Classe inversée, numérique, visio : ce qu’on peut tester avec l’enseignement à distance

Valérie enseigne le français dans un collège de REP situé dans le département de la Sarthe. Après des études de Lettres Modernes et d’Anglais, puis une année comme assistante de langue à Birmingham, elle a passé le concours de PLP Lettres-Anglais, puis le CAPES de Lettres, tout en étant surveillante et assistante pédagogique. Étant passionnée à la fois par les usages numériques et le théâtre, elle mène souvent des projets en lien avec l’une ou l’autre de ces thématiques. En ce moment, elle porte un projet pour l’ouverture d’un atelier artistique dans mon collège. Au quotidien, sa pratique s’oriente largement vers les classes inversées et collaboratives. Par exemple : dans sa salle de classe, les chaises sont souvent en cercle à la façon d’un club de lecture. Ainsi, personne n’est relégué en fond de salle. Aimant beaucoup partager autour des gestes professionnels, elle s’’implique dans les formations du PAF en classes inversées et les collectifs enseignants tels qu’Inversons la Classe.

Face à la crise sanitaire, qu’avez-vous tenté pour gérer l’alternance présentiel/distanciel du point de vue pédagogique ?

Sachant qu’il y avait beaucoup de décrochage dans mon collège, j’ai souhaité mettre en place la continuité dès le premier jour de fermeture. J’avais « briefé » mes élèves sur l’utilisation de Zoom, et je leur ai donné rendez-vous à l’heure habituelle du cours. Je connaissais les réticences de l’institution sur cet outil, mais je ne voulais pas prendre le risque de perdre le contact avec mes élèves, et se « voir » faisait du bien à tous dans une période anxiogène.

Très vite, nous nous sommes mis au travail, exploitant toutes les fonctionnalités possibles, construisant ensemble les traces écrites grâce au tableau blanc, annotant « en direct » des mises en scène de théâtre que je diffusais en partageant mon écran, rédigeant un magazine en ligne sur un outil collaboratif. En revanche, ils avaient peu de travail entre les sessions : je voulais bien être « prof de webcam », mais pas « prof de correction », la partie la plus ingrate de notre métier, selon moi. Certains élèves auparavant décrocheurs se sont « révélés », à ma grande surprise, ce qui m’a rendue très fière d’eux.

Quand il a été question de revenir au collège, beaucoup n’étaient pas en mesure de reprendre les cours. Alors j’ai commencé à diffuser mon cours en direct, dans un enseignement hybride synchrone. Mon but était qu’ils continuent à « faire classe » tout de même, que le lien avec les apprentissages et les camarades ne soit pas rompu. Cela a beaucoup renforcé les liens entre nous mais également avec les familles.

Avez-vous vu d’autres initiatives dans votre établissement ?

Mes collègues ont tenté coûte que coûte d’utiliser l’outil institutionnel, mais avec un résultat parfois décevant car les webcams ne pouvaient être toutes allumées sans affecter la connexion. Nous nous partagions les créneaux via un outil collaboratif libre. Suite à ce premier confinement, l’une de mes collègues s’est lancée dans la création d’un site internet pour partager ses ressources avec les élèves. Au final, ces conditions ont poussé les enseignants hors de leur zone de confort, parfois avec un meilleur épanouissement professionnel à la clé… et des heures de sommeil en moins !

Qu’attendez-vous du ministère ou du système éducatif pour résoudre les conséquences de la crise ?

La première chose que j’attends du Ministère est qu’il prenne en compte la réalité du terrain. Au lieu de scander un « nous sommes prêts, et re-prêts », anxiogène pour les collègues comme pour les élèves et leur famille, il faudrait voir en face les réelles conditions d’exercice, le manque de moyens alloués au développement numérique, l’interface peu sexy des outils qui nous sont proposés, l’offre de formation très inégale en fonction des académies. Quand toutes ces problématiques seront prises en compte de manière objective et non dans un but de communication « grand public » quand la parole des enseignants sera écoutée, nous aurons fait un premier pas vers l’enseignant du XXIe siècle. Il suffit de jeter un œil au Grenelle de l’Education pour voir qu’il s’agit d’un vœu pieux pour ce quinquennat, mais il me reste 30 ans de carrière, je ne désespère pas que la France arrive à faire un jour sa grande réforme comme l’ont fait les pays scandinaves.

Photo d’illustration par Andrew Neel provenant de Pexels

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