pour tous les enseignants dans leur travail en classe au quotidien.

– Il faudrait éviter le surnombre de projets en cours. En effet, l’enseignant du premier degré ne peut se démultiplier. Même s’il prend un projet prêt, fait par d’autres collègues, il doit s’y investir et prendre du temps en classe. L’enseignant du second degré peut faire un projet dans sa matière mais celui du premier degré doit s’impliquer dans les deux ou trois projets en cours.

– De plus, les projets doivent être « faisables » sans trop de difficultés ou sans un temps de préparation trop important. Parfois, certaines belles idées sont superbes sur le papier vis-à-vis de l’administration ou des familles mais nous devons rester dans le concret et non dans le décor….

Selon moi, l’objectif principal est d’aider au mieux les élèves et notamment ceux en difficultés. Or, dans ces temps de réunions, nous parlons bien peu des élèves et de leurs difficultés. En tout cas, on ne cherche pas souvent à les résoudre en équipes.  Justement, l’équipe ! J’ai émis lors d’une réunion, le problème du changement des équipes, notamment l’IEN et le principal. Nous avons pu remarquer sur mon secteur que lorsque nous changions d’IEN ou de principal, nous changions aussi de projets ou de priorités. Cela peut se comprendre mais il devient compliqué voire démobilisateur pour l’enseignant sur le terrain de changer régulièrement de cap…

L’année prochaine, nous aurons à mettre en place les programmes, le nouveau cycle 3 et donc des programmations communes. Comment vont alors s’articuler les conseils Ecole-collège et les conseils de cycle 3 ?

Sur quel temps disponibles allons-nous pouvoir multiplier les temps de concertation sachant que le collègue de cycle 3 a aussi des projets dans son école avec les collègues des cycles 1 et 2 ?

On devrait nous répondre d’utiliser « les 108 h », mais comme pour tout le monde, ces fameuses 108 h sont déjà bien remplies, elles débordent…

Regard d’un Inspecteur de l’Education nationale : Jean-Louis ALAYRAC

Un outil pour penser le parcours d’un élève tout au long de la scolarité obligatoire

Avec la loi de refondation de l’école (nouveau socle, nouveaux programmes, nouveaux cycles …) et le référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation, la continuité 1er et 2nd degré est clairement affirmée. Dans ce contexte, le conseil école-collège apparaît comme un outil de travail, un espace d’échanges nouveau, car il institutionnalise ce nécessaire lien entre professionnels qui travaillent avec les mêmes élèves.

Une appropriation progressive

Si le cadre national fixe bien les finalités (améliorer la continuité pédagogique et éducative), l’opérationnalisation n’est pas toujours évidente. En effet, s’il est possible et souhaitable de définir des priorités qui traversent la scolarité de l’école maternelle jusqu’à la troisième pour un secteur de collège, il convient de trouver des entrées, des sujets de travail qui ne soient pas trop larges afin que les échanges, les prises de décisions, les chantiers ouverts apportent des réponses concrètes, des résultats visibles. À contrario, la multiplication de commissions travaillant sur des entrées productives, mais disjointes risque de ne pas produire l’effet escompté : la recherche de cohérence. C’est cet équilibre délicat qu’il convient de construire aujourd’hui.

Le socle commun apporte des éléments de réponse puisque tout le monde œuvre à la construction des mêmes compétences. Mais ce dernier point soulève également encore d’autres ajustements à traiter : comment construit-on des compétences à l’école primaire ? Comment s’y prend-on au collège ? Comment l’ensemble des domaines ou des disciplines peuvent travailler, évaluer  telle ou telle compétence ?

Selon les secteurs de collège, les mises en œuvre varient et n’avancent pas à la même vitesse : habitudes de concertation, taille des secteurs, stabilité des équipes. Après une première année, il est possible de repérer modestement quelques éléments déclencheurs :

– la possibilité d’aller dans la classe de l’autre, dans le cours de l’autre, afin de se rendre compte des obstacles, des gestes professionnels concrètement  mis en place.

