Qu’y a-t-il dans le protocole de lecture d’ « Agir pour l’école » ?

Nous avons écrit ces derniers mois sur ce que l’association « Agir pour l’école » mettait en place dans des classes de grande section de maternelle concernant la phonologie voir « Les élèves de maternelle ne sont pas des robots ! » et « Le protocole qu’ « Agir pour l’école » veut cacher » il est temps de faire un point maintenant sur ce qui se passe dans des centaines de classes de CP à travers la France depuis la rentrée…

Les académies touchées par l’entrisme d’ « Agir pour l’école », avec le soutien actif de l’Éducation Nationale, sont celles de Lille, Limoges, Lyon, Versailles, Montpellier, Nice. La focale est mise sur les classes en REP+, celles où il y a le plus d’élèves en difficulté certes, mais ce sont aussi les écoles où les parents, souvent éloignés de la culture scolaire font le plus confiance à l’institution et ne posent donc pas de question sur la pertinence scientifique des méthodes employées. Ce dernier point est très pratique quand on sait que ces expérimentations ne sont pas suivies par des laboratoires de recherche, que les organisateurs en sont aussi les évaluateurs et que jusqu’à présent aucun résultat tangible d’une quelconque efficacité n’a pu être scientifiquement démontrée, au contraire !

Nous allons tout d’abord vous présenter le second protocole puis nous vous donnerons quelques nouvelles recueillies sur le terrain de son usage.

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Il s’intitule « De la lettre au mot » et est destiné à faire suite à celui « Du son à la lettre » utilisé en GS et au début du CP.

Il comporte 70 pages, conformément à l’article L122-5 du code de la propriété intellectuelle nous en montrerons moins de 10% puisqu’Agir pour l’école ne souhaite pas que ce document soit diffusé en toute transparence et qu’il est sous droits d’auteur…

Niveau organisation, on retrouve la même chose que dans le protocole précédent :

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Les défauts sont donc les mêmes et de trois ordres :

  • une organisation en petits groupes qui monopolise l’enseignant au moins 3 heures par jour et laisse les élèves en autonomie (pendant que l’enseignant s’occupe d’un groupe) au moins 2 heures par jour, et cela sur 6 heures de classe quotidienne, c’est énorme !
  • une conception très archaïque des apprentissages (étape par étape, du simple au complexe…) c’est très mécanique, ennuyeux, sans sens et peu motivant.
  • les élèves rencontrant des difficultés ont droit à une double dose de séances et si cela ne suffit pas à plus de sollicitations dans les séances, voire (c’est indiqué plus loin) d’une dose supplémentaire en individuel. Refaire plus de ce qui ne fonctionne pas, de la même manière est pourtant inefficace et décourageant ! Screenshot 2018-10-15 at 13.03.38 - Edited

Donc en cas de difficulté, l’enseignant doit faire refaire plus de la même chose mais il a le droit de ne pas s’acharner trop, ou alors éventuellement en individuel, avec les élèves à besoins éducatifs particuliers ou en situation de handicap !!!

Que des gens non enseignants croient bien faire en prônant ce genre de chose nous pouvons le concevoir… mais que des IEN et des conseillers pédagogiques puissent renoncer à toute éthique et soutenir ce genre de démarche laisse pantois !

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Par ailleurs, il est interdit de diversifier, de proposer autre chose… cela pourrait nuire à l’efficacité de LA méthode miracle !

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Là où ils ont raison c’est que vu le temps investi pour mettre en œuvre le protocole, tout ajout aboutirait à des classes de CP ne faisant plus que des séances de lecture…

Bonne surprise, Agir pour l’école ne se préoccupe pas uniquement du décodage mais aussi de la compréhension qu’il faut vérifier…

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…en faisant répéter à l’élève ce qu’il a décodé sans regarder le mot, tout simplement. Penser que s’il peut répéter cela montre que l’élève a compris, est juste aberrant !

Quand on sait en plus que pendant les premières semaines les élèves de CP lisent uniquement des syllabes et des « non-mots » cette question de la compréhension se corse : « raro » et « ruri » peuvent être répétés… mais compris ce serait étonnant !

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Cette fiche de lecture n’est pas atypique, elles sont toutes austères, sans histoire, sans phrases même, sauf très courtes et seulement dans les dernières séances du protocole.

En voici deux autres :

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Il faut vraiment être motivé pour avoir envie d’apprendre à lire avec ça ! Quant à la recherche de sens, elle ne semble pas du tout prioritaire…
Rappelons que l’utilisation de tout autre support en complément est proscrite ! Donc pas de découverte de texte en commun, ni de moments de lecture en grand groupe : chaque petit groupe (rapide, moyen ou lent) avançant à son rythme.
En soi, que chacun aille à son rythme n’est pas un mal si c’est à un moment précis pour un temps limité, mais là on a un fonctionnement permanent en groupes de niveau avec une classe à plusieurs vitesses sans activités de lecture partagées. Les rapides, les moyens et les lents sont chacun dans leur couloir.

Maintenant comme promis voici quelques nouvelles de l’ambiance sur le terrain…

Suite au courrier du SE-Unsa et du SIEN-Unsa au ministre et au communiqué commun de 13 organisations, on est passé bien souvent de « L’expérimentation Agir pour l’école est obligatoire » à un pseudo-volontariat contraint… Les non-volontaires ont fait l’objet de pressions diverses, on a même interdit à certains collègues aguerris de prendre une classe de CP s’ils n’acceptaient pas de participer à l’expérimentation. Les collègues sollicités ont souvent dû accepter à l’aveugle fin juin ou début juillet sans avoir vu le protocole.

Depuis la rentrée quelques équipes ont osé résister mais beaucoup de PE ont dû plier. Ils ont été « formés » et sont « accompagnés » par des chargés de mission d’ « Agir pour l’école » qui ne sont ni formateurs ni même enseignants.

Ce qui remonte comme difficulté massive pour la mise en œuvre du protocole ce sont les longs moments en autonomie des élèves (plus de 2 heures par jour) bien difficiles à gérer avec des jeunes élèves de CP.
Il a été conseillé aux collègues concernés, souvent par les chargés de mission mais parfois par leur IEN ou leur conseiller pédagogique de :

  • ne pas faire de maths pour le moment pour se consacrer à la lecture (sic !)
  • différer les autres matières ne faire que EPS, arts et lecture en 1ère période
  • faire faire les exercices d’écriture (formation des lettres) pendant l’autonomie, ce qui est plus que déraisonnable car c’est le meilleur moyen d’avoir des élèves qui forment mal leurs lettres, les tournent dans le mauvais sens, tiennent mal leur crayon…
  • faire faire la production d’écrit en autonomie, là encore en CP c’est totalement aberrant

Nous avons aussi eu le témoignage de professeurs des écoles ne protestant pas et se débrouillant à peu près avec le protocole auxquels on mettait du coup la pression pour qu’ils aillent « porter la bonne parole » à leurs collègues réticents ou en difficulté.

Nous continuons de vous tenir informés de ce qui remonte du terrain malgré une omerta très forte sur Twitter avec la balise #AgirPourLécole.

Les tweets sont réunis ici :

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