– les formations communes (professeurs de collège assistant à des animations pédagogiques1 ou professeurs des écoles assistant à une formation d’initiative locale dans un collège par exemple).

– les échanges sur les évaluations : ce sont des supports (concrets) qui conduisent à une réflexion productive sur l’harmonisation des pratiques.

Le dénominateur commun à ces trois points évoqués : du temps commun hors la classe et dans la classe – une mutualisation renforcée. C’est bien cette connaissance réciproque de la professionnalité de l’autre qui permet de dépasser le stade des échanges formels.

Provoquer des habitudes de concertation de secteurs par cycle et parfois intercycle en ayant en tête une ou deux priorités définies en conseil école-collège, renforcer des modalités d’échanges et de travail qui ne nécessitent pas une mise en œuvre trop lourde, trop contraignante pour éviter les réunions non-productives, accompagner en proposant des temps de formation ciblés selon les secteurs … Les pistes sont nombreuses et prennent toutes appui sur le dispositif conseil école-collège. En cela, ce nouvel « objet » devient un véritable outil pour « faire » et « penser » la scolarité obligatoire.

Si demain les axes prioritaires des conseils école-collège se confondent avec les projets d’établissement et les projets d’école (chaque unité gardant des actions spécifiques et contextualisées), si au sein des équipes les missions des enseignants sont réparties2il serait intéressant de considérer qu’une part des 24 heures de concertation, des 18 heures d’animation pédagogique sont au service des priorités définies en conseil école-collège.

En résumé un nouvel espace est ouvert, l’architecture est modulable, il faut donc créer…

1 L’inscription de professeurs de collège sur M@gistère est possible.

2 Chaque année, par cycle, il est possible de définir quels enseignants participent plus activement aux commissions du conseil école-collège, d’autres se consacrant à d’autres sujets pédagogiques centrés sur l’école, le RPI, les travaux étant mutualisés par la suite.

Regard d’un professeur du 2nd degré : Christelle RAMOS, professeur de mathématiques

Depuis quand le conseil école collège a-t-il été mis en place ?

Il fonctionne depuis deux ans. Mais il avait été déjà amorcé avant dans le cadre de la liaison école-collège (suivi des PPRE, élèves en difficultés). Les réunions ont eu lieu à trois reprises cette année.

Quelles actions ont pu être mises en place ?

Il existe des actions en mathématiques, en anglais, en français, en EPS. Ce sont des actions menées en partenariat dans le premier et le second degré. Elles donnent lieu à des échanges, des rencontres.

Un travail plus transversal a été entamé sur l’évaluation. La thématique proposée par l’inspecteur a soulevé de nombreuses questions (Comment évaluer ? A quelle fréquence ? Faut-il une note ?, évaluation par compétence ?) Il a fallu dresser un état des lieux des pratiques de chacun, savoir ce que chacun met derrière ce terme.  Ce premier travail n’est pas complètement satisfaisant. Le sujet est très intéressant mais très vaste et il reste compliqué de trouver des pistes   concrètes.

Un autre projet apporte davantage de pistes à toutes les équipes : le projet neurosup. Il s’agit de comprendre comment fonctionne notre cerveau et celui de nos élèves dans les processus d’apprentissage afin d’en améliorer les performances. Il s’agit d’une formation concrète et de laquelle on repart avec des éléments simples mais efficaces à mettre en œuvre. Ce projet a remporté l’adhésion de tous, même les plus sceptiques.

Pourquoi cela fonctionne-t-il ? 

La stabilité des équipes tant dans le premier degré que dans le second permet la mise en place et le suivi des actions. Un dialogue de qualité a été établi. Le fait que l’ensemble des matières soit représenté montre la bonne dynamique.

Témoignages recueillis par la section SE-Unsa du 24

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